Detail des Gemäldes: Schwangere Maria, Fragment eines Altarflügels aus einer Feldkapelle in Cham (Kanton Zug) Schweizerisches Landesmuseum, Zürich Date : vers 1505
Prédication

La patience biblique est bien plus qu’on le pense parfois (Deutéronome 4:30-5:15 ; Romains 5:1-8)

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pasteur Marc Pernot

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prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève, le dimanche 25 juin 2023,
par : pasteur Marc Pernot

Detail des Gemäldes: Schwangere Maria, Fragment eines Altarflügels aus einer Feldkapelle in Cham (Kanton Zug) Schweizerisches Landesmuseum, Zürich Date : vers 1505
La vie me semble tellement courte : hier encore j’avais 10 ans, et j’étais déjà moi. Demain déjà, m’a-t-on dit, ma vie sera déjà finie. Comment fait-il que cette vie si brève soit tissée d’heures qui paraissent parfois lourdes, interminables ? Cela peut devenir même une souffrance dans laquelle la personne se morfond à en perdre souffle.

 

Comment trouver ce courage qu’est la patience ?

Car la patience est un courage : le courage d’affronter la durée. Ce n’est pas rien. Outre ce courage essentiel qu’il y a à être soi-même, il y a deux grands courages très pratiques dans notre vie quotidienne :

  1. Il y a le courage d’affronter ce monde : soit pour entreprendre une belle chose, soit pour affronter ce qui ne va pas. Avec cette tentation de nous décourager face à une grande difficulté ou une grande souffrance.
  2. Il y a le courage d’affronter le temps quand il nous semble lourd. Nous pouvons être découragés par l’ennui, par le manque d’événement, quand la vie nous semble vaine et vide. Ce découragement peut se manifester par de l’indifférence, par de la lassitude, de l’ennui, ou de l’impatience.

Il y a bien des façons de réagir, plus ou moins bonnes, quand la durée nous pèse. Chaque culture, philosophie et foi a sa définition de la patience. Ce n’est donc pas une fatalité.

Certains cherchent à tuer le temps, afin de ne pas le subir, c’est ce que fait celui qui remplit son temps à ras-bords d’activités soit utiles, soit distrayantes.

Certains cherchent à apprendre à faire en eux le vide de cette question, et à se résigner à souffrir. C’est ce que propose en quelque sorte Sénèque, philosophe stoïcien qui est contemporain de Jésus et de Paul.

 

La patience Biblique

La Bible a une tout autre façon de voir le temps, une autre façon de concevoir la patience, une autre façon de travailler notre rapport à la durée. Et c’est très précieux.

Le temps de la patience est indiqué dans la Bible par le chiffre 40. Par exemple les 40 années de la libération du peuple hébreu éprouvant la patience des hébreux qui songent à retourner en arrière. Ou les 40 jours de Moïse sur le mont Sinaï qui éprouvent la patience du peuple qui se mettra à se fabriquer un veau d’or pour l’adorer. Et les 40 jours de Jésus dans le désert éprouvant sa patience au point de songer à faire du pain à partir de cailloux. Pourquoi 40 ? parce que ce nombre évoque la durée de la gestation humaine qui est de 40 semaines d’aménorrhées. C’est une image permettant de penser différemment ces périodes éprouvant notre patience, quand le temps nous est lourd à porter : un temps dangereux, un temps de sécheresse et de tentation de laisser tomber, et de faire n’importe quoi, de tout gâcher comme dans ces récits.

Oui, la patience n’est pas facile, elle est un courage face à un temps où il semble ne rien se passer d’intéressant : la Bible nous invite à le voir comme un temps de gestation. Servis par Dieu, ces temps accouchent d’une vie bénie.

La libération des hébreux se fera, comme notre naissance, « à travers l’eau » et une nouvelle génération entrera dans la vie, comme un nouveau nous-mêmes. Moïse avancera finalement dans une nouvelle façon d’être avec Dieu, Jésus trouvera sa vocation de Christ.

La durée qui éprouve notre patience est comparée à une gestation, de diverses façons possibles. C’est très éclairant, inspirant. Cette durée est comparée à ce que nous voyons d’une femme enceinte, apparemment elle ne vit rien d’autre qu’une lourdeur de plus en plus pesante. Mais en profondeur, elle : elle sent qu’un processus est en cours, porteur de vie, comme dans ces histoires du peuple hébreu, de Moïse ou de Jésus : un nous-mêmes plus libre, un nous-mêmes plus éclairé et plus proche de Dieu, un nous-même trouvant sa vocation, faisant du bien autour de nous.

