
Pourquoi Jésus ne baptisait-il pas ? Baptême d’eau et baptême de l’Esprit
Question d’un internaute
Bonjour Monsieur le Pasteur,
Je viens vers vous avec deux questions concernant le baptême :
- Pourquoi Jésus ne l’a-t-il jamais pratiqué lui-même ? Il l’a reçu (alors qu’il n’en avait sans doute pas besoin) et il a demandé à ses disciples de l’administrer à toutes les nations. Ce geste est devenu depuis un sacrement de base pour la foi chrétienne, dans un contexte rituel très éloigné de celui d’origine.
- Qu’en est-il du baptême de l’Esprit (que l’on classerait au niveau supérieur par rapport à celui de l’eau) ? En quoi consiste-t-il de nos jours (s’il existe…) et qui est digne de le recevoir ?
Je suis bien consciente que ce sujet exigerait d’importants approfondissements, mais j’ose tout de même solliciter une réponse dans les grandes lignes. Un très grand merci par avance pour le temps que vous accorderez à cette réflexion. Bien cordialement.
Réponse d’un pasteur
Bravo de vous poser ces questions, c’est une excellente démarche.
Pourquoi Jésus a-t-il reçu le baptême de Jean ?
Je ne suis pas certain que Jésus n’avait pas besoin d’être baptisé par Jean. C’est effectivement ce que l’on lit dans bien des commentaires, mais cela ne me convainc qu’à moitié pour deux raisons majeures.
D’abord, avec cette hypothèse, le choix de Jésus de demander le baptême deviendrait une sorte de mise en scène : il aurait fait semblant uniquement pour donner une leçon de pédagogie. Je trouve que cela ne correspond pas à la personnalité de Jésus, lui qui affirme : « Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu’on y ajoute vient du mal » (Matthieu 5:37), et dont le comportement est toujours profondément sincère et engagé.
Jésus et la condition humaine en évolution
Ensuite, est-ce que Jésus pouvait être absolument parfait dès le départ en vivant son ministère en ce monde ?
Jésus refuse qu’une personne l’appelle « bon » car, rappelle-t-il, Dieu seul est bon (Luc 18:19). Cela signifie que Jésus se considère lui-même comme perfectible. C’est le propre de tout être humain : l’humain est un être en cheminement et en évolution. Si Jésus ne connaissait aucune progression possible, il ne serait pas pleinement humain ; il serait né miraculeusement parfait dès le premier instant, ce qui n’est ni réaliste ni conforme à ce que rapporte l’Évangile (Luc 2:52). Lors de son baptême, la voix céleste déclare d’ailleurs, selon certains manuscrits anciens : « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré » (Luc 3:22 citant le Psaume 2:7). Ce geste a donc apporté quelque chose de réel à Jésus.
Quant à ses actes concrets, nous remarquons que Jésus n’a pas eu l’occasion d’avoir un geste de compassion envers les populations de l’Arctique, qui vivaient pourtant dans des conditions extrêmes. Jésus ne pouvait évidemment pas être partout, mais l’être humain a souvent le sentiment qu’il aurait pu faire davantage. Il devait donc porter, en tant qu’homme, la réalité de ses limites. Il apparaît sage et juste qu’avant d’inaugurer son ministère exigeant, Jésus ait ressenti le besoin de se plonger dans la grâce et la bienveillance de Dieu.
Naviguer au cœur des paradoxes de la Loi
De plus, Jésus vivait, tout comme nous, dans un monde complexe traversé d’impératifs justes mais parfois contradictoires. Par exemple, lorsqu’une personne souffrante demande son aide le jour du sabbat, la compassion invite à la secourir immédiatement, tandis que le repos du sabbat prescrit d’interrompre toute activité. Jésus choisit d’accomplir l’acte de compassion en expliquant publiquement pourquoi la vie prime sur le rite. Cela n’empêche pas qu’il se heurte à une tension délicate : il transgresse la lettre de la Loi pour en faire vivre l’esprit d’amour. Il est donc fondamental de se placer sous la bienveillance infinie de Dieu, qui comprend nos tiraillements au milieu des contraintes de l’existence.
Pourquoi Jésus ne baptisait-il pas lui-même ?
L’Évangile selon Jean (Jean 4:2) précise explicitement que Jésus ne baptisait pas lui-même, mais laissait faire ses disciples. Ce détail historique est fascinant. À l’époque où cet évangile a été finalisé (vers 70 ou 80 après J.-C.), l’Église primitive était en train de structurer sa liturgie et d’instituer le baptême comme rite d’entrée universel en remplacement progressif de la circoncision. Pourquoi l’évangéliste mentionnerait-il un fait qui relativise ce rite, si ce n’est parce qu’il s’agissait d’une réalité historique incontestable ?
Jésus relativisait les formes extérieures : les rites et les sacrements ne sont que des instruments pédagogiques, ils ne constituent jamais le cœur battant du salut.
