4 méditations de vendredi Saint (Évangile selon Matthieu)

Enregistrement audio

méditations données pour illustrer les
méditations pour un temps de pénitence
de Francis Poulenc (1899-1963)
à Genève, vendredi saint 2022,
par : pasteur Marc Pernot

Peinture de Andrea Mantegna - La Prière au jardin des oliviers 1457-1459 © Musée des Beaux-Arts de Tours

1) Jésus prie à Gethsémanée

Matthieu 26:36-41

36 Jésus arrive avec eux à un domaine appelé Gethsémani et il dit aux disciples : « Restez ici pendant que j’irai prier là-bas. »

37Emmenant Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse.

38Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. »

39Et allant un peu plus loin et tombant la face contre terre, il priait, disant : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Pourtant, non pas comme je veux, mais comme tu veux ! »

40Il vient vers les disciples et les trouve en train de dormir ; il dit à Pierre : « Ainsi vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi !

41Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation. L’esprit est plein d’ardeur, mais la chair est faible. »

 

Jésus n’a aucune envie ni intention de mourir. La vie en ce monde est parfois dure, Jésus en sait quelque chose, mais elle bonne, désirable et utile. La vie est la première des bénédictions, la plus précieuse. Et Jésus aime la vie, y compris boire, manger, discuter, voyager.

Se sachant en grand danger, Jésus demande le soutien de quelques personnes près de lui. En cette vie, nous avons l’occasion de tisser parfois des relations un peu plus profondes avec certaines personnes, c’est la seconde bénédiction de la vie en ce monde.

Jésus cherche du soutien dans l’amitié, et il cherche aussi du soutien dans la prière. Depuis plus de 50.000 ans l’humain a pris conscience d’être capable de chercher Dieu et que c’est fort précieux dans les bons comme dans les mauvais jours. C’est la troisième bénédiction de la vie. C’est ainsi que Jésus cherche Dieu et lui dit sa soif de vivre. Une mort prématurée ne fait pas partie du programme de la vie bonne et belle. La mort violente, l’injustice, la haine, la destruction sont la négation de tout ce que Dieu veut. Jésus le sait et sa prière l’exprime avec indignation et espérance. Pourtant ce scandale va lui arriver. Parfois, l’histoire est tragique : Jésus a pour mission de manifester l’amour infini du Dieu de la vie. Il le fait ardemment. Mais pourquoi faudrait-il que cela passe par cette boucherie ?

Jésus dit son avis, il le prie en confiance devant Dieu. La prière, c’est fondamentalement cela : dire à Dieu, comme à un ami, ce que l’on a sur le cœur.

La prière c’est aussi ajouter, comme le fait Jésus, un « si c’est possible » qui fait que nous replaçons notre espérance dans la complexité du monde.

La prière de Jésus, enfin, ajoute ce fameux « Non pas ma volonté mais la tienne, à toi, Dieu, qui advienne ». Ce n’est pas de la soumission, car Dieu aime notre volonté, nos vœux et projets, il ne veut pas les écraser mais les épanouir. Ce n’est pas de la soumission, c’est de la confiance. Toujours, absolument toujours, Dieu sera pour nous. Et rien de ce qui arrive de mauvais ne vient de Dieu, il arrive malgré lui. Et même alors, dans le malheur, Dieu est à nos côtés pour nous accompagner et transformer la mort en vie.

pasteur Marc Pernot

Poulenc, motet Timor et tremor

La crainte et l’effroi ont fondu sur moi,
Et les ténèbres m’ont envahi,
Ayez pitié de moi Seigneur, ayez pitié de moi
Je vous confie mon âme.
Mon Dieu exaucez ma prière,
Car vous êtes mon refuge et mon secours tout puissant,
Seigneur, je vous ai invoqué, je ne serai pas confondu.

 

2) Judas « livre » Jésus

Matthieu 26:42-50

42De nouveau, pour la deuxième fois, il s’éloigna et pria, disant : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté se réalise ! » 43Puis, de nouveau, il vint et les trouva en train de dormir, car leurs yeux étaient appesantis. 44Il les laissa, il s’éloigna de nouveau et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles. 45Alors il vient vers les disciples et leur dit : « Continuez à dormir et reposez-vous ! Voici que l’heure s’est approchée où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. 46Levez-vous ! Allons ! Voici qu’est arrivé celui qui me livre. »

47Il parlait encore quand arriva Judas, l’un des Douze, avec toute une troupe armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. 48Celui qui le livrait leur avait donné un signe : « Celui à qui je donnerai un baiser, avait-il dit, c’est lui, arrêtez-le ! » 49Aussitôt il s’avança vers Jésus et dit : « Salut, rabbi ! » Et il lui donna un baiser.

