31 décembre 2022

des personnes participent à une messe - Photo de Mateus Campos Felipe sur https://unsplash.com/fr/photos/M78SwDw9X0A
Foi

Dieu a-t-il une place pour les agnostiques « bons » dans son cœur et au paradis ?

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Un jeune agnostique, en proie au doute et à la peur de l’enfer après avoir assisté à une messe, demande si Dieu peut pardonner à quelqu’un qui n’est pas certain de croire. Le pasteur Marc Pernot répond en écartant l’image d’un Dieu juge et punitif, pour montrer un Dieu qui aime, pardonne et fait confiance à la personne, quel que soit son degré de certitude.


Par : pasteur Marc Pernot

 

Question posée :

Bonjour, tout d’abord je vous souhaite un chaleureux Noël.

Athée de départ, j’ai récemment accompagné une amie croyante à une prière. L’atmosphère de l’église a totalement remis en doute mes certitudes. Éprouvant un ressenti particulier, j’ai même prié pour un ami en difficulté. En cherchant ensuite sur Internet, votre façon d’aborder Dieu comme un père aimant plutôt qu’un juge m’a beaucoup marqué.

Aujourd’hui agnostique, une profonde inquiétude m’envahit. J’ai toujours naturellement cherché à faire le bien et à aimer mon prochain, mais j’ai aussi commis des péché (comme le mensonge ou des fautes morales). Des croyants m’ont souvent répété que j’avais ma place en enfer, et la peur de la damnation éternelle me hante désormais.

Pourtant, j’ai cette sincère volonté de devenir meilleur et plus sain, pour moi-même comme pour les autres. Mes interrogations sont les suivantes :

Dieu et Jésus-Christ sauront-ils me pardonner alors que je suis agnostique et que j’ai péché ? Dieu saura-t-il être juste si je meurs dans le doute de son existence, alors que j’aurai essayé de faire le bien autour de moi ? Enfin, concernant le baptême, se faire baptiser sans être pleinement croyant ne serait-il pas un mensonge ou une insulte ?

En voyant vos réponses si percutantes, je me suis dit que vous auriez un conseil pour un jeune homme en situation de doute et de peur comme moi.

Je vous remercie d’avance.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Je suis extrêmement touché par votre ouverture d’esprit, et pour cette belle sincérité que vous mettez à avancer, je suis persuadé que cela vous apportera énormément.

Dieu ne condamne pas, il pardonne

Je vous répondrai d’abord qu’il n’y a absolument rien à craindre de Dieu pour quoi que ce soit que vous auriez fait ou pas fait. C’est précisément cela que nous apporte Jésus-Christ : selon lui, Dieu aime même son ennemi, va chercher même la plus perdue des brebis perdues (et Jésus n’envisage pas une seconde qu’il pourrait ne pas la sauver). Et Jésus sauve de la mort la femme adultère, lui disant que lui, Jésus, ne la condamne pas. Le message est clair : ce sont les intégristes qui tuent le pécheur ; Dieu, lui, pardonne, relève, sauve, et encourage à avancer. Jésus va même jusqu’à prier pour les soldats qui viennent de le crucifier et continuent à se moquer de lui : c’est plus que du pardon de la part de Jésus, c’est un regard de compréhension pour ces hommes, dont il se dit qu’ils sont au fond d’eux-mêmes infiniment meilleurs que ce qu’ils font. Et, pour Jésus, ils méritent d’être pardonnés et sauvés.

Une image mesquine et mythologique du jugement

Mais de toute façon, cette notion même de sélection des individus pour le paradis ou l’enfer, pour la vie éternelle ou la mort éternelle, cette vision est très schématique et, telle quelle, ne me semble pas avoir de sens.
Cela donne une idée bien mesquine de la justice : Dieu garderait les performants, laissant mourir ou même tuant carrément ceux qui déméritent ? Si des parents traitaient ainsi leurs enfants, on leur retirerait en vitesse la garde de leurs enfants. Et la République s’occupe et soigne même les moins performants de ses citoyens.

