Paul a un ardent besoin : de visite, de son manteau et de ses livres (2ème lettre de Paul à Timothée)

Enregistrement audio de la prédication / Enregistrement audio du culte

(Voir le texte biblique ci-dessous)

feuille avec le texte de la prédication

prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le dimanche 8 août 2021,
par : pasteur Marc Pernot

Extrait du tableau de Rembrandt de Paul en prison
L’apôtre Paul est un homme assez sociable, tourné vers les autres, animé d’une foi ardente. Excellent. Seulement cela ne l’immunise pas contre le fait de se sentir isolé au point de supplier ici Timothée de lui rendre visite.

C’est vrai que dans un certain sens nous sommes seul dans la vie, puisque nous sommes unique en notre genre et seul dans nos chaussures (en général). C’est ce que le théologien Paul Tillich appelle la gloire d’être seul. Car notre spécificité est une grandeur extraordinaire et une richesse pour l’humanité. Ce n’est pas si évident à accepter, ni évident de trouver que faire de ce que nous sommes. Cela demande un travail personnel comme Jésus se retirait, seul, pour faire le point devant Dieu. Il est donc bon d’apprendre à goûter cette gloire d’être seul en notre genre. Seulement, ici l’apôtre Paul souffre d’isolement, c’est autre chose. C’est ce que Tillich appelle la douleur d’être seul : « Personne ne m’a assisté : tous m’ont abandonné ! » (4:16) écrit l’apôtre Paul. Tous sauf Dieu, mais cela ne remplace pas le soutien d’un ami. Tous sauf une foule de personnes autour de lui, il cite Luc (son disciple et collaborateur), Euboulos, Pudens, Linus, Claudia et tous les frères et sœurs en Christ. Mais des relations ne remplacent pas la soutien d’un ami.

Comme le dit le livre de la Genèse « Il n’est pas bon que la personne humaine soit seule » (Genèse 2:18). Dieu fait tout pour y remédier car même si nous étions dans les meilleures conditions du monde, avec pour nous tout seul le paradis et son jardin des délices : l’isolement n’est « pas bonn ». Car la personne humaine est faite pour être comme le membre d’un corps. Dieu est amour et nous soutient mais il est sur un autre plan, un autre niveau de l’être. Cela fait que même Paul, et même Jésus ont besoin de la présence de l’ami à leur côté quand ils font des projets et quand ils sont dans la détresse. « C’est le Seigneur qui m’a assisté et qui m’a fortifié », dit Paul, mais quand même, il supplie Timothée de venir le rejoindre avec des larmes et une joie par anticipation. « Vous me laisserez seul », dit Jésus « mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. » (Jean 16) pourtant Jésus, même lui, demande à ses plus proches disciples de l’accompagner au jardin de Gethsémané pour le soutenir. Et l’aide que Jésus reçoit de Dieu dans sa prière ne l’empêche pas de ressentir la douleur de l’isolement quand il retrouve ses amis endormis au lieu de veiller avec lui.

Paul le supplie « je fais continuellement mention de toi dans mes prières, nuit et jour, je souhaite vivement te voir »(1:3-4) « tâche de venir me rejoindre au plus vite. »(4:9), « prends Marc et amène-le avec toi »(4:11), « tâche de venir avant l’hiver. »(4:21).

Comment est-ce que Paul, cet homme de foi profonde, doué d’une force morale peu commune, témoignant de pensées sublimes sur la grâce de Dieu, source de lumière et de vie impérissable… avant de passer dans la même lettre à des considérations comme viens me rendre visite par pitié et ramène-moi mon manteau s’il te plaît ? C’est que nous sommes ainsi faits. Telle est notre nature. Nous sommes à la fois une personne qui a besoin d’être humainement choyée, cajolée, nourrie, soutenue. Et à la fois une personne animée par Dieu lui-même.

Ce que dit la Genèse c’est que ce double besoin de soutien est normal. À peine l’humain créé par Dieu de la poussière du sol et de son propre souffle, Dieu dit « Il n’est pas bon qu’une personne soit seule ». L’isolement est ainsi la toute première souffrance de la personne humaine évoquée dans la Bible.

Paul aime comparer la personne humaine à un membre d’un corps (1 Corinthiens 12, Romains 12,…). La personne ne peut vivre sans le corps, et le corps a besoin de la spécificité de chaque personne. Ce qui unit les membres de ce corps, dit Paul, est à la fois l’Esprit de Dieu et c’est l’attention que se portent les membres entre eux. Les deux liens importent : le divin et l’humain, le plus transcendant et le simple coup de main, l’inspiration divine et l’amitié. La verticalité et l’horizontalité. Notre cœur bat à l’intersection des deux.

