Marc Pernot le 10/12/2023
Prédication

Providence : Dieu vient nous secourir. Oui, mais comment ? (Romains 8:26-39)

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pasteur Marc Pernot

 

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prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève, le dimanche de l’escalade, 10 décembre 2023,
par : pasteur Marc Pernot

La providence : Dieu qui tirerait les ficelles du destin ?

L’hymne officiel de la République de Genève, le « Cé qu’é lainô » (texte ci-dessous) chante la providence de Dieu, son secours dans notre histoire. C’est « celui qui est en haut », « le bon Dieu », « qui tient dans sa main la victoire. »

Cette théologie n’est pas sans poser des questions. Pour l’incroyant, mais aussi pour le croyant car cette théologie fait se heurter notre foi et notre expérience de la vie : Dieu vient nous secourir ? Vraiment ? Oui, dans un sens mais comment nous aide-t-il ?

Car nous observons que l’accident, la catastrophe ou la maladie frappent souvent aveuglément, sur des personnes qui ne sont ni pires ni meilleures que d’autres (c’est ce que fait remarquer Jésus à plusieurs reprises Luc 13, Jean 9). Et il existe de vraies canailles qui, hélas, l’emportent ; massacrant, violant, pillant le pays voisin, la maison de son prochain, l’héritage de ses frères…

Les athées ont alors beau jeu de nous dire face à ces événements « Alors, où est-il votre Dieu ? » (comme dans le Psaume 115). C’est souvent notre propre conscience qui nous crie cela quand le mal nous frappe, nous ou ceux que nous aimons. C’est ainsi qu’une certaine pensée de la providence de Dieu a fait plus d’athées que tous les militants athées du monde. Ces personnes perdent la foi en un dieu qui n’existe effectivement pas : une idée, un fantasme de dieu tout-puissant, faisant la pluie comme le beau temps, envoyant la guérison comme la maladie selon son bon désir. Cette théorie est épouvantable pour celui qui souffre car alors comment lutterait-il contre les causes de cette souffrance si c’est Dieu qui la lui envoie ? Et comment avoir confiance et aimer un Dieu capable de faire souffrir alors qu’il aurait pu l’empêcher ?

Cette théorie d’une providence mécanique de Dieu, tenant tout dans ses mains, la santé comme la maladie, la victoire et la défaite : cette théologie fait des dégâts épouvantables, elle n’est pas cohérente avec l’amour de Dieu manifesté par Jésus-Christ ? Oui : eh bien cela nous appelle à évoluer dans notre théologie, voilà tout. Ce serait dommage de jeter le bébé Jésus avec l’eau du bain. Une autre théologie est possible, une autre idée de la providence, qui nous permet de vraiment vivre le secours de Dieu dans notre vie. Une aide puissante.

Veiller et prier : pour l’athée comme pour le croyant

Ce que nous dit d’abord Jésus c’est « veillez et priez » afin de pouvoir faire face aux difficultés (Matthieu 26:41).

Excellent conseil, et contrairement à la première intuition : il n’est pas obligatoire d’être « croyant » pour le faire, et c’est déjà source de victoires inattendues. C’est pourquoi les athées peuvent s’inspirer de ce chant de louange à Dieu qui est l’hymne genevois de l’Escalade. Regarder vers le haut, comme le suggère les premiers mots du « Céqu’é lainô » : porter ses regards sur ce qui est élevé, ce qui est bon, bien, juste et beau dans le monde, dans les autres et en nous-même : cette simple pratique de la pensée positive est certes un peu basique mais c’est déjà un « veiller ».

Et cette observation positive devient un début de prière si l’on cherche ce qui, dans notre vie, a pu nous aider à l’emporter sur ce qui nous blessait et nous tuait. C’est chercher ce qui a été pour nous « le maître des batailles qui a tenu dans sa main la victoire ». Discerner ce qui nous a été un secours dans la peine et se recentrer sur ces sources de mieux. Nous avons là déjà un premier degré du « veiller et prier » de Jésus, et c’est vrai que c’est une grande aide sur le chemin de notre vie.

