
Des personnes souhaitent absolument convertir ou reconvertir les autres : qu’en penser ?
Question posée :
Bonjour ! J’aimerais connaître votre avis quant à une pratique très récurrente dans certaines églises : l’évangélisation.
À plusieurs reprises, des personnes sont venues voir mes amis et moi pour nous parler de Jésus. Personnellement, je me sens à chaque fois touchée car ce sont des personnes qui semblent particulièrement sincères et qui ont l’air heureuses dans leur foi. Dans la majorité des cas, ce sont des personnes respectueuses quant à la pluralité religieuse. Par exemple, une fois j’étais avec une amie musulmane et une femme lui a dit : « nous avons tous le même Dieu, vous pouvez tout de même venir si vous souhaitez en connaître davantage sur Jésus, rien ne vous oblige à adhérer à notre foi » et j’ai trouvé cela formidable.
Néanmoins, j’ai déjà vu des vidéos de ces personnes qui souhaitent absolument convertir ou reconvertir en prétendant qu’il faut absolument être chrétien pour aller au Paradis. Je trouve ça réellement malsain.
Pour résumer, je trouve cela bien de vouloir partager son bonheur tant que l’on respecte autrui, mais je n’aime pas cette idée de vouloir absolument convertir. Que pensez-vous de cela ?
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir.
Vous êtes très sympa de discuter avec ces personnes.
Évangéliser ou recruter pour son église ?
Oui, c’est touchant, mais c’est aussi un peu fatigant. En effet, quand on leur dit que l’on est déjà chrétien et impliqué dans une église, ils continuent la plupart du temps à débiter leur discours tout prêt. Cela me laisse à penser que, plutôt que d’offrir le Christ à une personne, ils veulent gagner un membre pour leur propre église. Et cela me semble alors choquant.
Ce n’est plus du respect pour la pluralité religieuse, ni du respect pour la personne qu’ils rencontrent. Cela ne me semble pas non plus très respectueux du Christ, car ils agissent comme si leur église était plus importante que le Christ lui-même.
C’est ce que reflète votre témoignage. Quand ce monsieur dit à la femme musulmane : « nous avons tous le même Dieu, vous pouvez tout de même venir si vous souhaitez en connaître davantage sur Jésus, rien ne vous oblige à adhérer à notre foi », est-ce vraiment admirable ? Ce serait admirable si le monsieur avait dit : « nous avons tous le même Dieu, donc toutes les prières convergent, tous les chemins vers Dieu se retrouvent au sommet, bravo pour votre foi ». La suite montre que c’est bien amener des personnes dans leur église qui leur importe. Je ne trouve pas que cela honore Dieu.
À mon avis, si vous aviez demandé à ce monsieur s’il pensait qu’une personne musulmane pouvait être sauvée, je ne suis pas certain qu’il aurait répondu par l’affirmative. Si vous lui demandiez si une personne catholique peut être sauvée, il aurait peut-être même hésité : soit parce qu’elle n’est pas baptisée « comme il faut », soit parce qu’elle prie d’une façon qui ne conviendrait pas selon ses critères, ou bien il demanderait si elle croit effectivement à telle ou telle doctrine précise… Dès lors, l’ouverture apparente relève du simple marketing.
La violence du chantage au salut
Quant à mettre la pression sur une personne en lui affirmant qu’elle doit se convertir sous peine d’aller en enfer, cela s’apparente à du chantage et à de la menace. C’est d’une grande violence.
Cela peut devenir particulièrement cruel quand ce genre de discours s’abat sur une personne déjà en situation de détresse et de fragilité. Lorsqu’elle ne se sent déjà pas très valable, la personne est d’autant plus vulnérable à ces procédés malhonnêtes. Le second problème réside dans le fait que si la personne cède à ce chantage, c’est en réalité par peur et par calcul égoïste qu’elle va « se convertir » : ce n’est pas par amour pour Dieu qu’elle le fait, mais pour garantir son propre petit salut individuel. Ce n’est absolument pas la meilleure des raisons de se tourner vers Dieu.
Le vrai témoignage : partager son bonheur en toute liberté
Ce qui me semble être une attitude juste et saine, c’est précisément ce que vous proposez : vouloir partager son bonheur tout en respectant autrui.
Cela consiste simplement à exprimer ce qui nous fait vivre : dire que l’on a apprécié d’aller au culte le dimanche matin, d’avoir lu tel livre édifiant, d’avoir découvert tel site internet… dire simplement que cela nous a intéressé et nous a fait du bien. On peut le partager comme on dirait que l’on a découvert un excellent restaurant de poissons la semaine dernière, en le trouvant génial et abordable.
Partager cela n’oblige en rien la personne en face à avoir les mêmes goûts (tout le monde n’aime pas le poisson !), ni à aller visiter ce restaurant. Mais c’est un témoignage authentique de ce que nous sommes, et c’est déjà un geste de fraternité.
Pour ma part, je ne me permettrais jamais de sommer une personne de venir au culte dans mon église. Je n’ai pas de leçon ni de conseil à lui imposer si elle n’en demande pas. Il me semble que notre rôle consiste exactement en ce que vous formulez : partager notre joie d’avoir cette dimension spirituelle dans notre vie. C’est cela, être témoin au sens propre : témoigner simplement de ce que nous avons nous-mêmes expérimenté. La personne qui nous écoute est ensuite bien assez grande et libre pour discerner si elle a envie d’y goûter…
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Conversion – Repentance, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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J’ai un ami très proche, je voudrais qu’il soit chrétien (il est mulsulman), ça l’énerve ?
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J’ai l’impression que de parler de ma foi revient à rejeter les convictions des autres ?
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Je subis des pressions : notre vie doit elle tourner autour de l’église ? doit on forcement s’y engager ?