L’annonce de la grâce inconditionnelle
Il existe également une raison théologique profonde : le baptême de Jean était un baptême de repentance conditionné à la conversion. Or, Jésus révèle un amour de Dieu totalement inconditionnel. Jésus pardonne même à ses bourreaux sur la croix, sans exiger d’eux un acte préalable de repentance (Luc 23:34). Plutôt que de plonger les corps dans l’eau, Jésus plonge les cœurs dans la certitude de la grâce de Dieu.
Par ailleurs, Jésus n’est pas venu fonder une nouvelle religion rituelle, mais vivifier notre relation vivante à Dieu et à notre prochain. Il laisse ses disciples libres d’organiser des formes pratiques pour nourrir la piété des communautés, montrant ainsi que les générations successives ont la liberté de créer des outils adaptés à leur temps.
L’ordre d’enseigner et de baptiser
À la fin de l’Évangile selon Matthieu, nous trouvons la formule bien connue : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28:19-20). Pourtant, dans le livre des Actes des Apôtres, les premiers chrétiens baptisaient simplement « au nom de Jésus-Christ » (Actes 2:38, 10:48, 19:5). Il est fort probable que cette formulation trinitaire ait été formalisée par l’Église primitive pour accompagner l’expansion missionnaire et souligner la portée universelle du message évangélique.
Baptême d’eau et baptême du Saint-Esprit
Le baptême d’eau de Jean-Baptiste était une étape préparatoire, un signe de purification marquant une conversion de vie. Mais comme le disait Jean lui-même : « Moi, je vous baptise d’eau […] mais celui qui vient après moi vous baptisera du Saint-Esprit et de feu » (Matthieu 3:11).
Le baptême de l’Esprit n’est pas un rituel que l’on reçoit une fois pour toutes dans une église : c’est l’accueil intérieur du souffle divin qui renouvelle l’être humain. Dès la Genèse, le souffle de Dieu donne vie à la poussière (Genèse 2:7). En Christ, ce don prend une dimension nouvelle : il confère à chacun et chacune une dignité de prêtre, prophète et roi, ouvrant un dialogue direct de cœur à cœur avec Dieu.
Dans l’Évangile de Jean, le Christ ressuscité souffle sur ses disciples et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit » (Jean 20:22). Ce don apporte la paix intérieure et nous envoie libérer les autres de la culpabilité et de la peur.
Vivre chaque jour le baptême de l’Esprit
Le baptême de l’Esprit est une dynamique vivante à renouveler quotidiennement dans la prière et la confiance. C’est la prise de conscience que Dieu nous a aimés le premier (1 Jean 4:19), sans condition ni chantage. Le rite du baptême d’eau n’est là que pour rappeler cette alliance bienveillante.
Chaque jour, nous pouvons nous ouvrir à cet Esprit pour nous laisser inspirer, aimer en vérité et faire grandir le bien autour de nous.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Conversion – Repentance, et celui du baptême,voir les articles dédiés dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Baptême par immersion ou par aspersion : que dit vraiment la Bible ?
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Peut-on être baptisé deux fois ? Ce que dit la foi chrétienne
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« si un humain ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jean 3)

Merci beaucoup pour cet article.
Vous donnez des explications, commentaires et points de vue personnels et libres de toute contrainte dogmatique, ce que j’apprécie beaucoup.
Les rites auraient une utilité pédagogique…. Pour ma part, ils constituent plutôt une entrave à mon effort de relation vraie avec Dieu.
Toujours à propos du baptême, que signifie le « nom » invoqué à chaque fois : » Père Fils Esprit » dans un cas, « Jésus Christ » dans l’autre.
(rien apparemment chez Jean Baptiste). Y a t-il un rapport avec l’identité acquise ce jour-là : notre nom de baptême, ..et puis c’est devenu un papier administratif (certificat de baptême) prouvant l’appartenance à une religion, … ne parlons pas de la fête « païenne » qui entoure l’évènement, même si l’on se doit de manifester sa joie, en public… J’ai bien peur que, insidieusement, on se soit éloigné de la vérité première.
Ne me répondez que si vous avez le temps ! Le travail que vous faites est remarquable !
Bien cordialement.
Chère Elisabeth
Merci pour les encouragements, c’est très sympa.
A propos des rites religieux, de leur utilité ou de leur nocivité :
Dans le domaine de la religion, il me semble qu’il est juste et bon d’être pragmatique :
ce qui nous aide à avancer dans une vraie relation à Dieu, dans une meilleure ouverture aux autres, dans un développement, un épanouissement de nous-mêmes, dans une élévation de notre liberté et de notre créativité : c’est de la bonne religion pour nous.
Ce qui est une entrave pour nous, eh bien ce n’est pas un acte religieux qui nous correspond et il vaut mieux s’en passer, tout simplement. Cela ne dit rien sur la valeur que ça peut avoir pour les autres, chacun est différent.
Ce côté pragmatique par rapport à la religion nous invite à l’adapter avec foi, et avec intelligence. C’est ce que propose Jésus lui-même, à mon avis, quand il dit :
« Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. » (Marc 2:27-28)
Le Fils de l’homme avec une majuscule, c’est le Christ. Mais fils ou fille de l’humain : nous le sommes tous, cela s’applique donc à vous de décider de ce qui vous réussit. Le Sabbat est l’acte religieux par excellence, même cela n’a rien de sacré pour Jésus, cela n’a de sens que pour le développement de l’humain, dans toutes ses dimensions
Que veut dire « baptême au nom de xxx » ?