L’aide de Dieu est plus qu’une sagesse

Mais il y a bien plus. Dieu n’est pas seulement un mot valise pour dire ce-qui-est positif-et-source-de-mieux-dans-notre-vie. Une fois que l’on a abandonné l’idée trompeuse d’un Dieu magicien qui tient dans sa main la pluie et le beau temps, il serait bien dommage d’aller à l’autre extrême et de perdre cette dimension de transcendance qu’est Dieu : une force, une inspiration, un acte de création qui dépasse tout ce qu’offre comme ressources la sagesse humaine et ses exercices comme la méditation.

C’est ce dont Paul parle ici, avec ce texte d’une puissance tragique et d’une profondeur formidable. Manifestement il y met toutes ses tripes, toute sa force, son expérience de foi. D’un côté, il souligne que Dieu agit puissamment pour nous, nous rendant vainqueur : qu’aucune force ne pourra nous emporter. Et en même temps il décrit avec un réalisme cru la terrible réalité de ce qui accable l’humain dans son chemin sur terre. Toutes ces choses négatives et sources de souffrances ne viennent donc absolument pas de Dieu, c’est tout le contraire, Dieu est pour nous, et il est contre toutes ces réalités nocives. Paul en dresse une première liste, chacune d’elle nous évoque quelque chose très concrètement, ce n’est pas de la théologie abstraite, c’est à vif dans la peine humaine : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse ou l’angoisse ou la persécution ou la faim ou le dénuement ou le péril ou les armes ? » (Rom. 8:35)

Toutes les choses de cette liste sont radicalement négatives et ne sont en aucun cas dans la volonté de Dieu pour personne. Si Paul dit que ces réalités ne nous séparerons pas de l’amour du Christ, c’est qu’hélas le risque existe : la détresse trop envahissante, l’angoisse trop profonde, la persécution, la faim noire, le dénuement, le péril, la violence rongent l’homme à un tel point que cela peut lui faire perdre pied, perdre la foi, ne plus avoir une seconde ni un atome de force pour reprendre souffle, pour fermer les yeux la nuit, et se lever le jour. Paul affirme pourtant qu’un fil tient bon, qu’un fil doit tenir : celui de l’amour du Christ pour l’humain, pour chaque humain, même quand il est à terre, écrasé, pestiféré, paralysé, muet, aveugle, pécheur. Cela manifeste l’amour de Dieu pour nous, sa créature, son enfant, Dieu qui est le créateur de l’univers à notre chevet, Dieu pour nous.

Comment Dieu vient à notre secours ? De l’intérieur

Où est alors l’aide et la providence de Dieu pour cet homme broyé par la vie ? C’est par l’intérieur de l’homme que Dieu vient au secours de l’homme broyé.

C’est d’abord, nous dit Paul, « l’Esprit de Dieu qui vient au secours de notre faiblesse. » C’est là le tout début de cette remontée à la vie, c’est la première œuvre de la providence de Dieu pour nous. Quelque chose d’essentiel de l’Évangile nous est dit là, venant à l’inverse de bien des théologies et des pratiques religieuses. Nous n’avons pas à convaincre Dieu de venir à notre secours puisque Dieu travaille déjà en nous pour que l’homme broyé puisse d’abord trouver la force d’un gémissement inexprimable qui est le tout début de sa remontée, comme un début de début de souffle, d’appel, et donc d’espérance. Le droit de dire notre plainte et d’être entendu.