Pour nous aider à vivre le temps quand il nous devient éprouvant, la Bible cherche à nous donner une compétence en échographie afin de nous permettre d’entrevoir qu’à l’intérieur de la durée, une vie nouvelle est en gestation. Ce qui nous armera d’une patience féconde, créatrice, au lieu de perdre courage.

C’est ce qu’essaye de nous apporter un récit comme celui du Deutéronome qui est typique de la pédagogie biblique : « Interroge, si tu veux bien, les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’humain sur la terre… puis Dieu parlant du milieu du feu… »

Ce n’est pas une fuite hors du temps, ce n’est pas tuer le temps en le remplissant à ras-bords de distractions. C’est apprendre de l’expérience humaine que même quand il semble improductif, le temps, notre temps est enceinte d’une vie.

 

Interroger l’histoire, et notre propre expérience

Pour préparer notre capacité d’échographe de notre temps, la Bible nous propose de faire mémoire, de discerner quand l’histoire a accouché d’une belle nouveauté. À commencer par la création de ce monde, car il n’a pas toujours été tel que nous le voyons, il a été et il est encore en évolution. Le nouveau télescope James Web nous donne à voir des merveilles incroyables de notre univers, il permet de voir plus loin que jamais ce qui revient à voir dans le passé, jusqu’à 13 milliards d’années d’évolution de notre univers, tout proche de sa naissance. On observe qu’il y a sans cesse du neuf dans ce monde en évolution, qu’il y en a aussi dans notre histoire : par l’Esprit de Dieu touchant les prophètes comme nous le sommes, et cette nouveauté radicale donnée en Jésus-Christ. Ce souffle n’est pas mort.

Sentir que le temps n’est pas inerte : sous la surface, même quand il semble ne rien se passer, la durée présente, la durée parfois pesante, est enceinte d’une vie, et que c’est une bonne nouvelle. Cette durée est nécessaire comme pour toute cicatrisation, pour toute gestation, pour toute guérison, pour tout projet, pour tout deuil, mais aussi pour affiner un fromage qui a du goût. On ne peut faire l’économie du temps. Il est une partie de la bénédiction.

Ce temps qui nous semble peut-être morne, ou difficile, c’est un temps où nous évoluons, où nous nous affinons, nous aussi, même sans événement particulier. Ensuite, l’expérience nous apprend que du neuf survient, comme à la création du monde, comme au Sinaï, comme pour les prophètes, comme en Christ : Dieu a du neuf en réserve aussi pour nous, une parole dans notre désert.

C’est même précisément dans le désert que la Bible situe les moments où Moïse reçoit la parole de Dieu et où Jésus est victorieux de ses tentations. Situer ces expériences dans le désert est très signifiant dans la culture biblique. A cause d’un célèbre jeu de mots entre « midebar » (désert en hébreu) et « dabar » (la parole ou l’acte, en hébreu). Le désert évoque un temps de retrait dans le silence et dans l’inaction. Un temps d’ouverture à une parole neuve qui vient de Dieu pour nous, un acte de Dieu pour nous aider à avancer.

Ces récits sont une invitation à voir nos temps d’ennuis et de solitude, nos temps arides comme une chance d’accueillir du neuf, et à voir par l’Esprit que de toute façon, cette période qui nous vivons, et qui peut-être nous pèse, est enceinte de demain, et qu’avec Dieu ce sera bien.

Notre vie est si courte en ce monde, elle n’est donnée qu’une seule fois pour toute l’éternité, chaque journée est donnée une seule fois, et nous nous ennuierions de cette journée ? Par exemple ce moment que nous vivons : imprégnons nous de cet instant, avec ce lieu, ces personnes autour, cette Bible ouverte, cette musique, ce temps à part… quoi qu’il en soit, ce moment fera partie de ce que nous serons, et peut-être même que dans quelques années, nous nous souviendrons de cet instant comme un temps où nous aimerions revenir. Cette journée ne nous est donnée qu’une fois pour toute l’éternité, et nous la dédaignerions ?

Au contraire, la Bible nous propose d’aimer l’épaisseur de la durée du temps vécu, en sentir la fécondité, celle d’une bonne terre, celle d’une femme enceinte, celle de ce monde que Dieu ensemence de nouveauté.