Cette peur de l’enfer, ces histoires de péché mortel, tout cela est bien plus inspiré par des légendes et des peurs préhistoriques, et de la mythologie. Ce Cerbère recyclé en saint Pierre à la porte du paradis, avec la pesée des âmes de la mythologie égyptienne.
Cette vision d’un Dieu terrible fait hélas beaucoup de dégâts, à la fois dans ce qu’elle suggère comme juste comportement, mais aussi en faisant, hélas, que bien des personnes craignent de faire confiance en un tel Dieu. Jésus dit et fait le contraire : il vient soigner les pécheurs, les accompagner, les appeler encore et encore. La justice de Dieu est ainsi le souci de la personne afin de l’aider à s’élever, à développer son bon fond.

Nul n’est parfait, et si l’on écoute Jésus, il y a toujours une sorte de fond de la personne qui mérite qu’on s’y intéresse. Ou en tout cas que lui arrive à aimer et à vouloir sauver. Cela donne une idée du jugement de Dieu : il y a effectivement du tri à faire, mais ce tri garde le meilleur, le bon fond de chaque personne, en l’état, et purifie ce qui est problématique, souffrant et méchant. C’est comme cela que l’ami « juge » un ami. Pourquoi Dieu serait-il moins bon que nous, dans nos humaines amitiés ?

Se libérer de ces idées nocives

Donc, premièrement, je vous proposerais de secouer de votre conscience ces idées d’enfer, de jugement, comme on secoue sa veste de la poussière tombée dessus. Cela fait vivre sous une culpabilité, une menace. Cela aliène, froisse votre être, dans ce qu’il a de meilleur, sa sincérité, son élan. Libérez-vous de ces idées nocives et concentrez-vous simplement sur le meilleur qui fait être et vivre d’une plus belle façon.

J’ai beaucoup aimé vos deux autres motivations pour tâcher d’avancer dans le bon sens :

  • chercher à faire du bien autour de soi, comme on peut ;
  • chercher à progresser : éviter les comportements problématiques, devenir meilleur, parce que cela fait une plus belle vie.

Votre « volonté de devenir meilleur et plus sain, pas forcément pour Dieu, mais déjà pour moi-même et pour les autres », c’est exactement ce que Jésus propose dans son « aimer son prochain comme soi-même ».

Quatre repères pour avancer dans la confiance

Vous avancez ainsi d’une belle façon, pas à pas. Et en plus, maintenant, vous avez une certaine ouverture à la possibilité de Dieu.
À ce sujet, voici ce que j’aimerais vous dire :

  1. Même avant de le chercher, avant de vous ouvrir à la pensée de cette notion, vous étiez bien moins athée que vous le pensiez, en tout cas selon Jean, qui dit que « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jean 4:7). Or il est manifeste que l’amour (ici l’attention à une personne) vous anime au moins en partie.
  2. Si l’on analyse ce que ce genre de passages de la Bible dit de Dieu, ce n’est pas une sorte de personnage invisible quelque part, c’est une source du meilleur en nous. Or vous êtes en relation avec cette source, ou plutôt, cette source s’est manifestée en vous, d’abord à un autre niveau que celui de la pensée consciente. C’est un peu ce que ressent Blaise Pascal quand il s’interroge s’il a vraiment la foi : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. »
  3. Faire délibérément une recherche de cette source en nous et lui accorder une place consciente, c’est une grande force. Vous pouvez garder cette réserve quant à savoir si cette source est une personne, quelque chose d’extérieur, ou simplement ce qui est au fond de vous-même, le cœur battant de votre vie profonde. Même si cette question est par ailleurs intéressante et féconde, l’essentiel reste d’avoir cette attitude essentielle de recentrement sur ce qui fait source en nous. C’est déjà de la théologie et déjà de la prière que de se placer face à ce meilleur (ou plutôt cette source d’avancée en nous), soi-même et ceux à qui l’on pense.
  4. Pour la suite, faites simplement confiance. Pour l’année à venir et pour la vie après notre passage en ce monde, nous verrons bien en temps utile. Jésus nous dit de commencer par chercher à être vraiment vivant d’une belle façon maintenant, parce que c’est bon, et que par ailleurs le meilleur de ce qui nous anime maintenant restera vivant après la mort. Cette attitude me plaît, dans la confiance qui permet d’avancer pas à pas, sans fébrilité ni menace, dans la sincérité que seule permet la confiance.

