
Dieu ou le chaos primordial : qui existait avant au début de la Bible ?
Question posée :
Cher pasteur,
Merci encore pour vos réponses et toute l’énergie que vous envoyez.
1) J’aurais une question concernant le chaos primordial que Dieu a façonné et façonne toujours comme un artisan (que vous opposez très justement à la théorie de la création ex nihilo il me semble). Selon vous, est-ce Dieu qui existait avant le chaos, ou est-ce le chaos qui existait avant Dieu, ou bien les deux sont-ils apparus en même temps ? Si Dieu est venu et a façonné le chaos, c’est que le chaos existait avant Dieu ? Évidemment, c’est impossible de faire de « l’archéologie divine », si j’ose dire. Chez les Grecs, Zeus naît de Gaïa qui naît du Chaos. Est-ce donc la même chose dans les mythes babyloniens ou hébraïques pour notre Dieu d’amour, qui naîtrait donc de ce chaos primordial ?
2) De même, le mal (donc le chaos), qui est désorganisé, peut détruire n’importe qui ou quoi sans se soucier de si c’est le bien ou le mal qu’il détruit. Le bien peut-il également toucher n’importe qui sans avoir été organisé auparavant, ou bien est-il toujours divin ?
J’espère ne pas avoir posé une question à laquelle vous avez déjà répondu. N’hésitez pas à la mettre sur votre site jecherchedieu si vous le désirez, j’ai essayé mais ça n’a pas marché pour moi sur le site.
Merci encore pour votre rôle dans l’évolution de ma foi.
Réponse d’un pasteur :
Dieu ou le chaos ? Le sens du récit de la Genèse
La relation entre Dieu, le chaos et la création
Votre question est fort intéressante, mais délicate, car :
- Quand la première page du livre de la Genèse parle de chaos et de Dieu, elle ne traite pas tant de l’origine du monde au sens historique que d’un principe spirituel valable pour notre existence, à toutes les époques. Quand ce texte présente Dieu comme un moteur d’évolution — son esprit s’approchant du chaos en l’effleurant, puis cherchant une mise en lumière par la parole —, c’est pour nous offrir un encouragement concret. Cela s’applique par exemple lorsque le chaos s’installe en nous, dans nos relations ou dans le monde environnant.
- Concernant la création du monde matériel, le lien reste difficile à établir, en particulier pour les premiers instants de l’univers. Le temps existait-il déjà au moment du Big Bang ? Peut-on qualifier de « chaos » la concentration extrême de toute la matière et de l’énergie en un point initial ? Dès qu’on atteint la limite des modèles scientifiques, ceux-ci cessent souvent d’être pertinents.
- Nous habitons l’univers à un moment précis de son évolution, à une échelle d’espace et de vitesse donnée. Le récit biblique est extrêmement inspirant pour notre vie humaine, mais n’a pas vocation à décrire l’histoire physique du cosmos. La science — l’astronomie, la relativité générale et la physique quantique — est plus adaptée à cet objet.
Dieu : le principe créateur qui tire la lumière du chaos
Du point de vue de la théologie biblique, il n’y a pas de sens à soutenir que Dieu serait issu du chaos. Ce serait contradictoire : du chaos ne peut émerger aucun principe ni aucune visée par définition. Le premier verset de la Bible présente ainsi deux réalités en présence — Dieu et le chaos —, Dieu étant Celui qui tire de magnifiques réalisations de cette désorganisation. Dieu représente ce principe d’évolution positive qui, même au cœur du désordre, sait faire surgir la lumière puis la vie.
Le mal, le chaos et le bien : une perspective philosophique
Il serait inexact de confondre le chaos et le mal. Le chaos primordial est neutre. Il peut aussi bien donner naissance à la vie lorsque Dieu intervient, qu’engendrer la destruction lorsqu’il frappe aveuglément. Il arrive parfois qu’un semblant d’ordre semble sortir du chaos, mais ce n’est alors qu’un pur hasard, dépourvu de plan ou d’intention.
Imaginons que l’on jette en vrac sur une table une poignée de petites pâtes en forme de lettres. Par un pur hasard, quelques lettres pourraient former un mot ou une phrase. Cependant, ce résultat serait dépourvu de réflexion préalable, et il serait bien imprudent d’orienter sa vie sur un mot apparu de cette manière.
Le bien, la liberté et l’intention créatrice
Dans la grande majorité des cas, l’apparition d’une structure belle et élaborée traduit une volonté de créer. Faut-il pour autant voir la main de Dieu derrière toute construction humaine ? Oui et non.
Lorsqu’un criminel orchestre un plan destructeur, sa démarche n’est évidemment pas voulue par Dieu. Néanmoins, la capacité même d’avoir un projet, de rassembler des moyens et de les façonner dérive des qualités créatrices que Dieu a déposées en l’être humain, créé à son image. Dieu nous dote de liberté et de facultés créatives sans toutefois nous contraindre à la bonté. Dans ce cas, ce n’est pas le chaos aveugle qui frappe, mais de la méchanceté associée à une liberté humaine, augmentant ainsi le désordre global.
Merci pour ces riches pistes de réflexion !
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Chaos, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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La Terre est-elle devenue informe et vide ? Comprendre Genèse 1:1-2
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Si Dieu n’est pas à l’origine du mal, comment expliquer la mort d’un enfant ?
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Chaos

C’est vrai que, d’un côté la Bible n’évoque que ce qui concerne notre monde, et de l’autre côté la science ne traite pas de théologie. Et évidemment, impossible de s’appuyer sur notre expérience pour ce type de question. Mais il est tout de même difficile de ne pas essayer d’imaginer Dieu dans un contexte plus large que ce qui nous entoure.
Le chaos désigne pour moi l’état de tout ce qui est ou serait sans l’action de Dieu, de tout ce qui n’évoluerait que sous l’effet du hasard, que ce soit au niveau spirituel ou matériel, que ce soit à notre échelle ou à une échelle bien plus grande dans l’espace ou dans le temps. Dieu n’agit donc que dans le sens du recul de ce chaos. Alors que l’homme peut faire reculer le chaos lorsqu’il est à l’image de Dieu ; mais il peut également le faire avancer lorsqu’il refuse Dieu (c’est à dire refuser d’évoluer vers le bien) ou se met à sa place.