Il y a un manque abyssal à ne pas vouloir dépendre de Dieu et n’avoir ainsi personne au dessus de soi. Il y a un manque aussi à vouloir vivre en ne dépendant de personne comme cherchaient à le faire les philosophes épicuriens ou stoïciens très en vogue à l’époque de Paul.

Au contraire : la personne humaine est unique en son genre, c’est vrai, et c’est un être vivant en relation, dépendant à la fois de Dieu et d’autres humains. Car vivre c’est aimer nous dit le Christ. Aimer c’est se préoccuper de la personne que l’on aime : de Dieu, et de personnes avec qui nous sommes en lien dans le corps de l’humanité. Même si c’est une relation imparfaite, même si ce n’est qu’à travers un cri adressé à un autre, comme le fait ici Paul. Ces liens donnent une hauteur, une profondeur, une largeur, un espace, un souffle à notre existence. C’est notre nature, c’est notre bénédiction. Et c’est notre vocation d’entendre aussi le cri d’un autre qui a besoin de notre visite.

Les deux dimensions divines et humaines s’alimentent mutuellement. Dieu donne son souffle, agissant directement sans que personne ne lui demande rien. C’est un don de la grâce, nous dit Paul. Néanmoins, Paul insiste ici à plusieurs reprises pour dire que d’autres personnes, humaines cette fois-ci, ont eu et ont encore une importance essentielle dans notre cheminement de foi. Les deux sources de la foi, divine et humaine se tissent, se complètent.

C’est ainsi qu’en ce qui concerne Timothée, Paul lui rappelle sa grand mère Loïs et sa foi « sans hypocrisie », simple, authentique et sincère, rayonnante pour sa fille Eunice et son petit fils Timothée. Ensuite, modestement, Paul souligne le rôle que lui, Paul, a eu par son enseignement dans le cheminement de foi de Timothée. Nous avons donc ici trois sources, trois vecteurs de la foi : il y a Dieu directement (par son action créatrice divine), il y a la foi de personnes qui nous aiment (qui peuvent nous donner envie d’avoir la foi), et il y a l’enseignement nous permettant de bâtir et de trier parmi toutes les impressions et voix qui nous arrivent, aux oreilles et dans le cœur.

Trois sources, celle de l’Esprit, celle de l’affection, et celle de l’intelligence. Elles se complètent, se corrigent, s’interpellent mutuellement.

Il y a ensuite le « travail » de chacun à faire pour boire à ces sources, et raviver ainsi ce que nous avons reçu de Dieu d’essentiel : « ranimer la flamme don de la grâce » de Dieu. Cela peut se faire en remerciant Dieu comme Paul le fait ici, cela peut se faire en nous souvenant de la foi d’une chère grand-mère ou de telle autre personne qui nous a touché. Il y a enfin à exercer ce travail de construction de notre pensée par l’intelligence, par la théologie et la philosophie.

Paul exhorte ainsi le jeune Timothée « Garde toutes les belles choses qui t’ont été confiées au moyen de l’Esprit saint qui habite en nous » (1:14). Ce n’est pas une exhortation abstraite ou théorique. C’est un exercice tout simple et quotidien, un exercice dont Paul lui-même a besoin pour avoir la force du pas suivant.

Paul l’affirme : « l’Esprit Saint habite en nous », cela ne fait pas de doute et pourtant nous ne l’utilisons pas assez, cet Esprit Saint. Il y a donc un travail à faire dans la prière, pour notre réflexion, pour nos relations avec nos collègues en humanité, et pour ce que Dieu nous a déjà donné. C’est ainsi que l’on ranime la flamme du don de la grâce de Dieu en nous.

Paul sent fortement cette aide de Dieu, et bien des personnes que j’ai la chance de rencontrer témoignent de cette puissante, de cette extraordinaire force qui vient de plus grand, d’infiniment plus grand que l’humain. Néanmoins, quand Paul dit à Timothée « ranime la flamme du don de la grâce, du don de Dieu que tu as reçu », Paul parle en connaissance de cause. Nous avons aussi besoin d’être entouré, soutenu par des humains, de sentir leur affection et pas seulement à distance. Nous en avons besoin pour tenir bon matériellement, moralement et même spirituellement, souvent. C’est pourquoi Paul supplie Timothée de le visiter. Il sent qu’il a un ardent besoin de sa visite, de même que Jésus supplie Pierre, Jacques et Jean de l’accompagner à Gethsémané.

