11 mars 2021

fresque des catacombes de Priscilla à Rome, une femme en position d'orante, enseignant
Théologie

Une femme conduisant le culte au IIIe siècle (catacombes de Rome)

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Des fresques des catacombes de Priscille et des Saints-Pierre-et-Marcellin à Rome révèlent que des femmes présidaient le culte et la Cène dès les premiers siècles du christianisme. Cet héritage oublié invite à relire les textes de Paul à la lumière de leur contexte, et à reconnaître la place pleine et entière des femmes dans l’Église.


Les catacombes de Priscille à Rome abritent de précieuses peintures chrétiennes datant du Ier au IVe siècle. Ces œuvres offrent un témoignage inestimable sur la vie et la foi des premiers chrétiens, à une époque antérieure à la reprise en main des Églises par la volonté de l’empereur Constantin.

Les fresques des catacombes de Rome : un témoignage unique

Une femme présidant une célébration liturgique

Sur une fresque magnifiquement préservée, on peut observer une femme vêtue d’un riche habit liturgique, la tête couverte d’un châle de prière. À ses côtés, une autre femme assise, portant une aube ornée d’une chasuble, tient un rouleau de livre qui est très probablement un évangile. À sa droite se tiennent d’autres personnages attentifs, dont un homme vêtu du même type d’aube que la lectrice. Ils accompagnent une femme debout qui présente un enfant, évoquant une démarche de bénédiction au sein de la communauté.

fresque des catacombes de Priscilla à Rome, une femme en position d'orante, enseignant

Une femme présidant le culte au IIIe siècle

Les scènes bibliques du plafond et des parois

Au-dessus de cette scène, le plafond représente le Christ en bon berger, sauvant la plus perdue des brebis perdues. Les parois affichent d’autres récits bibliques illustrant le salut divin : le prophète Jonas sauvé du chaos par le grand poisson, Isaac épargné du sacrifice, et les trois jeunes gens du livre de Daniel délivrés de la fournaise à Babylone.

La fraction du pain présidée par une femme

Une autre fresque, située dans les catacombes des Saints-Pierre-et-Marcellin à Rome, dépeint une scène de « fraction du pain » (la Cène) présidée par une femme présentant le calice :

Cette œuvre, particulièrement ancienne, remonterait aux alentours de l’an 100, comme le suggère son fond rouge. L’association des sept corbeilles de pain et des poissons rappelle explicitement la multiplication des pains par Jésus, confirmant qu’il s’agit d’un repas de Communion. Les traits physiques des personnages — visages ovales, longs cheveux coiffés, boucles d’oreilles, silhouette des épaules et de la poitrine — confirment sans ambiguïté que ce sont des femmes qui président ce repas eucharistique.

L’apôtre Paul et la place des femmes dans l’Église primitive

Ces représentations artistiques démontrent que les instructions de l’apôtre Paul aux Corinthiens, demandant aux femmes de se taire dans les assemblées (1 Corinthiens 14:34-35), correspondaient à des circonstances locales et temporaires propres à l’Église de Corinthe, et non à une règle universelle. Ce passage a malheureusement été exploité pour légitimer une exclusion masculine, occultant d’autres textes bibliques majeurs qui attestent du rôle actif des femmes dans l’enseignement, la présidence du culte et de la Communion, et même l’apostolat.

Des figures féminines majeures dans le Nouveau Testament

  • Marie Madeleine est établie par le Christ ressuscité comme « l’apôtre des apôtres ». C’est elle qui est chargée d’annoncer la résurrection et d’enseigner la parole du Christ aux onze disciples réunis (Évangile selon Jean 20:1-18). Pourquoi cet exemple direct du Christ n’a-t-il pas prévalu sur les consignes locales de Paul ?
  • Junia est saluée par Paul lui-même comme une apôtre éminente aux côtés de son mari Andronicus (Romains 16:7). Au IVe siècle, saint Jean Chrysostome la reconnaissait encore explicitement comme faisant partie du groupe des apôtres.
  • Dès la Genèse (1:27), il y a plus de 2500 ans, l’Écriture affirme que l’être humain est créé à l’image de Dieu, mâle et femelle.

Une longue éclipse avant la reconnaissance moderne

Cet élan d’égalité, fidèle à l’enseignement du Christ, a été étouffé après quelques siècles. Il aura fallu attendre l’année 1943 pour que Marcelle Bard devienne la première femme admise comme membre de plein droit de la Compagnie des pasteurs à Genève. Malgré les résistances institutionnelles et des siècles d’exclusion pour la moitié de l’humanité, la puissance de vie de l’Évangile finit toujours par triompher.

Pour aller plus loin, Google propose via Streetview une visite virtuelle des catacombes de Priscille. La restauration minutieuse de ces fresques permet d’admirer aujourd’hui l’éclat et la vivacité de leurs couleurs d’origine.

À lire aussi : Consulter l’entrée consacrée à Culte dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

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En écho à ce texte :

2 Commentaires

  1. Laurent dit :

    On trouve également dans l’Epître aux Romains; « Je vous recommande Phoebé, notre soeur, qui est ministre de l’Eglise de Cenchrées » (Rm 16:1), dans la version NBS.
    De quel ministère s’agit-il?

    1. Marc Pernot dit :

      Effectivement, le texte grec dit, littéralement, que Phoebé est « femme au service de l’église« . C’est sans doute une fonction officielle dans l’église, mais c’est un terme si général qu’il peut représenter différentes fonctions : comme par exemple dans 1 Corinthiens 12:28 où Paul donne une liste des ministères (services) dans l’église de Corinthe : « Dieu a établi dans l’Eglise premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont le don de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues. »

      Donc, peut-être que Phoebé était comme Etienne, Philippe… que l’on appelle parfois des diacres (mais le mot grec diakonos n’est pas dans le livre des actes) et qui sont à la fois dans l’entraide, dans le service des repas de paroisse qui étaient également des repas eucharistiques (Communion), et enfin dans la prédication comme on voit le faire Etienne et Philippe.

      Peut-être est ce que Phoébé était prophète, ou chargée de l’enseignement dans l’église… qui sait. Mais c’était une fonction importante et reconnue. Certainement. La traduction de la NBS et de la TOB me semblent justes quand elles ne qualifient pas plus précisément le « ministère » le ministère de Phoebé, puisque nous ne savons pas vraiment quel était son cahier des charges dans sa fonction.

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