Un couple de coccinelles - Image par Jerzy Górecki de Pixabay
Bible

Dieu limite-t-il le sexe à la procréation ?

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La Bible n'enferme pas la sexualité dans un but de procréation : le Cantique des cantiques célèbre au contraire l'amour et la sensualité comme une bénédiction. Un pasteur explique d'où vient cette idée fausse, et pourquoi ni l'obligation de faire des enfants ni l'obligation d'avoir une vie sexuelle ne s'imposent au couple.


Question posée :

Bonjour,

je suppose que Dieu dit de faire l’amour et d’avoir des relations sexuelles que pour avoir des enfants. Donc un couple doit faire l’amour au minimum tous les 9 mois (ou jamais si le couple ne veut pas d’enfant ?).

Et les couples sont censés durer sans sexualité ?

Réponse d’un pasteur :

Bonjour,

Selon la Bible, Dieu ne dit pas « d’avoir des relations sexuelles que pour avoir des enfants ». C’est une légende, c’est du moralisme venu d’ailleurs.

Le Cantique des cantiques, une célébration biblique de la sensualité

Par exemple, tout un livre de la Bible, le Cantique des cantiques, est un poème très sensuel entre deux amoureux qui se cherchent, se courent après, et se retrouvent au lit, décrivant les délices du parfum de l’autre et de son corps. Ce poème parle ainsi de la sexualité en la valorisant comme une bénédiction, et il n’y est absolument pas question de procréation. Il y est question d’amour mutuel et de sensualité. De plus, ce poème est à double sens : il parle de cette bénédiction de l’amour entre deux personnes dans toutes les dimensions de leur être, c’est vrai, et en plus ce poème est de bout en bout une allégorie de l’amour de Dieu pour l’humain et de l’humain pour son Dieu. Cette façon de faire de la théologie est appelée par la Bible « cantique des cantiques », c’est-à-dire le plus beau des chants, le plus élevé, le plus juste, le plus saint. C’est dire comme nous sommes, dans la Bible, aux antipodes de ce que vous avez supposé sur l’interdiction par Dieu du sexe sans but de procréation.

D’où vient cette idée fausse ? L’influence de la philosophie grecque

Cette idée ne vient pas de la Bible, mais il est vrai qu’elle ne vous vient pas de nulle part. Elle est venue dans certaines formes de christianisme par l’influence de certains philosophes grecs. En effet, le christianisme est né dans un milieu culturel nourri par la pensée biblique, où le corps et les plaisirs des sens sont des bénédictions de Dieu. Ensuite, le christianisme s’est développé dans l’empire romain, profondément nourri de pensée grecque. Le résultat est que notre culture chrétienne est devenue gréco-hébraïque, ou philosophico-biblique. Je pense que la philosophie grecque est un trésor phénoménal, et qu’elle nous apporte des outils précieux pour penser le monde, la vie, l’existence, la Bible et l’Évangile. Cela ne veut pas dire qu’il faille toujours abandonner certains points de vue bibliques pour préférer le point de vue de tel ou tel philosophe. On en a le droit, bien sûr. Seulement, en ce qui concerne l’anthropologie (l’idée que l’on se fait de l’humain), il me semble que la Bible et son regard positif sur la vie humaine incarnée, dans cette chair et dans ce temps, sont une belle et très féconde façon de voir. Pour certains philosophes grecs, le corps est comme une prison pour l’âme, qui seule est divine, pure. La vie des sens, les plaisirs, sont alors comme des pièges, nous embourbant dans la vie d’ici-bas. Nous retrouvons cette vision plutôt négative dans le bouddhisme.

Bénédiction du plaisir, mais pas idole : les implications éthiques

Bien entendu, si le corps et les plaisirs du corps sont des bénédictions divines, selon l’anthropologie biblique, ce n’est pas pour autant qu’il faudrait faire de ces plaisirs notre dieu, et vivre dans une recherche effrénée de ceux-ci. Car alors on est dans l’idolâtrie de soi-même, l’idolâtrie de la chair, ce qui n’est ni sage ni fidèle. Ce sont des bénédictions, des fruits, mais là n’est pas la source de la vie. Elle est en Dieu. Si l’on écarte Dieu comme source de vie en pensant la chercher dans notre propre plaisir, c’est un peu comme dans le conte de la poule aux œufs d’or : si l’on aime tellement l’or que l’on tue cette poule, on n’a plus ni la poule ni les œufs d’or. Cela veut dire que la recherche, ou l’accueil, de ces plaisirs ne fait pas un bon but à notre vie ; il vaut mieux que ce soit l’amour (de Dieu, de notre prochain comme nous-mêmes), et accueillir la beauté des bénédictions. Cela a aussi des implications éthiques : si l’on couche n’importe comment avec n’importe qui, ce n’est respecter ni l’autre ni soi-même. Si l’on force son conjoint à avoir des relations sexuelles non désirées, ce n’est respecter ni son conjoint, le plus proche de tous ses prochains, ni soi-même. Et c’est encore moins ce que l’on peut appeler « aimer », évidemment.