Paul demande à Timothée de venir, c’est le premier point. C’est encore pour « ranimer la flamme du don de Dieu en lui » que Paul lui demande d’apporter aussi son manteau et ses livres. Il a besoin des trois : de son ami, de son manteau et de ses livres.

Dans ce besoin de livres, on retrouve l’importance de la réflexion théologique dont Paul parlait à Timothée. Cet exercice n’est pas seulement utile pour ce jeune en formation, ça l’est aussi pour lui-même. Paul mentionne des papyrus et des parchemins. Le parchemin était utilisé pour copier les textes de référence faits pour durer, car le parchemin étaient très cher et plus lourd, plus volumineux que le papyrus. Quels sont donc ces parchemins si précieux pour Paul ? Probablement des extraits de la Bible hébraïque sous forme de liasses de pages. Des citations bibliques sont la principale source de citations de Paul dans ses œuvres. En tout cas, pour ranimer la flamme du don de la grâce de Dieu en lui-même, Paul a besoin du soutien d’un ami, il a aussi besoin de travailler les Écritures et de réfléchir.

Reste le manteau, apparemment si utile pour Paul à côté du soutien d’un ami et de sa Bible. Serait-ce un manteau bien chaud pour tenir dans les geôles romaines ? Tout le monde se sent mieux avec un minimum de confort, c’est vrai. Seulement le mot utilisé n’est pas un mot banal de la vie courante, ce mot « phélonès » (φελόνης en grec) pose bien des questions aux exégètes car il est inconnu par ailleurs, certains l’interprètent comme désignant une sorte de manteau. Peut-être. Il me semble plus intéressant de rapprocher ce mot « phélonès » du mot « téphilin » peut-être mal transcrit par un scribe non juif. Les « téphilin » étaient porté par les juifs pieux sur leur front et sur leur main pour leur prière personnelle afin de se placer sous la devise du Shema Israël : « Écoute, Israël ! l’Éternel, notre Dieu est le seul Éternel, tu aimeras l’Éternel ton Dieu… »(Deutéronome 6:4-6). Paul, en pharisien, a certainement porté les téphilin pour sa prière personnelle plusieurs fois par jour pendant des années et des années. Bien sûr que Dieu n’a pas besoin de ce genre d’accessoires pour raviver les flammes de sa grâce en nous. Et je suis certain que Paul pouvait maintenant prier Dieu sans cela. Seulement nous sommes humains et les symboles ont pour nous une puissance importante, et encore plus importante quand nous avons besoin de ranimer la flamme.

Je m’imagine bien Paul, chargé de soucis pour sa vie menacée par la gueule des lions de l’arène, avec son isolement humain suite aux abandons, avec sa préoccupation pour l’avenir de sa mission de diffusion de l’Évangile. Paul ainsi fatigué et chargé, se mettant à l’écart, tendant la main pour prendre ses téphilin chargés de tant d’expériences passées à l’écoute de son Dieu, durant les dizaines d’années d’usage quotidien dans tout ce qu’il a traversé comme joies, comme rencontres et comme peines, comme surprises dans sa vie. Paul se couvrant de ces téphilin avec ce geste appliqué et tendre qui est déjà de la prière, récitant les paroles hébraïques millénaires de ce « Shema Israël, Adonaï Elo-henou, Ado-naï Ekhad, Veahavta ett Ado-naï Elo-hekha… » que récitait aussi Jésus, et s’ouvrant ainsi à l’Éternel pour qu’il lui-même la flamme de sa grâce, de sa miséricorde et de sa paix en lui.

Notre culte, notre prière personnelle, nos psaumes, peut-être notre propre rituel quotidien de prière, ces gestes ont pour nous ce rôle de téphilin, ce rôle de préparation à cette véritable prière qui consiste à écouter Dieu, à le laisser ranimer la flamme du don de sa grâce en nous.

« Le Seigneur est avec votre esprit !
La grâce est et sera toujours avec vous ! » (4:22)

Amen.

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

2 Timothée 1 et 4

1:1Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, selon la promesse de la vie qui est en Jésus-Christ, 2à Timothée, mon enfant bien-aimé : Grâce, compassion et paix de la part de Dieu, le Père, et de Jésus-Christ, notre Seigneur !

3Je suis plein de gratitude envers Dieu à qui, à la suite de mes ancêtres, je rends un culte avec une conscience pure, et je fais continuellement mention de toi dans mes prières, nuit et jour ; 4je souhaite vivement te voir — je me souviens de tes larmes — pour être rempli de joie ; 5je me remémore aussi la foi sans hypocrisie qui est en toi : comme elle a d’abord habité en ta grand-mère, Loïs, et en ta mère, Eunice, j’en suis persuadé, elle habite aussi en toi.

