Que dit la bible sur le plaisir sexuel ? Est ce mal ? Est ce nécessaire ?

Par : pasteur Marc Pernot

photo en noir et blanc d'une femme ayant du plaisir - Photo de Emiliano Vittoriosi sur https://unsplash.com/fr/photos/-7Z5tLMcFAQ

Question d’un visiteur :

Bonjour monsieur le Pasteur,

J’ai une question à vous poser. Je travaille actuellement sur un devoir intitulé « Le plaisir sexuel dans la société protestante au temps de la Réforme ». J’ai déjà lu plusieurs sources et cherché dans plusieurs livres mais je ne trouve que des interprétations.

Je me tourne ainsi vers vous pour vous poser la question : que dit la Bible sur le plaisir sexuel ? Est ce mal ? Est ce nécessaire ?

La société de notre temps est plutôt extravertie et répugnante dans ce domaine et j’ai du mal à me mettre dans le contexte d’une autre époque. C’est pour cela que je cherche des réponses dans les écrits fondamentaux.

Cependant je ne voudrais pas vous embêter avec mes questions ni vous prendre trop de temps.

Respectueusement

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

La réflexion sur ces questions d’éthique ont bien évolué au cours des siècles, la réflexion et la prière ont conduit à approfondir ces questions au delà des coutumes culturelles.

Les réformateurs du XVIe siècle ont voulu privilégier la responsabilité personnelle de la personne, avec sa propre conscience, sa propre interprétation de la Bible, sa propre relation à Dieu, et l’éclairage du Saint Esprit qui donne (ou devrait donner à chacun le discernement pour avancer avec Dieu. Cette liberté du chrétien a fait craindre à certains que le protestant devienne libertin au lieu d’être libre, suive ses pulsions et ses passions, plus que ce qui est juste et bon. Du coup, les réformateurs ont parfois voulu mettre quand même des garde-fous. Et puis, ce sont des hommes de leur temps, juste peut-être un peu en avance sur leur temps, mais quand même. Ce ne sont pas pour nous, protestants, une norme, mais des personnes qui ont fait avancer, nous invitant à nous même avancer pour plus de justesse et de fidélité.

L’éthique sexuelle est un sujet qui mérite d’être examiné, car c’est une force assez puissante dans tout animal, et donc aussi dans l’humain, ce qui en fait une source de grands bien mais aussi de crimes et d’énormément de souffrances. C’est donc une question qui mérite bien d’y réfléchir, je vous remercie de la poser. De fait, le plaisir sexuel n’est certes pas un mal dans l’absolu (mais il peut l’être parfois), et n’est pas non plus nécessaire (cxela dépend des personnes et des couples).

La Bible dit que le plaisir (en général mais aussi sexuel) est un don de Dieu, une bénédiction. Il n’y a qu’à regarder le livre de la Bible appelé « Le cantique des cantiques » : tout ce livre tourne autour de l’amour entre deux amoureux et il n’est pas question de procréer. Cet amour, cette recherche mutuelle a sa valeur en elle-même, au point qu’elle peut servir d’image au couple Dieu-humain. qui compare l’alliance de Dieu avec l’humanité, son amour, à la passion amoureuse d’un homme et d’une femme. Il n’est même pas question de fécondité dans ce texte, mais juste d’amour et de sensualité. Il n’y a donc rien dans la sexualité de sale puisqu’elle est digne de servir d’image à la relation entre Dieu et l’humanité.

On peut aussi se référer à la création de l’humain dans la Genèse. Il est créé de la poussière du sol, Dieu insuffle en lui de son Esprit, puis il plante pour lui un jardin appelé Eden (jardin des délices, ce qui dit quelque chose sur le plaisir comme bénédiction), Dieu y place l’humain pour le cultiver et le garder. (Genèse 2:7-15) La vie est ainsi faite pour être belle, bonne, agréable, délicieuse. Mais on voit aussi dans ce récit que l’homme est fait responsable de garder et de cultiver ce qui est bon. Cette prédication sous forme de récit poursuit en parlant du péché fondamental qui consiste à prendre son propre désir comme Dieu, comme source et critère de ce qui est bien et mal. C’est la limite, sans doute, quand le sexe vient à être considéré par une personne comme un besoin, comme un but, une priorité plus grande que le respect de l’autre, amenant à sacrifier la qualité de la relation entre les personnes sur l’autel de son seul désir. On a ici à la fois le plaisir comme bénédiction de Dieu, et le risque mortel de faire de son plaisir son dieu. La réflexion est ainsi bien posée par ces textes anciens.

L’idée que le sexe serait une chose mauvaise, seulement nécessaire, seulement justifiée pour la procréation : cette théorie ne vient pas de l’inspiration Biblique, cela vient d’autres sources d’inspiration philosophiques et culturelles. Il n’y a qu’à regarder ce livre de la Bible « le Cantique des cantiques » où la sensualité a son immense valeur sans qu’il soit question de procréer. De même , dans la Genèse, le couple homme-femme dans le jardin d’Eden, reçoit le mission de servir la création, c’est une mission assez large, qui peut inclure le fait de multiplier le nombre d’êtres humains, mais qui peut se déployer autrement, dans le soin de la création, et la poursuite de l’évolution de diverses façons. En effet, la notion de « vie » est bien plus large dans le grec des évangiles : schématiquement, il y a le bios (l’existence terrestre), la psychè (la vie de l’esprit) et la zoè (la vie éternelle, la qualité d’être et de vie). La vie qui est donnée en abondance en Christ, la vie de Dieu, est la zoè. La vocation à développer la vie, à la multiplier, à la soigner, particulièrement dans les évangiles, c’est celle d’être source de zoè, que notre vie déborde de qualité de vie, c’est ça la « vie en abondance » dont parle Jésus c’est cela, et non d’avoir une jolie courbe de natalité.