Paul dit avec tendresse pour nos prières enfantines : nos demandons n’importe quoi dans nos prières : comme si Dieu ne savait pas, comme si Dieu devait être convaincu, réveillé, attendri, peut-être pour sauver l’homme en détresse ? Ces paroles sont du bruit où l’homme croit devoir prendre les commandes au dessus de Dieu, cela nous distrait de l’essentiel qui est Dieu qui, au fond de chacun, travaille à nous connecter à lui. On peut le sentir parfois, seulement c’est de l’ordre du murmure inexprimable. Si nous en l’entendons pas, il suffit de savoir qu’au fond de nous, il y a une dimension qui est plus que nous et qui travaille pour nous.

Paul déroule ensuite ce que Dieu poursuit comme travail en nous. Par avance, Dieu nous a connu et a une grande ambition pour nous, comme peuvent en avoir bien des parents pour leur enfant. Dieu nous espère à l’image du Christ. Il ne s’agit pas de se promener en racontant des paraboles car ça, c’était le style de Jésus. L’espérance de Dieu pour nous est que nous participions à ce qu’est le Christ à notre façon là où nous sommes : en faisant notre part dans l’avancée du monde, ce monde qui est notre monde, car nous en avons hérité (Rom. 8:17). Telle est notre trajectoire, partant de la personne incapable de prier, ou prise par la détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le péril, la violence. Dieu fait une personne participant à bâtir un monde où règnera un petit peu plus la foi, l’espérance et l’amour.

Dieu en nous intercède pour nous, nous connecte. L’esprit nous fait sentir que Dieu nous a choisi et adopté (Rom. 8:15-16). Ensuite, nous dit Paul « ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » Nous sommes donc appelé : Dieu compte sur nous. Nous sommes justifié : digne de cet amour de Dieu, digne d’avoir une place en ce monde et d’être heureux. Nous sommes ensuite glorifié : Dieu nous donne de faire la différence en ce monde par nos actes.

C’est ainsi que Dieu nous élève au dessus de la détresse : par une action intérieure, en nous, et il se pourrait bien que ce soit ensuite nous-même qui porterons secours à l’affamé, au malade, au désespéré, à l’angoissé, aux victimes de la folie des hommes.

Secours de Dieu dans le tragique de la vie

Ensuite, Paul dresse une seconde liste de réalités qui pourraient bien nous détruire si nous n’avions l’aide de Dieu et de quelques frères et sœurs que Dieu aurait réussi à faire se sentir appelés. Les réalités de cette liste ne sont pas seulement négatives comme dans la première liste, mais des réalités puissantes et à double tranchant, réalités qui font la trame et la chaîne de notre existence :

  • La mort et la vie forme la paire la plus redoutable. La radicalité de la mort nous angoisse, en même temps l’humain est un être en évolution ce qui suppose que nous mourions en partie à ce que nous étions hier pour avancer d’un pas dans la vie.
  • Les anges et autres réalités spirituelles peuvent nous couper de Dieu, cela demande un travail de l’intelligence et du cœur pour discerner ce qui vient de Dieu ou non, cela se ressemble tant.
  • Notre rapport au présent et à l’avenir est un point essentiel, pour vivre avec espérance mais en vivant bel et bien dans le temps présent.
  • Les puissances. Nous sommes chaque jour émerveillés par les capacités de l’humanité, mais épouvanté aussi.
  • Paul mentionne enfin la hauteur et la profondeur : nos victoires et nos échecs, nos moments de plénitude ou de vide, d’élévation ou d’approfondissement, de fascination ou d’angoisse… nos hauts et nos bas peuvent être utiles ou nous étourdir.

Tout cela se travaille, se prépare, s’entretient, se prie. Et finalement, nous dit Paul : en tout cela nous sommes et nous serons plus que vainqueur par Dieu qui nous a aimé depuis toujours, qui nous a prédestiné à la vie, qui nous appelle, nous justifie, nous permet d’être un peu utile autour de nous, parfois.

De sorte que, oui, vraiment, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Et pour cela nous sommes d’une profonde reconnaissance pour celui qui est en haut (Céqu’é lénô) et qui est en nous par son souffle.

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Romains 8:26-39

L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; 27et celui qui sonde les cœurs sait ce que cherche l’Esprit : c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints.

