La plupart des chrétiens que je connais souffrent toujours plus les autres personnes ?

une main prend la main d'une autre personne pour manifester son soutien - Photo by National Cancer Institute on UnsplashPar : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Cher Pasteur

J’espère que vous allez bien. Je m’excuse de vous déranger à travers cet email, d’autant plus que vous ne me connaissez pas et que nous nous soyons jamais rencontrés. Mais un de vos prêches que j’ai vu sur Youtube m’a ému.
Il y a plusieurs questions sur la foi que je me pose depuis un moment et ces questions m’angoissent profondément. Je ne sais pas vers qui me tourner car si j’évoquais ce sujet dans ma famille, cela créerait un tollé inimaginable : mes parents prendraient ces questions de doute comme un « échec » de l’éducation chrétienne qu’ils m’ont inculquée et risqueraient de me harceler pour que je revienne vers la foi. Je ne tiens pas à les impliquer à cette histoire.
Voilà, j’ai toujours grandi dans l’éducation chrétienne et dans la connaissance de la Bible. Puis, je me suis éloignée sans réellement comprendre pourquoi en grandissant. De temps en temps, dans les grands moments de détresse, je demande l’aide de Dieu mais sinon il reste absent de ma vie quotidienne.

Récemment, avec une amie, nous évoquions la vie de quelqu’un, qui avait des problèmes de santé. Je lui ai dit : « j’ai remarqué que la plupart des chrétiens que je connais souffrent toujours plus les autres personnes. A tout prendre, je préférerai ne pas souffrir et ne pas être chrétienne ». Choquée, elle m’a expliqué que je ne devais pas dire ce genre de phrases, que « la souffrance et les épreuves permettaient de renforcer la foi et que la récompense serait le paradis. Qu’il valait mieux souffrir sur terre et aller au paradis ensuite ».

Ma question: est-ce que les personnes chrétiennes souffrent plus que les autres ? Si oui, pourquoi ?

Pourquoi est-ce que Dieu nous ferait souffrir ? Qu’est-ce qui nous prouve que le paradis existe et qu’il vaut mieux souffrir maintenant ?

Elle m’a expliqué ensuite que Dieu pourrait me frapper d’une terrible épreuve pour que je me tourne vers la foi. Cette phrase m’a glacée le sang : sincèrement je n’ai pas envie de souffrir et je redoute même la souffrance.
Est-ce que Dieu est capable de me faire du mal ? Ou de me punir tout simplement parce que je n’ai plus la foi? Je préfererai qu’il me laisse tranquille mais cette question me travaille. J’ai peur de Dieu tout simplement, peur qu’il me fasse un truc horrible pour que je n’ai plus d’autre alternative à part me tourner vers lui. Pensez-vous que ce soit possible?

J’ai encore d’autres questions mais mon mail est déjà long. Je ne sais pas si vous aurez le temps d’y répondre mais je vous remercie d’avance pour le temps que vous aurez pris à le lire.

Bien cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Il est absolument hors de question que Dieu fasse souffrir quiconque, mais il fait tout pour soulager la souffrance, celle de l’innocente, et même celle du coupable. Bien entendu. C’est à mon avis la base même de l’Evangile du Christ, avec Dieu comme créateur de la vie, auteur de la bénédiction. C’est la base même de l’idée de la vie juste qui nous est demandée : agir pour soulager la souffrance autant que nous le pouvons, d’agir avec douceur, et de chercher à surmonter le mal par le bien…

Je sais qu’il existe des gens qui disent que Dieu éprouve, qu’il punit… cela ne me semble pas cohérent avec l’attitude du Christ dans la vie ni avec ce qu’il nous propose comme idée de l’acte juste. Ceux qui disent que l’on doit craindre que Dieu nous fasse souffrir sont aussi ridicules que quelqu’un qui dirait qu’il y avait à craindre que Jésus torture un enfant ! Vous n’avez rien, absolument rien à craindre de Dieu ! Jésus nous dit que Dieu aime même ses ennemis ! Que Dieu bénit ceux qui le persécutent et qu’il fait du bien même à ceux qui le maudissent. Et c’est ce qu’a fait Jésus, montrant le vrai visage de Dieu, et il nous appelle à marcher, si possible, sur ce chemin car c’est celui de la vie… (Matthieu 5:43-48) Donc, non, Dieu n’utilise pas de menaces pour nous dresser, il n’utilise que le bien comme moyen de faire le bien et de faire notre bien. En particulier, la maladie ne vient jamais de Dieu. Il est le Dieu de la vie. Si Dieu envoyait aussi la maladie, on pourrait dire, comme Jésus que son royaume serait divisé contre lui-même, et n’aurait aucune chance de subsister (Marc 3:24).  Au contraire, Dieu est toujours à nos côtés contre la maladie.

Certains disent qu’il faut souffrir en ce monde pour gagner le paradis. Cela n’a aucune raison de marcher comme ça. La bénédiction de Dieu ne s’achète pas, parce que l’amour vrai ne s’achète pas. Et Dieu ne gagne rien, ne se réjouit pas à voir souffrir son enfant, au contraire, cela lui est cruel. La Bible ne valorise pas la souffrance, et si elle doit être supportée c’est uniquement dans des circonstances où, malheureusement, Dieu n’a pas pu empêcher ce mal d’arriver. Parfois, c’est vrai, une certaine souffrance est nécessaire pour avancer, par exemple quand nous devons faire un effort pour faire avancer la justice, mais alors la souffrance reste un mal, comme par exemple l’extrême fatigue de soignants dans les hôpitaux, enchaînant les gardes et les veilles pour soigner les trop nombreux malades. Cette souffrance n’est pas la volonté de Dieu mais la conséquence d’une catastrophe sanitaire, celle d’une pénurie à gérer au mieux.

Alors est-ce que les chrétiens souffrent plus ? Je ne pense pas qu’il leur arrive plus de catastrophes. Mais c’est vrai que celui qui aime les autres va compatir à la souffrance des pauvres et de ses proches quand ils sont frappés par un malheur. Celui qui a un peu de cœur souffre donc plus que l’égoïste. Donc, c’est dans un sens vrai, seulement, faut-il envier pour autant la vie de l’égoïste ? Je pense que vivre avec une bonne dose de compassion et de soif de justice est une vie plus vraie, plus vivante et plus belle. Nous ne sommes pas plus aimé de Dieu nous autant (il nous aide de toute façon à fond). C’est plutôt une conséquence de cet amour de Dieu pour nous, qui nous inspire d’aimer à notre tour un petit peu comme nous le pouvons, et que cette compassion et ce soin de l’autre nous coûte, au point que ce n’est pas toujours facile, et que nous devons faire attention à penser suffisamment à nous même pour continuer à être en forme demain. Même si ce n’est pas toujours facile, il y a un vrai bonheur à vivre ainsi en aimant.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

PS. Sur la question de l’existence du mal et de la souffrance, vous pouvez aussi regarder ce dossier.

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