09 juin 2024

Composition d
Théologie

Débat sur le sens et l’étymologie du mot « religion »

Le sens du mot « religion » est en débat, au moins depuis Cicéron (cent ans avant Jésus-Christ).

Depuis le temps que l’on en discute, pourquoi ne sommes-nous pas encore arrivés à éclaircir ni le sens de ce mot commun ? Parce tout le monde ne met pas la même chose derrière ce mot de religion. Vouloir qu’il y ait une unique définition serait comme d’exiger que tout le monde réponde de la même définition de « ma couleur préférée ».

« Religion » pourrait venir du mot « règle » :

Certains voient effectivement la religion comme définissant des doctrines, une façon de rendre un culte à Dieu, des rites obligatoires, une morale. L’avantage de cette façon de voir est d’être guidé. La difficulté est que cela peut rendre difficile nos relations avec ceux qui sont extérieurs à notre religion, et que cela peut nous torturer quand notre vie ou nos idées sortent du cadre.

« Religion » pourrait venir du mot « relier » :

Relier avec Dieu, la source de la vie, et nous relier aux autres pour nous construire et pour agir. La religion est alors une mise en relation. L’avantage de cette façon de voir est d’être moins seul et plus fort en faisant une équipe. La difficulté peut survenir si les liens créés deviennent étouffants, nous empêchant d’évoluer à notre façon.

« Religion » pourrait venir du mot « relire » :

le culte, l’étude et la prière sont des moyens permettant de prendre de la hauteur par rapport à notre vie quotidienne afin de mieux saisir où nous en sommes et où nous voudrions aller. L’avantage est que cela libère et nourrit notre évolution. La difficulté est que cela demande de faire un travail personnel et d’accepter de se remettre en cause, ce qui demande un effort.

« Religion » pourrait venir de « re-élire » :

Une façon de faire des choix personnels sur ce qui nous anime, sur ce que l’on considère comme le plus prioritaire pour nous, ce que l’on adore (qu’on l’appelle « Dieu » ou non). C’est ainsi que Cicéron fait le lien entre la religion et l’intelligence, permettant de faire un choix personnel, contrairement à la négligence.

Le fait qu’il y ait différentes façons de comprendre le mot « religion » est une source de malentendus : telle personne rejetant par exemple la religion ou l’absence de religion d’une autre personne alors qu’elles ne mettent pas la même chose derrière ce mot.

Mais ces multiples sens nous libèrent pour élaborer notre propre façon d’être religieux, et que cet exercice nous permette de nous développer d’une belle façon. C’est ce rapport à la religion que propose Jésus quand il parle du shabbat, le principal exercice de sa religion, il dit : La religion est faite pour l’humain, et non l’humain pour la religion, de sorte que l’enfant de l’humanité est maître de la religion. (Marc 2:27-28)

par : pasteur Marc Pernot

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8 Commentaires

  1. Alain dit :

    Pour ma part je comprends le mot religion selon son étymologie qui veut dire relier.
    Les religions ont leur raison d’être quand elles se manifestent pour la Paix.
    Ce que j’ai découvert en participant à la Culture Religieuse avec des enfants de sixième ; dont certains sont d’origine musulmane, juive, et de l’Église Apostolique d’Arménie ; c’est avoir entendu avec joie cette enfant Arménienne dire : « dans la TRADITION de la religion Apostolique…etc … »
    Ainsi, j’en ai conclu qu’il y’a 3 religions monothéistes desquelles découlent plusieurs Traditions.
    Du coup le Catholicisme est plus une tradition de la religion chrétienne ; elle non une religion à part entière.
    Il est important de ne pas oublier que nous sommes d’abord Chrétiens de différentes traditions.
    J’espère que mon propos est compréhensible.

  2. Pascal dit :

    Je crois pour ma part que le mot de religion est à éviter. C’est un fourre-tout qui conduit au mieux à des malentendus (avec le risque de l’irénisme) au pire à la guerre (qui possède la vérité ?). Ne pas se comparer, éviter de se com-prendre pour continuer à se parler. C’est ma conception du dialogue « inter-religieux ».

  3. Maurice dit :

    Et le fait de ne pas avoir de religion ?

    1. Marc Pernot dit :
      • Le fait de ne pas avoir de point 1 (règles et rites), c’est possible.
      • De ne pas se relier avec ce qui est « source de vie, de mouvement et d’être », comme le dit Paul: ce serait possible mais un peu dommage.
      • Ne pas se relier avec d’autres ?
      • Ne pas prendre un peu de temps pour relire régulièrement où on en est ? Ce serait à mon avis très dommage, mais chacun fait ce qu’il veut.
      • Ne pas faire des choix de vie, ne croire en rien du tout ? Pas facile quand même pour un humain vivant.
  4. Anne Marie dit :

    Le mot religion me gêne. Il signifie dogme, institution, rites imposés . Ce matin , je relisais St Matthieu qui dit: pas de bagages, pas de chaussures, allez de maison en maison , apportez votre travail et la bénédiction de Dieu quand vous passez le seuil etc ( Math – ch. 10)
    Et quand on se rappelle combien de guerres ont été menées au nom des religions, non, vraiment, je n’aime pas ce mot.
    On peut aimer, essayer de porter la parole du Christ et essayer de vivre à son exemple sans religion.

    1. Marc Pernot dit :

      Précisément, tout dépend de ce que l’on entend par religion. Vous rejetez la religion comme dogme, institution et rites imposés. Mais manifestement, votre religion est d’être relié à Dieu, au Christ, aux autres. Vous pratiquez cette religion. Donc tout va bien. Ensuite, cela fait quand même du bien, je pense, d’aller rejoindre quelques autres personnes qui s’intéressent à Dieu, au Christ et aux autres.

  5. Pascale dit :

    Je vois un autre avantage à des rites religieux forts : celui d’ancrer sa foi au cœur de sa vie quotidienne. Sans cela il est vrai qu’il y a bien plus d’efforts à fournir.
    Par ailleurs, comme beaucoup le font, définir et vivre sa religion en mêlant les quatre points évoqués ici permet, en déplaçant les curseurs, de mieux pouvoir s’adapter aux circonstances de la vie, aux besoins fluctuants.

    1. Marc Pernot dit :

      Merci, Pascale, très juste. Le rite est un outil puissant à vivre, il serait dommage de s’en priver parce qu’il serait possible d’en mésuser.
      Panacher les différents outils de la religion, c’est une sécurité aussi, les uns soutenant, corrigeant, interpellant les autres. Et par dessus tout désacralisant chacun des éléments.

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