28Nous savons d’autre part que tout coopère pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son projet. 29Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi destinés d’avance à être rassemblés à l’image de son Fils, de sorte que celui-ci soit le premier-né d’une multitude de frères (et sœurs). 30Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.

31Que dirons-nous donc à ce sujet ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? 32Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a donné pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi gratuitement tout avec lui ? 33Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? C’est Dieu qui justifie ! 34Qui condamnera ? C’est Jésus-Christ qui est mort ! Bien plus, étant éveillé, il est à la droite de Dieu et il intercède pour nous ! 35Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse ou l’angoisse ou la persécution ou la faim ou le dénuement ou le péril ou les armes ? 36Ainsi qu’il est écrit : À cause de toi, on nous met à mort en permanence. On nous considère comme des moutons à l’abattoir. 37Mais dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. 38Car je suis persuadé, en effet, que ni mort, ni vie, ni anges, ni les dominations, ni présent, ni avenir, ni puissances, 39ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre création ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ, notre Seigneur.

Chant de l’Escalade « Cé qu’é lainô »

Écouter chanter les strophes 1, 2 et 68 (lors du culte du 10 décembre 2023 au temple de Vandœuvres) :
 
 

Texte en patois genevois du XVIIe siècle :

1. Cé qu’è lainô, le Maitre dé bataille,
Que se moqué et se ri dé canaille,
A bin fai vi, pè on desande nai,
Qu’il étivé patron dé Genevoi.

2. I son vegnu le doze de dessanbro,
Pè onna nai asse naire que d’ancro;
Y étivé l’an mil si san et dou,
Qu’i veniron parla ou pou troi tou.

4. Petis et grans, ossis an sevegnance:
Pè on matin d’onna bella demanze,
Et pè on zeur qu’y fassive bin frai,
Sans le bon Di, nos étivon to prai !

67. Pè sous anfan il a de la tandresse,
A bin volu se bouta à la brèche,
Et ranversa lous ennemi mordan
Que vegnivon fare lous arrogan. .

68. Dedian sa man il y tin la victoire,
A lui solet en démure la gloire.
A to zamai son Sain Non sai begni!
Amen, amen, ainsi, ainsi soit-y !

 

Traduction française :

1. Celui qui est en haut, le Maître des batailles,
Qui se moque et se rit des canailles
A bien fait voir, par une nuit de samedi,
Qu’il était patron des Genevois.

2. Ils sont venus le douze de décembre,
Par une nuit aussi noire que d’encre ;
C’était l’an mil six cent et deux
Qu’ils vinrent parler un peu trop tôt.

4. Petits et grands, ayez en souvenance :
Par un matin d’un beau dimanche
Et par un jour où il faisait bien froid,
Sans le bon Dieu, nous étions tous pris !

67. Pour ses enfants il a de la tendresse,
A bien voulu se mettre à la brèche
Et renverser les ennemis mordants,
qui venaient faire les arrogants.

68. Dedans sa main il tient la victoire,
A lui seul en demeure la gloire !
A tout jamais son Saint Nom soit béni ;
Amen, amen, ainsi soit-il !

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7 Commentaires

  1. César dit :

    Cher pasteur,
    Merci pour ce beau texte. Ainsi, comment Dieu, en nous aimant (et prenant condition d’homme, à moins que cette théologie ne soit pas partagée par tous les chrétiens ?) nous sauve-t-il concrètement ? Effectivement il n’est pas magicien, et sa seule toute puissance est son amour. L’amour en nous suffit-il à nous relever dans n’importe quelle situation (handicap, deuil, traumatisme) ?
    Merci cher pasteur

    1. Marc Pernot dit :

      Que Jésus soit Dieu se promenant en sandales est plus de la piété populaire que de la théologie chrétienne.

