
Suicide en phase terminale pour abréger ses souffrances : Dieu peut-il pardonner ?
Un jeune croyant demande si Dieu peut comprendre et pardonner le suicide d’une personne en phase terminale de cancer qui souhaite abréger ses souffrances. Un pasteur répond en distinguant la compassion divine, sans condition, et la question éthique plus large de la vie comme bien commun.
Question posée :
Bonjour,
j’ai 24 ans et je suis croyant pratiquant.
Je ne suis pas atteint d’un cancer, mais mon grand-père a rejoint le royaume de Dieu des suites d’un cancer en phase terminale.
Suite à cela, je me pose une question au sujet d’un croyant qui se suicide par peur de souffrir lors d’un cancer en phase terminale. Plus précisément, par peur de souffrir lors de cette phase terminale. Je sais que dans les écrits on dit « tu ne tueras point ». Cela inclut le meurtre de soi-même (suicide). Mais en phase terminale, le malade est voué à une mort certaine et dans la souffrance… Dieu peut-il comprendre et pardonner le suicide d’un croyant si ce dernier fait une prière en lui expliquant la situation et lui demande d’accueillir son âme pour qu’il ne souffre plus ?
Réponse d’un pasteur :
Cher Monsieur,
Toutes mes pensées pour vous et pour ce deuil. Mes pensées et ma gratitude pour ce grand-père qui a manifestement su apporter quelque chose à son petit-fils. Bravo pour cette interrogation essentielle. C’est bien entendu un cas limite, et c’est souvent aux limites des modèles que l’on mesure la valeur de notre pensée. Il en est ainsi en science, mais aussi en théologie et en éthique.
Dieu peut comprendre, comme nous
Si nous comprenons, ne serait-ce qu’un peu, qu’une personne en phase terminale choisisse d’abréger ses souffrances, je suis absolument certain que Dieu peut lui aussi comprendre, bien sûr.
Ensuite, si nous osons nous poser la question, c’est bien que la réponse n’est pas facile. En effet, comme vous le dites, donner volontairement la mort à qui que ce soit est sans doute l’acte le plus ultime, le plus choquant, comme négation de la vie. Or la vie est un miracle des plus extraordinaires.
Ce que l’on comprend, et ce qui pose problème
C’est bien là le problème. En même temps, on comprend :
- Aucune personne ne devrait avoir à souffrir une souffrance insupportable. Même si la souffrance est une alarme utile dans la vie courante, il y a un niveau de souffrance qui éprouve tellement la personne que sa personnalité en est comme broyée. Et là aussi nous touchons à une dimension sacrée de l’humain. Se pose la question de savoir quel degré de souffrance est à porter, et à partir de quel degré elle devient insupportable. C’est très discutable. Je connais des personnes qui ont subi des souffrances normalement insupportables (physiques ou morales) et qui en sont sorties, fort heureusement. Peut-être sommes-nous devenus extrêmement douillets. Mais quand même, on ne laisse plus tellement souffrir les personnes, en particulier pas en phase terminale.
- Cependant, ce n’est pas seulement une question personnelle, à mon avis. La vie est un bien commun. La personne est certes la première concernée par sa vie, mais elle n’en est pas l’unique propriétaire. D’abord parce que sa propre vie n’est pas seulement son œuvre à elle. Ensuite parce que le corps entier de l’humanité attend que cette vie participe, ne serait-ce qu’un peu, à l’ensemble de la vie du corps, ne serait-ce qu’en vivant, et si possible en y apportant d’une certaine façon sa touche personnelle. Cela n’est pas toujours possible, il y a des personnes très démunies, y compris de cette richesse qui consiste à pouvoir servir un peu, ne serait-ce que par un sourire. La valeur de la personne ne se mesure de toute façon pas à sa performance, dans l’Évangile.
- Le fait de considérer, à un moment donné, qu’en une circonstance la mort vaut mieux que la vie pose aussi un problème, à mon avis, même si cela concerne sa propre vie. C’est comme appeler la lumière « nuit », appeler le haut « le bas ». Cela n’est pas sans engendrer des troubles et des confusions dans l’entourage et dans la société, et sans insuffler le doute chez des personnes parfois trop méprisantes envers d’autres, ou chez des personnes doutant d’elles-mêmes.
- Alors que se soigner, et soigner jusqu’au bout une personne, même diminuée à l’extrême, c’est au contraire dire la grâce : celle de la valeur infinie de chaque personne, non pas à cause de sa performance, mais parce qu’elle est. Cela porte un message fort de la société pour tous les démunis : on dit ainsi aux parents que leur enfant handicapé a le même prix pour l’ensemble du corps de l’humanité que le roi de la confédération intergalactique. On dit à la personne très âgée, très affaiblie ou démunie, qui ne se sent plus utile, que son existence compte pour nous tous, qu’elle nous est précieuse. Et elle l’est réellement.
Comprendre sans juger : le pardon inconditionnel de Dieu
Mais quand je dis cela, je ne veux surtout pas que ce soit perçu comme un jugement sur la personne qui ne trouve pas, qui ne trouve plus la force d’aborder la dernière ligne droite. Bien sûr que nous pouvons tous comprendre et compatir, et aimer et bénir cette personne. Comme Dieu le fait certainement. Pour Dieu, même pas besoin de prière afin de gagner son pardon ! Il pardonne parce qu’il aime.
C’est plutôt à nous, en tant qu’humanité, que cela crie un appel à nous sentir plus responsables les uns des autres, plus soutenants, plus aimants, à mieux soigner, à oser reconnaître et manifester davantage la valeur de chaque personne humaine. À la bénir pour tresser des liens.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
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