Comment interpréter les textes, le peut-on vraiment ? Entre lire au pied de la lettre et prendre que ce qui nous plaît ?

Par : pasteur Marc Pernot

une femme se regarde en souriant dans une glace dans la nature ensolleillée - Photo by Caroline Veronez on Unsplash

Question d’un visiteuse :

Bonjour Pasteur Marc,

je me pose une question qui ressemble peut-être à une simple remarque finalement…comment interpréter les textes, , le peut-on vraiment ? Entre ceux qui prennent les phrases des Evangiles au pieds de la lettre et parfois, une tendance peut-être à effacer ce qui ne nous plaît pas beaucoup en disant peut-être, il faut comprendre que mais non, il ne faut pas y voir etc…est-ce que nous n’essaierions pas de gommer ce qui va à l’encontre de ce que nous sommes ou au contraire, aller dans des explications qui vont dans notre sens et de ce que nous pensons, ,parce que finalement, ne lit-on pas les textes avec cela, sans pouvoir en faire abstraction, nos valeurs, notre tempérament ? j’ai parfois l’impression qu’on cherche à y voir ce qu’on veut y voir …

Vous par exemple, qui êtes très ouvert et tolérant, vous serez porté à voir sur certains passages des Evangiles des interprétations ouvertes et très humaines, d’autres y liront les promesses de l’Enfer et du châtiment.
De même, on a parfois cette contradiction dans les Evangiles , entre la grande miséricorde du Christ et des appels à un jugement qui fait assez peur et si je disais qu’ils sont là pour nous réveiller, est-ce que ce ne serait pas un peu parce que je refuse d’affronter une réalité qui pourrait me faire peur et trouble ?

A bientôt.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Même ceux qui prétendent prendre la Bible au pied de la lettre prennent les textes qui les arrangent et les interprètent en réalité à leur façon aussi, sauf qu’ils prétendent que leur interprétation est la seule véritable, et leur permet de trouver la véritable Parole de Dieu. C’est là qu’il y a une illusion, ou un mensonge, cela dépend des personnes. Car on ne peut pas faire autrement que d’interpréter. On ne peut pas obéir aux commandements de faire lapider son enfant rebelle, une fille qui s’est fait violer, ou une personne qui porte des vêtements en fibre mélangées. On ne peut pas non plus prendre au pied de la lettre le verset qui dit que Jésus est la lumière du monde (la foi en Christ vivant ne permet pas de voir la nuit sans lampe), et il n’est pas possible d’obéir à ce commandement très clair de Jésus disant qu’il ne faut pas résister au méchant (on ne peut pas laisser les violeurs violer, ni les tyran tyranniser sans offrir de résistance, ce serait prendre leur parti au détriment de victimes innocentes).

Mieux vaut donc savoir que l’on interprète, savoir qu’il y a une pluralité d’interprétations possibles, et donc se savoir humble devant les textes, travailler pour savoir un petit peu le contexte d’écriture de ce texte et le sens des mots et des images convoquées. En appeler ensuite à l’Esprit Saint et y mettre sa sincérité, et avoir conscience que notre lecture sera provisoire et à perfectionner.

C’est pourquoi l’interprétation d’un texte tient à la fois ce qui est dans le texte et ce qui est dans la personne qui l’interprète. C’est comme dans tout dialogue. Ici il est question d’un dialogue entre le texte et la personne qui le lit. A mon avis, l’espérance de Dieu est que la personne évolue dans le bon sens en lisant le texte, s’ouvrant à ce que Dieu veut lui apporter comme aide afin d’avancer au moins d’un petit pas, de s’orienter un peu mieux. Cela ne « marche » que si l’on vient avec effectivement la volonté de changer. Mais il est normal de ne pas être non plus totalement vierge de toute expérience passée de Dieu et de la vie. On vient avec ce bagage dans l’espérance de l’affiner lors de la lecture, et d’en voir les implications pour nous. En tant que chrétien, il me semble que la personne de Jésus de Nazareth est un élément important de ce bagage de foi avec lequel nous arrivons pour lire les textes de la Bible, Ancien Testament compris. Comme Jésus a manifesté la grâce de Dieu, son amour même pour ses ennemis, son pardon qui cherche à relever et soigner les pécheurs et non à les écrabouiller, son admiration pour la foi d’un centurion romain qui n’était même pas monothéiste… : il me semble effectivement que notre interprétation de tout texte de la Bible doit être un « évangile » pour tous : la bonne nouvelle de ce que Dieu cherche à apporter à chacun pour l’aider à s’épanouir et à vivre en plénitude. Dans ce cadre, la « justice de Dieu » est une justice qui cherche à rendre juste chacun, éliminant ce qui le fait souffrir et ce qui fait qu’il est source de souffrances pour le monde autour de lui. La justice de Dieu ne s’oppose pas à son amour, sa justice est la part active de son amour, dans la mesure où nous le laissons se déployer. Il y a donc effectivement du méchant à écrabouiller, mais c’est la source du mal en chacun, ce n’est jamais une personne entière (car jamais Jésus n’a tué ou fait tuer quiconque).