      La nature du Christ est une branche particulièrement complexe, extrêmement subtile, explorée par les théologiens à partir du IIᵉ siècle jusqu’à nos jours. Ce domaine est tellement épineux que les grands conciles ont jalonné les limites de la pensée autorisée (selon eux) en ce domaine de multiples anathèmes très pointus.

      Ce que dit le prologue de Jean, pour remonter à la source, c’est que « la Parole (de Dieu) devint chair » en Christ, ce n’est pas la même chose que de dire Dieu prend la condition humaine.

      Au verset Jean 1:12, ce qui est chair (l’humain) reçoit le pouvoir de devenir enfant de Dieu, né de Dieu, et au verset Jean 1:14 « Le Logos devient chair ». On peut le comprendre comme la concrétisation du projet incroyable du verset 12, l’humanité, ou plutôt chaque personne devenant le lieu d’incarnation de la Parole de Dieu.

      On voit que cette incarnation ne va pas de soi : cette Parole est refusée (v. 11)/acceptée (v. 12) plus ou moins en chacun, ce don n’est qu’un pouvoir de devenir. C’est là que l’apport du Christ est décisif : pour une fois ce projet marche visiblement bien, ce n’est plus seulement le « pouvoir de devenir », c’est un « est devenu », c’est une réalité que nous pouvons contempler et même toucher du doigt (1 Jean 1:1).

      C’est pourquoi Jean parle de Jésus comme « fils unique » alors même que nous pouvons devenir, tous, « enfant de Dieu ».

      Jean parle de cette incarnation de la Parole en Jésus comme d’une « gloire », en hébreu cela signifie l’efficacité bien réelle, éclatante d’une action. C’est ce qui arrive, enfin, en Jésus. C’est ce qui est ironiquement mis dans la bouche de Pilate à l’autre bout de cet évangile selon Jean : « Voici l’Homme » (Jean 19:5), dit-il en présentant Jésus à la foule. Pour une unique fois, nous avons vu ce que Dieu entend quand il crée l’humain.

      C’est aussi le cas en chacune et chacun de nous car quel monstre n’aurait jamais le moins du monde été capable d’aimer un tout petit peu ? Or, comme le dit encore Jean dans sa première lettre : « Quiconque‭ aime‭‭ est né‭‭ de‭ Dieu‭ et‭ connaît‭‭ Dieu‭.‭ » (1Jean 4:7) Mais cela reste hésitant et embryonnaire alors qu’en Jésus cela se manifeste en sa personne, ses paroles et sa vie, particulièrement sur la Croix.

      Cela nous invite à entrer encore et de plus en plus dans ce processus d’incarnation de la Parole de Dieu dans notre chair, dans notre espérance, dans notre façon d’aimer…

      Cette « incarnation de la Parole de Dieu » en nous est une dimension essentielle du salut. La question du pardon, d’être accepté par Dieu pour la vie future, n’a jamais été en question puisque Dieu aime, il a et il garde toujours une entière bonne volonté pour chacune et chacun. Jésus a manifesté cela mais il n’en est pas la cause, c’est simplement la nature même de Dieu qui est amour (1 Jean 3:17 et 16). Jésus n’a pas eu besoin d’aider Dieu à nous aimer et nous pardonner, c’est nous que le Christ aide, nous, en manifestant cet amour de Dieu même pour les pécheurs : il a fait connaître « sa grâce‭ et‭ sa vérité‭ », c’est-à littéralement sa tendresse viscérale pour nous et sa fidélité inaliénable à notre égard (Jean 1:17).

      Que cela nous aide à recevoir sa Parole créatrice, son souffle. C’est un supplément de création, c’est un soin tendre et bénéfique à recevoir. Concrètement, cela aide d’investir un peu de notre temps et de notre pensée pour nous ouvrir à cette action de Dieu en nous : à chacun de voir si ce n’est pas la pensée, la réflexion, la prière, la méditation des évangiles, le culte, la prière personnelle, mais aussi en aimant un petit peu aussi selon ce qui sera possible. 

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