Vous avez raison de revenir sur vous-même et sur votre vie, comme vous le faites. C’est comme cela que l’on avance, à condition de faire preuve à la fois de lucidité et de bienveillance. C’est ce que vous faites au fond, je pense. Et c’est une bonne chose.

Dieu pardonne-t-il à l’agnostique ?

Mieux vaut être trop agnostique que pas assez. Car celui qui est certain de son savoir sur Dieu adore en réalité ses propres idées, ce qui est un peu limité et ce qui peut rendre vite méchant envers les autres qui n’ont pas exactement la même idée. De toute façon, Dieu n’est pas un objet de ce monde, et il faudrait de toute façon des mots et des concepts particuliers pour dire en quel sens il existe.

De toute façon, rien que sur le début de la question : « est-ce que Dieu pardonne… » Comme je vous le disais, Dieu, au sens où Jésus l’entend, comprend et aime la personne.

Et la question du baptême ?

Le baptême est un signe d’entrée dans une certaine alliance avec Dieu, quelle que soit la façon dont on le comprend. Jésus lui-même ne baptisait personne avec de l’eau ; il s’est contenté de manifester une certaine conception de Dieu et d’appeler à être dans une relation de confiance avec lui. Néanmoins, il n’est pas inutile de marquer notre cheminement de vie par des repères, et le rite permet de faire cela de façon significative.

Certaines Églises placent ce geste du baptême pour sanctionner la foi du fidèle, pourquoi pas, sauf que l’on n’est jamais à 100 % de foi, d’engagement, de certitude.
Dans notre sorte de protestantisme, comme dans le catholicisme, nous baptisons les bébés comme les adultes : c’est afin de dire que l’essentiel de l’essentiel est le fait que Dieu nous aime et garde chaque personne individuellement. Ce geste est un signe de la radicale dignité et importance de chaque personne. La foi de la personne est alors une réponse en dehors de tout chantage. Vous pourriez donc tout à fait être baptisé sans que ce soit un mensonge. Ce geste dit que Dieu croit en vous. Ce dont je suis persuadé.

Mais ce n’est pas non plus indispensable pour Dieu qu’une personne soit baptisée. Il est assez grand pour aimer et garder cette personne sans qu’elle soit d’abord passée demander un visa à une institution. C’est nous, humains, que cela aide.

En tout cas, bravo pour votre belle façon d’être, pour votre belle façon d’avancer, d’aimer et de rendre service à d’autres.
Merci pour ce témoignage.
Excellente année 2023 à vous.
Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Réponse du visiteur :

Cher pasteur,

Je vous remercie d’avoir pris de votre temps pour me donner une réponse très complète ; elle a parfaitement répondu à mes inquiétudes.
C’est cette vision que j’ai voulu embrasser en allant sur votre site, cette idée que Dieu apparaisse comme un père aimant chacun de ses enfants et sachant de quel bien ils sont capables, plutôt qu’un juge intransigeant et punitif.

Je comprends mieux : en réalité, ma vision avait sûrement été trop altérée par les catholiques intégristes que j’ai pu rencontrer au fil de ma vie, ce qui m’avait d’ailleurs écarté de la religion, que je voyais à cause d’eux comme une manière de vivre qui prônait la punition de tout ce qui n’était pas parfait. Et dans mon cas, où beaucoup de mal avait été fait la plupart du temps sans que je le fasse exprès, les remords et la culpabilité me rongeaient beaucoup.

Je songe de plus en plus à m’intéresser davantage à la religion, et je pense que je peux repartir sur des bases où je suis plus en paix grâce à vous. J’en repars le cœur plus léger, je vous remercie chaleureusement pour cette réponse que vous m’avez apportée, j’en prendrai grande conscience pour la suite de ma vie, et je pense que je reviendrai sur votre site pour lire les nouveaux sujets.

Je vous souhaite également une très bonne année 2023.
Merci, également.
Bien à vous.

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