Ensuite, la question n’est pas premièrement de lire le texte, mais de se lire soi-même en lisant le texte qui sert alors de très utile miroir, et d’attendre une transformation de notre conscience à cette occasion, transformation que l’on espère venir de Dieu lui-même. Car ce que l’on appelle « parole de Dieu » n’est pas un énoncé comme une doctrine ou une morale, ce que la Bible appelle « parole de Dieu » est une opération que Dieu propose, un supplément de création, un soin. Et cela est totalement personnifié pour une situation, un temps, et la ou les personnes impliquées. Heureusement.

Bravo pour cette belle recherche, profonde et sincère.Finalement, c’est là qu’est l’essentiel pour recevoir le meilleur d’une temps de lecture d’un passage de la Bible.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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6 réponses

  1. Meylan dit :

    Quand je demandais à un ami jésuite ce qu’était la justice de Dieu, il m’a répondu:
    « Dieu se mettra à la hauteur de l’homme pour ne pas peser sur lui »
    Admirable reponse

    • Marc Pernot dit :

      Merci.
      Cela me donne à penser, et il faut aller plus loin encore, il me semble :
      Je dirais que le jugement de Dieu n’est pas à attendre au futur (à notre mort), mais à espérer aujourd’hui, dans le présent déjà, car il est une extraordinaire aide pour progresser.
      Non seulement cette justice ne pèse pas, mais elle soulève. Et pour cela, Dieu ne se met pas à hauteur d’humain, mais en dessous comme Jésus qui lave les pieds de ses disciples, ou comme l’Eternel qui, selon la bénédiction de Nombres 6, « lève son regard vers nous », pour nous bénir (s’il lève son regard c’est non seulement qu’il ne nous regarde pas de haut, ni même à hauteur d’homme, mais de dessous car il est là à nous soigner, nous porter.
      La justice de Dieu est un bon soin qui nous met sur pied, nous élève comme on élève un enfant.
      Dieu vous bénit

  2. Christelle dit :

    Belle réponse à une intéressante question ! J’ai par ailleurs lu (sur d’autres groupes protestants) que cette lecture personnelle se heurtait au fait d’être confronté à une traduction contestable et à l’ignorance du contexte historique, etc. Pour résumer grossièrement, la personne en question (pasteur de l’église réformée), remettait en question cette idée que l’accès libre au texte des Évangiles avait été formidablement riche et n’était selon lui qu’une affirmation démagogique pour reprendre une terminologie à la mode ces jours-ci.
    Bref, est-ce si absurde d’ouvrir les Évangiles, de les lire et interpréter avec notre regard de personne née plus de 2000 ans après leur production ou un certain « éclairage » est-il indispensable au risque sinon de projeter sur ce texte des réflexions qui n’ont rien à y faire ?

    • Marc Pernot dit :

      Saint Augustin, qui était un éminentissime professeur de rhétorique, dit qu’il a longtemps étudié la Bible sans rien en tirer de génial car il l’étudiait avec son érudition, que les écritures sont comme une cathédrale avec des voûtes immense et une porte basse, qui ne laisse passer que celui qui se fait petit, sa lecture grandira ensuite avec son lecteur jusqu’à des élévations extraordinaires. Cela me semble excellent : l’érudit fier de lui risque bien de prendre plus de plaisir de son exégèse savante, sans pour autant s’élever le moins du monde en qualité d’être, en profondeur ou en élévation d’esprit, d’amour, de foi ou d’espérance.

      Par ailleurs, j’ai rencontré une grand mère qui n’avait jamais lu un seul autre livre que la Bible, ni allé au culte car elle gardait ses chèvres 7 jours ur 7, et lisait la Bible toute la journée ce faisant. Elle l’avait lue ainsi des dizaines et dizaines de foi de la première à le dernière page, recommençant alors immédiatement, passant simplement ce qu’elle ne comprenait pas dans la confiance qu’elle comprendrait à une lecture suivante. Et elle avait une profondeur de compréhension de la Bible qui m’a stupéfiée. Donc : oui, la lecture fraîche, humble « marche ». Même s’il est vrai que cela va plus vite si l’on conjugue la lecture naïve et l’étude. L’essentiel reste la lecture où on y met son cœur.

  3. ANDIRAN NATHAN dit :

    Oui, certainement, il peut y avoir différentes manières d’interpréter la Bible. Il faut se méfier d’écarter certaines au seul fait qu’elles ne nous conviennent pas… Aucune interprétation ne comporte aucune critique : spiritualisante ou littérale. Car, comme vous le dîtes Marc Pernot, personne ne prend tous les textes à la lettre ou tous les textes de manière allégorique: nous faisons choix.
    La question de savoir si nous penchons pour écarter ce qui nous déplait et accentuer ce qui nous convient est aussi une bonne remarque. Car effectivement, nous avons tendance à voir Dieu avec nos yeux d’humains. Ainsi, par exemple, la vision d’un Dieu à l’aube du mouvement « romantique » a donné des interprétations biaisées. Que voulez-vous, on a toujours tendance de voir Dieu à notre porte comme on y voit midi…
    Une belle citation d’Albert Scheitzser : « La vérité n’a pas d’heure, elle est de chaque instant, même et surtout lorsqu’elle nous apparait inopportune »

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