Cela ne diminue en rien l’extraordinaire projet qui consiste à faire et à élever un enfant. Bien sûr : ce projet augmente à la fois la bios, la psychè et la zoè : c’est donc excellent… à condition que l’on ait cette vocation personnelle. Tel autre couple, ou telle autre personne peut ne pas avoir cette vocation mais avoir une vocation différente, s’exerçant dans une autre fécondité. C’est pourquoi dans le protestantisme il n’est pas imposé aux couples de promettre de vouloir faire des enfants, et il n’est pas interdit d’utiliser des méthodes contraceptives efficaces. Au contraire.

En elle-même, l’activité sexuelle peut vraiment être quelque chose d’important pour le couple : quand elle est faite dans un esprit de don mutuel pour le bonheur de l’autre, et pour la constitution du couple, il y a alors quelque chose de constructif et de fécond même s’il n’y a pas de procréation biologique. Cela n’a rien de dégradant en soi, ce qui le serait c’est qu’à cette occasion une personne se serve d’une autre personne comme un instrument au service de son propre plaisir personnel, et non comme un jeu qui se joue ensemble dans un véritable respect mutuel. Ce qui serait triste c’est qu’une personne soit esclave de son propre désir. Aujourd’hui, dans bien des églises protestantes du monde, dont la nôtre à Genève en Suisse, le plaisir dans le cadre du couple de deux personnes de même sexe qui s’aiment et s’engagent mutuellement à la fidélité pour leur vie entière : ce plaisir sexuel est une bénédiction de Dieu.

En même temps, une personne tout à fait « normale » peut ne pas avoir envie d’exercer d’activité sexuelle, et c’est alors complètement à respecter par son partenaire dans le couple. Bien sûr. Que ce soit à un moment donné, ou pour toujours. Le couple humain est infiniment plus que ces jeux.

Enfin, le plaisir solitaire n’a rien de dégradant non plus. C’est parfois un problème si cela devient frénétique. C’est un vrai problème, c’est même une agression de faire cela devant une personne qui n’a pas demandé à voir cela. Mais sinon, il n’y a pas un mot dans la Bible qui laisserait penser que ce serait impur. Le tabou contre ce geste vient plus de tabous culturels. Et l’interdiction de la masturbation a fait énormément de tort, de culpabilité, cela a poussé certaines personnes à imposer des rapports sexuels non désirés même dans le couple marié, ce qui est littéralement une agression ou même du viol.

Donc, d’accord avec vous sur le fait qu’il existe effectivement du répugnant et même du criminel dans ce domaine, c’est vrai. Mais cela peut aussi être sain, beau, bon, fécond, joyeux, vivifiant, béni.

C’est pourquoi il est pas mal de réfléchir un petit peut à ce que l’on fait et comment on le fait. Comme dit Paul « Tout est permis mais tout n’est pas utile, tout ne construit pas… et je ne me laisserai asservir par rien » (1 Corinthiens 6:12, 10:23).

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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4 réponses

  1. halluMignonne dit :

    la sexualité c’est surtout jouer et apprendre a connaitre ses limite et celle de notre vis a vis … on explique pas cela alors que c’est l’essentiel … sans jeu sans défi la sexualité a aucun sens … et donc oui le cantique parle de cela aussi …

    • Marc Pernot dit :

      Oui. En même temps « sans jeu sans défi la sexualité a aucun sens » ? Cela dépend de chaque personne. Il y a des personnes qui aiment les défis, d’autres qui aiment être dans leur zone de confort. Donc je pense que vous avez raison d’inviter à apprendre à connaître l’autre (et à se connaître soi-même), à respecter l’autre, et à se respecter et se faire respecter soi-même. A mon avis.

  2. Christophe dit :

    Je suis atteint de trouble bipolaire et reconnu handicapé pour cela pout maltraitance infantile, abandons, traumatismes …. Ce trouble variable par définition présente une résistance à l’endormissement (dérèglement du rythme circadien) malgré des pilules pour dormir.
    La littérature chrétienne menaçant de toutes les peines de l’enfer éternel n’est pas sans accentuer les troubles anxieux (création de dermatites).
    Or le sommeil est absolument capital.
    Mon médecin généraliste m’a conseillé la masturbation pour provoquer la libération d’hormones du sommeil.
    Est-ce un péché de vouloir dormir ? L’Eglise a-t-elle des doctorats en neurologie ?
    Si l’institution religieuse condamne cette pratique, qu »à t-elle a proposer â la place ? Menacer de l’enfer éternel, c’est bien. Trouver des solutions pragmatiques et efficace est mieux. Aucun humain ne peut vivre sans dormir. Les apôtres dorment au jardin fes oliviers. Ne pas dormir est le meilleur moyen pour déveloper rapidement idées suicidaires, troubles de l’orientation, confusion mentale, hallucinations, en quelques jours.

    Qu’est-ce que l’Eglise a de positif à proposer à part les habituelles condamnations ?

    Merci 🙂

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour
      Si vous regardez sur jecherchedieu.ch, vous verrez expliqué que la masturbation n’est absolument pas un péché. Et que notre église ne l’interdit pas. Que nous ne menaçons par ailleurs personne des peines éternelles, au contraire : nous annonçons la grâce de Dieu pour chacune et chacun.
      C’est cela que l’église vous propose de positif : l’annonce que Dieu est purement et simplement amour et positivité pour chaque personne. Et donc pour vous aussi. Que vous pouvez vous adresser à Dieu dans la prière et recevoir ses bons soins.
      Dieu vous bénit et vous accompagne.
      Marc

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