« La prière se révèle être action et l’action prière » (Bertrand Vergely)

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Prier, une philosophie – Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est agrégé de philosophie et théologien orthodoxe. En échantillon de son œuvre importante (en qualité et en volume), voici ce qu’il répond dans un entretien :

Pour le rationalisme, rien n’est plus inutile que la prière, prier étant le fait de ceux qui n’agissent pas, qui attendent un miracle en priant pour qu’il advienne. Or, rien ne peut exister si on ne le fait pas advenir. On ne fait rien sans le faire de tout son être. C’est ce que veut dire la prière, qui est, en ce sens, extrêmement agissante. C’est la raison pour laquelle elle est l’une des activités les plus importantes de l’humanité, ainsi que le montrent les espaces, les temps et les rites qui lui sont consacrés. Pour beaucoup d’êtres humains, la prière est le moteur de la vie : elle exprime la vie qui se mobilise entièrement pour vivre. Pascal le rappelle dans sa préface au Traité du vide : il n’y a pas de raison sans un désir sous-jacent raisonnant de tout son être.

En quel sens la prière est-elle liée au désir, à « l’audace de désirer vraiment », comme vous l’écrivez ?

André Comte-Sponville voit dans la prière un désir qui s’enchante lui-même, à travers une parole, et une parole qui s’enchante elle-même, à travers un désir. Ce serait vrai si la prière n’avait pas un destinataire. Dans la vision matérialiste et athée de Comte-Sponville, Dieu n’existant pas, c’est ne rien prier que prier Dieu. Dans le cadre de la foi, il en va autrement. Quand il y a enchantement, c’est Dieu qui enchante et non le désir ou la parole. On prie quand on demande vraiment et pas simplement quand on demande. D’où le lien entre prière et puissance audacieuse du désir…

 

Entretien avec Juliette Cerf pour Télérama

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