Il me semble que cela veut dire : dans l’esprit de xxx, comme un service accompli pour xxx.
Entre baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » ou « au non de Jésus-Christ », pour ce qui est du fond, je ne vois pas une grande différence, en réalité.
En effet, le Christ est engendré par Dieu comme son fils, il accomplit son œuvre par l’Esprit qui lui est donné. Par conséquent, on voit bien que le Père, le Christ et l’Esprit sont unis dans cette émission de sauvetage de l’humanité ou plutôt de chaque personne en particulier. Pour cette imbrication, voir par exemple Luc 3:22 : « le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis toute mon affection », ou « c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui », selon certaines versions, Luc 4:1 « Jésus, rempli du Saint-Esprit », puis Luc 4:14 « Jésus, revêtu de la puissance de l’Esprit » (donc rempli et revêtu), et enfin Luc 4:18 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé (4-19), pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés… »
La nomination que nous pourrions recevoir lors de notre baptême, c’est celle d’enfant bien-aimé de Dieu, c’est celle de personne bénie, reconnue comme porteuse d’Esprit Saint. Rappeler le prénom de la personne est utile car cela montre bien le « je te connais par ton nom » de Dieu, cela dit que la personne n’est pas un chiffre mais une personne importante pour lui (c’est cela être « sanctifié » et donc « saint » ou « sainte »). Cela fait référence à ce très beau passage : “L’Éternel dit à Moïse : Tu as trouvé grâce à mes yeux, et je te connais par ton nom.” (Exode 33:17), Dieu le dit ici ou plutôt il le répète car Moïse a dû recevoir cette parole d’abord intérieurement.
Le baptême d’enfant, un rite païen ? Ou un temps, un gestes très fécond ?
Là encore, tout dépend comment cela est fait et comment cela est reçu. Je n’ai rien contre la fête de la naissance d’un enfant, et associer cette fête et son baptême me semble tout à fait excellent : se réjouir de ce nouvel être vivant, de ce miracle absolument hallucinant que cela représente me semble juste. Dire en même temps, par le baptême, que ce n’est pas simplement un petit d’homme, mais que déjà il porte du divin en lui même si nous ne le voyons pas encore : c’est bien. Dire qu’avant même qu’il n’ait rien fait encore de formidable, Dieu, le bénit et l’accompagne, c’est la fin de tout chantage, c’est mettre la grâce de Dieu en premier, cela me semble très utile car ce n’est pas une évidence par rapport au fonctionnement du monde, ni pour bien des religions, philosophies, et même églises chrétiennes. C’ets pourtant la base de l’Evangile si bien exprimeée par ce verset « “Pour nous, nous aimons Dieu parce qu’il nous a aimés le premier.” (1Jean 4:19) C’est ce que met bien en valeur le baptême chrétien : il dit la liberté de Dieu d’aimer cet enfant, de l’aimer pour toujours quoi qu’il arrive, quelle que soit sa foi ou son absence de foi. Dieu le reconnaîtra comme son enfant. Cela le libère pour avoir sa propre foi ou ne pas en avoir. Cela change toute le type de rapport que l’on peut avoir avec Dieu, avec la religion, avec les aléas de la vie.
Le rite du baptême d’enfant me semble loin d’être seulement païen, au contraire, cela évangélise le désir naturel de fêter une naissance : cela prend en compte le naturel et le psychique tout en ajoutant une dimension spirituelle, et en rappellant que la grâce de Dieu est première. Cela me semble cohérent avec ce que Paul dit : “Ce qui est spirituel n’est pas le premier, c’est ce qui est animal ; ce qui est spirituel vient ensuite.” (1 Corinthiens 15:46)
Donc, théologiquement, je trouve le baptême d’un enfant excellent. Pastoralement encore plus, et cela pour tous les parents et familles qui s’adressent à nous, qu’ils soient très spirituels ou pas du tout. C’est vraiment un grand moment car la question que pose aux parents et aux proches l’arrivée d’un enfant est très sérieuse : avec cette responsabilité qui nous dépasse de l’accompagner et de l’élever, au sens propre du terme, dans toutes les dimensions de son être. La cérémonie du baptême, remet dans un certain sens l’église au milieu du village, et la grâce qui est dite sur cet enfant, elle est si bonne à entendre et elle est finalement aussi prononcée sur ceux qui sont en charge de l’accompagner. La bénédiction de Dieu sur cet enfant, elle est aussi donnée sur la famille pour qu’elle trouve force, inspiration, amour, sagesse dans cette mission. C’est aussi leur suggérer (personnellement je trouve que ce n’est pas correct de le présenter comme un engagement qu’on leur imposerait) qu’il serait bien que dans l’éducation apportée à cet enfant, il y ait l’apprentissage de la prière, ce qui se fait par la famille, et aussi l’apprentissage des bases de théologie et de Bible, ce qui est bien fait, je pense, dans nos paroisses.
Dieu vous bénit et vous accompagne.