6C’est pourquoi je t’exhorte à ranimer la flamme du don de la grâce, du don de Dieu, que tu as reçu par l’imposition de mes mains. 7En effet, ce n’est pas un esprit de lâcheté que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. 8N’aie donc pas honte du témoignage de notre Seigneur, ni de moi, son prisonnier. Mais souffre avec moi pour la bonne nouvelle, par la puissance de Dieu, 9qui nous a sauvés et nous a adressé un saint appel, non pas selon nos œuvres, mais selon son propre projet, selon la grâce qui nous a été accordée en Jésus-Christ avant les temps éternels 10— cette grâce qui s’est maintenant manifestée par la manifestation de notre Sauveur, Jésus-Christ, qui a réduit à rien la mort et mis en lumière la vie et l’impérissable par la bonne nouvelle.

11C’est pour cette bonne nouvelle que, moi, j’ai été institué porte-parole, ambassadeur et enseignant. 12C’est aussi pour cette cause que j’endure ces souffrances ; mais je n’en ai pas honte, car je sais bien en qui j’ai placé ma foi, et je suis persuadé que celui-là a le pouvoir de garder ce qui m’a été confié jusqu’à ce jour-là.

13Retiens, dans la foi et dans l’amour qui est en Jésus-Christ, le modèle des saines paroles que tu as entendues de moi. 14Garde toutes les belles choses qui t’ont été confiées au moyen de l’Esprit saint qui habite en nous.

15Tu sais que tous ceux qui sont en Asie m’ont abandonné ; Phygèle et Hermogène sont de ce nombre. 16Que le Seigneur accorde sa compassion à la maison d’Onésiphore, car il m’a souvent réconforté et il n’a pas eu honte de mes chaînes ; 17au contraire, lorsqu’il est venu à Rome, il m’a cherché avec empressement et il m’a trouvé. 18Que le Seigneur lui accorde de trouver compassion auprès du Seigneur en ce jour-là. Toi-même tu sais mieux que personne combien, à Ephèse, il a rendu de services.

4:1Je t’adjure devant Dieu et devant Jésus-Christ, qui va juger les vivants et les morts, et au nom de sa manifestation et de son royaume : 2proclame la Parole, interviens en toute occasion, favorable ou non, réfute, reprends, encourage, en te montrant toujours patient dans ton enseignement.

3Car il viendra un temps où ils ne supporteront plus l’enseignement sain ; mais au gré de leurs propres désirs, avec une démangeaison d’entendre, ils se donneront maîtres sur maîtres ; 4ils détourneront leurs oreilles de la vérité et dévieront vers les fables.

5Mais toi, sois sobre en tout, supporte les souffrances, annonce la bonne nouvelle, assure pleinement ton ministère.

6Quant à moi, en effet, je suis déjà comme sacrifié, et le temps de mon départ est arrivé. 7J’ai mené le beau combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. 8Désormais la couronne de justice m’est réservée ; le Seigneur, le juge juste, me la donnera en ce jour-là, et non pas seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront aimé sa manifestation.

9Tâche de venir me rejoindre au plus tôt. 10En effet, Démas m’a abandonné, par amour pour le monde présent, et il est parti pour Thessalonique ; Crescens est allé en Galatie, Tite en Dalmatie. 11Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est bien utile pour le ministère. 12J’ai envoyé Tychique à Ephèse. 13Quand tu viendras, apporte le manteau que j’ai laissé à Troas chez Carpos, et les livres, surtout les parchemins. 14Alexandre, le forgeron, m’a fait beaucoup de mal. Le Seigneur lui rendra selon ses œuvres. 15Garde-toi de lui, toi aussi, car il s’est violemment opposé à nos paroles.

16Lors de ma première plaidoirie, personne ne m’a assisté : tous m’ont abandonné. Qu’il ne leur en soit pas tenu compte ! 17C’est le Seigneur qui m’a assisté et qui m’a rendu puissant, pour que, par moi, la proclamation soit pleinement assurée et que toutes les nations l’entendent. Et j’ai été délivré de la gueule du lion. 18Le Seigneur me délivrera de toute œuvre mauvaise et me sauvera pour son royaume céleste. À lui la gloire à tout jamais ! Amen !

19Salue Prisca et Aquilas, ainsi que la maison d’Onésiphore. 20Eraste est demeuré à Corinthe, et j’ai laissé Trophime malade à Milet.

21Tâche de venir avant l’hiver. Euboulos, Pudens, Linus, Claudia et tous les frères te saluent.

22 Le Seigneur est avec ton esprit ! La grâce est avec vous !

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