Comment discerner ? Quel(s) critère(s) recommandez-vous pour éviter de se tromper ?

Par : pasteur Marc Pernot

Un panneau indicateur peu clair, dans le brouillard, avec des chemins presque invisibles dans l'herbe - Image par Free-Photos de Pixabay

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur,

Parfois on est sur le fil du rasoir: on balance entre le risque de résister au St-Esprit si certaines « manifestations » sont bien de Lui, et le risque de donner prise à des dérives.

Quel(s) critère(s) recommandez-vous pour éviter de se tromper ?

Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Michel

Excellent !

Personnellement, quand j’ai une idée qui me semble venir de nulle part, que je n’avais pas trop de raison d’avoir imaginé, et qui en même temps me semble faisable, j’ai tendance à la prendre comme prioritaire, possiblement soufflée par Dieu. Et j’ai l’impression que c’est le cas. Mais évidemment, c’est difficile à dire, car je suis théologiquement persuadé que même si cela ne venait pas de lui, il nous accompagnerait quand même dans le chemin choisi. Car il est comme ça. Le fait même que nous ayons un génie propre vient lui aussi de Dieu, et donc le fait que des idées tout à fait personnelles nous viennent en tête appartient à l’espérance de Dieu. L’idée qui vient de Dieu et que nous retenons et sur laquelle nous travaillerons en équipe avec Dieu, l’idée qui vient de nous et que Dieu et que Dieu accompagne : bien peu distingue ces deux projets.

En même temps, le « Saint-Esprit » quel est son rôle ?
Il est possible que ce soit de nous donner une route où Dieu nous appellerait prioritairement, parce qu’il y a un boulot à faire, qu’il pense que nous pourrions y arriver, et qu’il n’a pas grand monde d’autre de mieux à ce moment là. Mais en général, il me semble que Dieu est plutôt celui qui augmente les possibles, qui multiplie les choix s’offrant à nous. Car il est le Dieu de la multiplication, le Dieu de la libération, de l’émancipation, pas le gourou à la puissante emprise mentale, pas le chef qui appelle à la soumission. Le prophète Esaïe, lui, sent son appel comme une criée à la cantonade « Qui enverrais ? » (Esaïe 6), auquel il répond le traditionnel « Me voici ! » (Hinnéni, comme dans l’incroyable chanson de Léonard Cohen, sa toute dernière et une des meilleures, avec Hallelujah ). C’est pourquoi la question se pose de savoir si l’idée vient de Dieu ou non? Je pense que c’est souvent un appel d’un immense respect. Heureusement que cela n’apparaît pas comme une table en pierre tendue du haut des cieux. Et c’est pourquoi, à moins d’être en plein délire, je pense que la question n’est pas tant celle de se tromper de chemin, mais bien plutôt ce « Hinnéni », ce « me voici ! » de celui qui se lève, se tient debout devant Dieu, en confiance. Et se laisse inspirer de ce que son cœur, sa conscience lui dira alors. Pour avancer, ou pour changer d’orientation. Le temps de ce Hinnéni, de cette prière confiante, peut-être de quelques heures ou de quelques jours.

Je sais que votre question est particulièrement aigüe. Car en nous résonne la sourde, si profonde tentation de l’héroïsme. Ah que nous aimerions être Jésus donnant tout pour le salut du monde, ou au moins Sœur Emmanuelle vivant dans la décharge d’Alexandrie pour aider des enfants. Touché le soir par un reportage sur un pays en guerre, priant sincèrement le lendemain, vibrant de ce Hinnéni, ne risquons-nous pas de nous sentir appelé à vendre notre maison, quitter notre boulot pour partir là-bas ? Pourquoi pas, mais à 99,99 % comme vous le dites, ce serait une dérive, si je n’ai aucune compétence pour cela, et abandonner peut-être un chantier où je suis utile, une compétence que j’ai acquise. Hélas, l’herbe semble toujours plus verte dans le pré d’à côté, ah que j’y serais heureux ? Il nous faut donc tenir compte de cet effet de parallaxe. Mon « Hinnéni », mon héroïsme est parfois de partir et il est parfois de mettre mon cœur, mon intelligence, et de la passion dans mon humble vocation dans cet immense corps qu’est l’humanité. De tenir bon, d’être fidèle à Dieu en étant fidèle à nous-même.

C’est donc à chacun de trouver au fond de lui-même la réponse à cette question essentielle, et parfois cruciale. Merci pour le conseil ? Comment trouver et assurer ce discernement ?
Je vais essayer quand même de donner quelques conseils, afin de ne pas me défiler trop facilement :

  • Le premier principe est que Dieu s’adresse à la personne entière. Cœur, intelligence, esprit, foi, sensibilité, psychologie, corps, forces, moyens, relations. Il me semble nécessaire de faire « travailler » le plus possible l’ensemble de notre personne pour vivre, pas seulement un petit bout. La vie, ses contraintes et sa complexité font parfois que le tragique est sur notre route et qu’il faut bien sacrifier « un bout » de ce que je suis pour avancer. Mais je dirais que c’est quand même à minimiser, parfois à choisir mais comme un moindre mal, pour une raison supérieure. Comme Jésus à Gethsémanée.
  • Le second conseil auquel je pense, c’est que ce discernement si précieux. C’est que cela s’entraîne et s’assoupli comme un muscle. Il est bon de « travailler » sa capacité à discerner par soi-même au jour le jour. Se posant des questions, examinant les choix passés, les carrefours que j’ai empruntés parfois sans même les voir, faisant le bilan sans se culpabiliser, mais pour se former. Admirer aussi ce que l’on observe de beau, de grand, de juste… afin de s’en imprégner.
  • Nous sommes un membre d’un corps. Il est parfois utile de prendre des conseils, de trouver de l’aide, de travailler en équipe. C’est l’indispensable complément, l’autre face de la même pièce, à l’unicité de chaque personne qui fait que chacun est en réalité tout seul à vivre sa propre vie. Seul mais pas désespérément seul : dans un corps dont l’unité se fait par l’Esprit Saint, par une force qui nous dépasse.
  • La prière. Placer cette question dans la prière, devant Dieu, devant l’ultime. Il ne tendra pas un ordre de mission sur une table de pierre. Nous en sommes revenu à votre question du départ. Alors quoi ? Comment cela nous aiderait ? Ne serait-ce que dans le changement de perspective que cela nous donne. Nous sommes une source mais pas LA Source. Nous sommes, nous et notre vie, dignes, beaux, uniques. Mais nous ne sommes pas le nombril de l’Univers. Un de ses membres.
  • Enfin, et peut-être surtout, le Saint-Esprit, par définition, est créateur. Il est celui qui nous met sur pied et nous forme comme capable de créer authentiquement. Et de discerner. Cela aussi est au jour le jour. Un « Hinnéni » pour laisser Dieu nous grandir, nous rendre un petit peu plus adulte. Car c’est bien entendu son projet, et non celui de nous infantiliser.

Bravo et merci pour ce profond appel au discernement que vous nous adressez avec cette question toute simple. Cette écoute de Dieu, sans se prendre nous-même pour Dieu, ni un mirage pour l’aile d’un ange , ni un gargouillement d’estomac pour l’Esprit-Saint…

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. Pascale dit :

    Voilà de quoi inciter à la prudence face à des phrases du genre « Dieu m’a dit que », « C’est la volonté de Dieu », « Dieu m’a exaucé » … Phrases qui me mettent toujours un peu mal à l’aise, je me sens bien incapable d’avoir de telles assurances.

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