Non, le sexe n’est pas quelque chose de sale

Cette idée que le sexe serait quelque chose de sale est assez nocive, je pense, pour la santé psychique humaine. Elle culpabilise inutilement la personne humaine, elle salit un désir que l’on sent comme faisant partie de nous-mêmes, et elle induit que nous serions, un peu mais profondément, sales, impurs par nature. Ce n’est pas le cas. Ce désir est sain, saint, juste et bon, comme l’envie de manger un bon petit plat. Bien sûr, nous sommes appelés à domestiquer ce désir de façon constructive, mais en lui-même il n’a rien de sale.

Le couple n’a pas l’obligation de procréer

Cette sorte d’obligation du couple à chercher à procréer est aussi profondément nocive, je pense. Comme dans le Cantique des cantiques, le couple a sa beauté en lui-même. Vouloir faire un enfant, vouloir élever un enfant, est une vocation possible. Elle est assez largement répandue, mais ce n’est pas la seule vocation possible pour un couple. Il y a bien des fécondités possibles pour l’humain, riche de ses mille dimensions. La fécondité physique en est une ; il peut y avoir des fécondités extrêmement riches autres que celle-ci. Il existe des personnes qui n’ont pas cette vocation d’élever un enfant, et il serait criminel de leur dire que leur couple en a l’obligation. C’est donc à discuter en couple, si possible avant le mariage, mais aussi après, et cela doit être absolument respecté par le conjoint qui, lui, aimerait en avoir, ou en avoir plus.

Un couple peut-il durer sans sexualité ?

Ensuite, le couple peut-il exister, peut-il durer sans sexualité ? Oui, pour certains couples, bien sûr. Et pour d’autres, cela constitue une dimension importante de leur union. Toutes les personnes, tous les couples, ne sont pas sur le même modèle. Là aussi, il y a des théories qui sont extrêmement nocives. Que toute personne normale devrait avoir envie de sexe est une injonction qui crucifie certaines personnes, et qui justifie, qui encourage, le viol conjugal. Et là-dessus, après avoir ardemment soutenu l’anthropologie biblique en ce qui concerne le corps, je dois reconnaître que certains passages des lettres de Paul ont fait d’immenses dégâts. Heureusement que nous avons le droit de ne pas être d’accord avec tous les passages, bien sûr. C’est l’Esprit de Dieu qui éclaire notre conscience, notre réflexion, notre lecture de la Bible, notre vocation personnelle, notre façon d’aimer notre conjoint et de vivre.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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En écho à ce texte :

2 Commentaires

  1. DD dit :

    Dans la religion catholique Dieu a dit à Adam et Eve…aimez vous et multipliez vous etc…c’était dans mon catéchisme…

    1. Marc Pernot dit :

      Oui, c’est vrai que cela est en Genèse 1:22. Cela dit « se multiplier et croître » en ce qui concerne l’humain, est à entendre dans toute la richesse de l’humanité. Or, précisément, la Bible nous invite à ne pas considérer l’humain sous l’angle du nombre d’individus. C’est pourquoi il est formellement interdit de faire des recensements selon la Bible Hébraïque (1Ch 21:1).

      Croître, pour l’humain, n’est pas une question de physique. Et « se multiplier » n’est pas nécessairement une question de nombre d’individus. Sinon, Jésus aurait complètement échoué dans ce « croître et multiplier ». Et sœur Emmanuelle, en termes de croissances et de procréation aussi. Or, ce sont des géants.

      • Croître est en qualité d’être, de foi, d’espérance et d’amour.
      • Se multiplier est à vivre selon la vocation de chacun dans le sens où Jésus nous invite à « nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés ». Il ne parle pas en termes de fécondité biologique.

      Heureusement pour les célibataires, pour les couples qui ne peuvent avoir d’enfants, pour ceux qui ont le malheur de perdre un enfant….

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