
Quel est votre point de vue sur l’athéisme ?
Question posée :
Bonjour Marc,
Je réfléchis sur la conception de l’athéisme, aurais-tu une piste à me donner et ton point de vue en tant que pasteur ?
Merci beaucoup.
Réponse d’un pasteur :
Chère Amie,
Merci, car c’est une question intéressante à plus d’un titre : pour ceux qui se croient un peu trop vite croyants, ceux qui se croient trop vite athées, et ceux qui classent trop vite les autres comme étant athées, peut-être…
Une définition nuancée de l’athéisme
Un athée est quelqu’un qui n’est pas croyant, qui est sans Dieu. Pour réfléchir sur ce que cela veut dire dans la théologie chrétienne, il me semble assez logique de partir de la définition du croyant que Jésus propose dans le célébrissime sommaire de la Loi : « Voici le premier de tous les commandements : Écoute le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Et voici le second commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Marc 12:29-31)
D’habitude, on dit qu’un athée est quelqu’un qui ne croit pas en Dieu, qui nie l’existence de toute divinité. C’est un peu trop simple comme définition, car aimer Dieu n’est pas simplement une question de pensée, mais aussi de cœur, de vie, de force (d’action concrète).
Les dimensions de la foi et de l’incroyance
Quelqu’un qui croit en l’existence de Dieu mais pour qui cette croyance ne change en réalité pas grand-chose dans sa vie est croyant par la tête mais athée par le cœur, l’âme et les forces.
À l’inverse, quelqu’un qui rejette totalement l’existence de Dieu dans sa façon de comprendre le monde et la vie, mais qui parfois agit en aimant son prochain de façon simple et vraie, celui-là est athée par la tête et un peu croyant par le cœur et les forces… C’est d’ailleurs ce que dit l’apôtre Jean dans cette phrase incroyable d’ouverture : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres ; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (1 Jean 4:7 et 1 Jean 4:16)
Les quatre axes de la relation à Dieu
On pourrait décliner ces nuances sur ces quatre dimensions de l’humain que Jésus nous propose ici comme formant la foi en Dieu. Personne n’est à 100 % dans aucune de ces quatre dimensions, et personne n’est tout à fait peut-être à 0 % non plus ?
Les quatre axes sont importants, mais l’axe de l’amour du prochain par les actes est fondamental pour Jésus, car il développe cette dimension de la foi en doublant « tu aimeras Dieu de toute ta force » par « tu aimeras ton prochain ». D’ailleurs, dans ce quatrième chapitre de sa lettre cité plus haut, Jean a des paroles dures pour ceux qui n’aimeraient Dieu que par la pensée sans aimer leur frère en humanité.
L’importance de l’intelligence et du cheminement
Mais Jésus insiste aussi avec force sur la réflexion personnelle quand il dit qu’il faut aimer Dieu de toute son intelligence. C’est lui, Jésus, qui ose ici ajouter cette dimension de la foi qu’est la réflexion personnelle (cela n’y était pas dans le texte de l’Ancien Testament que Jésus cite ici, et c’est vraiment osé de sa part d’ajouter une quatrième dimension à ce commandement fondamental pour les croyants).
Une personne gentille et très dévouée est dans un certain sens fidèle à Dieu, mais son athéisme de pensée est un réel handicap car l’intelligence est une qualité très importante pour l’humain, comme le fait de nager pour un poisson. L’intégriste aussi est handicapé, en ce sens, car il est plus cramponné sur des définitions intellectuelles que de s’exercer à réfléchir personnellement (afin que ce soit le plus sincèrement et librement possible) sur ce que l’on pense de Dieu et de ce qu’il pense.
Jésus insiste aussi sur l’amour de soi-même, qu’il n’était pas non plus obligé de mentionner dans le deuxième commandement puisque, dans un sens, il est déjà un peu présent dans le « tu aimeras Dieu de toute ton âme », ce qui signifie « tu aimeras Dieu de tout ton développement, de tout ton cheminement personnel » (c’est cela que signifie, à mon avis, le mot traduit ici par âme). Celui qui n’avance pas dans sa qualité d’être est un athée de cette dimension-là de la foi.
Conclusion : Une conversion permanente
Bref, nous sommes tous plus ou moins athées. Bien sûr, il vaut mieux l’être moins que plus et trouver un certain équilibre entre ces dimensions. Je pense que cela devrait nous aider à ne pas déclarer trop vite telle personne comme infidèle, ni se croire dispensé de se convertir encore un petit peu soi-même, selon ses forces.
Mais de toutes façons, Christ est venu pour les pécheurs, les athées… Cela laisse de l’espoir.
Avec mes amitiés,
Sur ce sujet : Découvrez la définition et les enjeux autour de la question de croyant – fidèle dans le Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Mieux vaut un bon athée qu’un mauvais croyant ?
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Théologie – Athée
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Mon pasteur a dit que Dieu est mort et qu’il se considère comme athée ?