 

Sanctifier le temps, notre temps

La Bible nous propose de travailler à cette perception de la valeur du temps grâce à un exercice : celui du shabbat. Dans notre vie, dans notre journée, nous avons des périodes d’activité qui nous demandent de l’ardeur et parfois du courage pour agir. Le temps du shabbat nous permet de travailler cet autre travail, cet autre courage, celui de sanctifier le temps. Le shabbat est un temps de repos : s’abstenir temporairement d’activités, exposer le temps nu, afin d’en goûter la durée, apprécier notre temps d’existence en lui-même. Rester comme cela et sentir que notre être continue d’exister même en dehors de l’action et que Dieu nous bénit simplement par le fait d’être nous, et que nous existons.

C’est ainsi, dans ce temps de repos, ce temps de désert, que nous apprenons à sanctifier le temps, notre temps. À en relever sa valeur unique.

Bien sûr la question n’est pas d’appliquer nécessairement à la lettre les six jours de travail et un jour de repos. L’idée est de s’appliquer concrètement à se ménager des temps de désert, des temps où nous pourrions nous ennuyer car nous n’y aurons rien à faire, rien à faire d’autre que d’exister, et exercer ainsi notre rapport au temps, s’inspirer de Dieu pour le sanctifier. Comme il nous arrive d’aimer ce monde au point de vouloir y être actif, nous pouvons ainsi aimer cette autre dimension qu’est le temps, avec ces surprises venant de Dieu, et cet avenir qui y est en gestation.

La patience biblique consiste à goûter cette durée qui nous est offerte comme une richesse en soi, et une source de vie. La patience consiste à mettre un peu de passion dans ce temps, à le voir avec espérance. Notre vie. Notre belle vie, si précieuse, si courte, est féconde à sa façon. Quand il nous prend d’en perdre le goût, nous pourrons avoir en réserve cette mémoire que Dieu garde notre temps. Comme le dit Jésus, de nuit comme de jour la graine semée pousse en silence dans la profondeur de la terre (Marc 4:27), sans que nous ayons à le lui apprendre. De même la bénédiction de Dieu sur notre temps.

 

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Deutéronome 4:30-5:15

Alors, dans la suite des temps, tu retourneras à l’Éternel, ton Dieu, et tu l’écouteras, 31car l’Éternel, ton Dieu, est un Dieu de miséricorde, qui ne t’abandonne pas et ne te détruit pas : il n’oublie pas l’alliance de tes pères qu’il leur a jurée.

32Interroge, si tu veux bien, les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre, et d’une extrémité du ciel à l’autre: y eut-il jamais si grand événement, et a-t-on jamais ouï chose semblable? 33Fut-il jamais un peuple qui entende la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme tu l’as entendue, et qui soit demeuré vivant?…

5:12Garde le jour du repos pour le sanctifier, ainsi que l’Éternel, ton Dieu, te l’a ordonné. 13Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. 14Et le septième jour est un repos pour l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’immigré qui est dans tes villes, afin que ton serviteur et ta servante puissent se reposer comme toi.

15Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du repos.

Romains 5:1-8

Ainsi donc, justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ ; 2par lui aussi nous avons accès à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu.

3Bien plus, nous mettons notre fierté dans nos détresses mêmes, sachant que la détresse produit la patience, 4la patience produit l’expérience, l’expérience produit l’espérance ; 5et cette espérance ne déçoit pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

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3 Commentaires

  1. Marie-Lou dit :

    Cher Marc,
    Merci pour ce superbe message de joie et d’espérance pour les vieillards que nous sommes !
    Amitiés.

    1. Marc Pernot dit :

      Chère Marie-Lou
      Grand merci pour cet encouragement !!!
      A mon avis, travailler notre rapport au temps serait intéressant aussi pour les jeunes. Je pensais en particulier à ces ados qui ont, en plus de leurs études, deux ou trois sports, deux ou trois instruments de musique, le catéchisme, les loisirs, les amis, et un peu de sommeil quand même… A mon avis, ils grandiraient mieux avec un bon tri sélectif et un peu de shabbat, juste un peu régulièrement. Mais ça vaut aussi pour les personnes qui ont la chance de pouvoir arriver à ce bel âge du « vieillard âgé », comme le disait mon père.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

  2. Pascale dit :

    Tout en restant vigilant que la patience ne se transforme pas en paresse ou en manque de courage, que le shabbat ne dure pas 6 jours, que les 40 ne se transforment pas en 80 ou 400. Quel difficile exercice, que celui de l’équilibre, il y a un temps pour tout, mais encore faut-il trouver les bonnes durées.

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