31 décembre 2020

Jeune fille lève les bras au ciel de joie au cours d'une randonnée en montagne - Image par denkendewolke de Pixabay
Texte Biblique

« Jésus parti en montagne pour prier, et il passa la nuit dans la prière de Dieu. » (Luc 6:12)

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Jésus se rend sur la montagne pour prier, et passe toute la nuit « dans la prière de Dieu ». Ce texte littéral, souvent lissé par les traductions, révèle un renversement essentiel : c’est Dieu qui prie l’être humain, avant même que celui-ci ne prie Dieu. Une méditation sur ce que cela change à notre façon de comprendre la prière et la relation à Dieu.


Verset :

↪ « Jésus partit en montagne pour prier, et il passa la nuit dans la prière de Dieu. » (Luc 6:12)

Un texte littéral surprenant

« Jésus passa la nuit dans la prière de Dieu », c’est bien ce qui est marqué littéralement dans le texte grec de l’Évangile, même si les traductions donnent en général « Jésus passa toute la nuit à prier Dieu ». C’est que les traducteurs n’aiment souvent pas ce qui n’entre pas dans leur schéma habituel. C’est bien dommage, car c’est précisément dans ce qui nous semble étrange dans le texte que se trouve la nouveauté ; or, si l’on n’aime pas les nouveautés, on a bien des chances de passer à côté de la « bonne nouvelle » (l’Évangile), bien sûr. (Les bonnes éditions mettent au moins dans leurs notes le texte littéral quand il n’a pas été retenu dans la « traduction » ; c’est par exemple le cas de la NBS.)

Dieu qui prie l’humain : un renversement

Or, que Dieu nous prie, c’est effectivement un retournement, un demi-tour complet, une révolution copernicienne. Bien des religions consistent à s’attirer la faveur divine en priant, par trop attentives à nos espérances. La théologie biblique montre que c’est l’inverse : c’est Dieu qui est à l’initiative, c’est Dieu qui prie des humains qui n’y font pas tellement attention. Ce changement complet de façon de comprendre les relations entre Dieu et l’humain est bien développé par le fameux Abraham Heschel dans son livre Dieu en quête de l’homme : philosophie du judaïsme. Cette façon de comprendre Dieu est encore plus fondamentale, je pense, dans la foi du Christ, mettant en avant la grâce de Dieu, appelant à la foi de la personne. Le geste premier est celui de Dieu, qui nous prie (c’est la grâce, sa tendresse inconditionnelle pour nous). Se tenir dans cette prière de Dieu, c’est la foi.

Une autre façon de comprendre la prière

Cela change considérablement, à mon avis, ce que l’on entend par « prière », qui n’est plus tant une question de paroles envoyées à Dieu (on a le droit aussi). La prière est alors fondamentalement le fait de se tenir dans la confiance, dans cette espérance de Dieu pour nous, dans cette espérance de Dieu en nous, dans son amour pour nous, dans sa confiance en nous pour être ce que nous pourrons, pour faire ce que nous pourrons. C’est dans cette position spirituelle que les choses bougent.

La nuit de Jésus sur la montagne

Jésus se tient donc « dans la prière de Dieu » toute la nuit, tant qu’il se sent dans les ténèbres, tant qu’il n’y voit pas clair, qu’il est découragé, qu’il hésite. C’est souvent le cas dans un moment du récit où une question se pose. Par exemple, ici, Jésus est menacé par la foule des opposants et des autorités religieuses. Il se sent peut-être fragile, sentant qu’il ne pourra pas accomplir sa mission seul, faute de temps, faute d’influence. Il monte sur la montagne (signe d’élévation, de prière, de culte, de louange), il y reste le temps qu’il faut, pour traverser ce temps de ténèbres, « dans la prière de Dieu », et dès que le jour se lève, il engage une nouvelle stratégie, celle de la formation de personnes qu’il pourra envoyer :

↪ « … Ils furent remplis de fureur, et ils se consultèrent pour savoir ce qu’ils feraient à Jésus. À ce moment-là, Jésus se rendit sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Quand le jour parut, il appela ses disciples, et il en choisit douze, auxquels il donna le nom d’apôtres -envoyés-. » (Luc 6:11-13)

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

En lien avec cette réflexion : Comprendre les fondements de la notion de désert grâce au Petit Dictionnaire de Théologie.

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En écho à ce texte :

Un commentaire

  1. Béatrice dit :

    C’est très beau ce que tu dis pasteur Marc et merci de nous donner la bonne traduction de ce verset.
    l’Amour extravagant de Dieu qui nous cherche sans fin pour nous ramener à Lui est tellement fou que même les sages d’ici n’y comprennent rien.

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