50Jésus lui dit : « Mon ami, fais ta besogne ! » S’avançant alors, ils mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent.

 

Nos quatre évangiles parlent de Judas, mais diffèrent dans leur façon d’expliquer son geste.

Jean en présente le portrait le plus négatif : Judas vole dans la caisse et trahit Jésus pour 30 deniers. Jésus le sait, pourquoi a-t-il quand-même appelé Judas comme apôtre ? Jésus assume le fait que Dieu a besoin de chacun de nous, même imparfait et pécheur. C’est une bonne nouvelle.

Luc, lui, présente un Judas qui était plein de bonne volonté au début et qui change ensuite pour choisir la violence plutôt que la paix. Luc insiste sur la liberté de la personne humaine devant Dieu, et les conséquences importantes qu’ont nos choix de vie.

Matthieu et Marc présentent, eux, un Judas plein de courage et de dévouement y compris dans cet épisode tragique de l’arrestation de Jésus. Cela est souligné par le fait que Jésus encourage Judas à accomplir cette mission de le « livrer ». Ce terme est ambigu dans le grec des évangiles, il peut vouloir dire « trahir » mais aussi « transmettre ». L’objectif de Judas aurait de présenter Jésus aux chefs religieux afin qu’ils entendent sa parole et reconnaissent sa personne.

Selon Matthieu Judas serait plein de confiance à la fois dans le rayonnement de Jésus et dans l’aide de Dieu pour faire reconnaître son Christ aux autorités religieuses de l’époque. Que Judas soit un disciple particulièrement avancé de Jésus irait bien avec ce baiser que Judas donne à Jésus, car le baiser était à l’époque un geste de communion et de transmission de la parole entre le maître et son disciple, qui est alors envoyé en mission pour « livrer » à son tour la parole du maître. Ce geste du baiser entre disciples du Christ était encore pratiqué du temps de Paul qui l’évoque souvent (« Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. »Romains 16:16).

Hélas, même si Judas avait les meilleurs intentions, le projet de « livrer » Jésus va tourner au tragique. Sauf que la vie l’emportera sur la mort quand même.

C’est ainsi que de cette trahison historique de Jésus par les apôtres et par Judas en particulier, chacun des évangiles a tiré une belle prédication pour nous dire l’Évangile du Christ.

Francis Poulenc, motet Tristis est anima mea

Mon âme est triste jusqu’à la mort :
Demeurez ici, et veillez avec moi ;
Bientôt vous allez voir une troupe de gens qui va m’environner.
Vous prendrez la fuite et moi j’irai me sacrifier pour vous.
Voici l’heure qui approche
Et le Fils de l’homme sera livré aux mains des pécheurs.

pasteur Marc Pernot

3) « Tuons le ! » (Mt. 21:33-40)

Matthieu 21:33-40

Jésus dit : Ecoutez cette parabole. Il y avait un homme qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage.

34Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient. 35Mais les vignerons saisirent ces serviteurs ; l’un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre, ils le lapidèrent. 36Il envoya encore d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; ils les traitèrent de même.

37Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” 38Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : “C’est l’héritier. Venez ! Tuons-le et emparons-nous de l’héritage.” 39Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.

 

Cette parabole de Jésus est importante, car n’avons pas d’autre explication de la bouche de Jésus lui-même sur sens qu’il donne au don de sa personne.

Dans cette parabole, Dieu fait tout afin de faire vivre l’humanité, qu’elle s’épanouisse en produisant de bons fruits de bonheur et de vie. Jésus explique ce que Dieu nous apporte en vue de cela :

Une haie pour nous protéger des animaux sauvages, cette haie, c’est l’amour de Dieu qui nous garde.

Un pressoir permet de séparer dans la grappe de raisin le bon jus de ce qui est immangeable : ce pressoir c’est un cœur bienveillant qui garde le meilleur de chaque personne au-delà de ce qui n’est pas bon.

Et Dieu nous offre une tour qui nous permet d’avoir un point de vue plus élevé : cette tour c’est notre intelligence éclairée par le souffle de l’Esprit.

Avec cela, l’excellente vigne que nous sommes devrait produire de bons fruits de bonheur et de vie. Elle en produit effectivement de magnifiques, partout. Et aussi des fruits infects. Hélas. Les progrès de l’humanité sont trop lents, chaque génération peine à ne pas retomber dans les mêmes ornières. Que faire ? Cette parabole de Jésus dit qu’encore et encore, Dieu apporte ses bons soins : sa grâce surabonde. C’est naturel : c’est comme cela que réagissent les parents pour leur enfant ou un professeur pour ses élèves. Jusqu’à finalement envoyer son Fils. Jésus explique le projet de Dieu : « au moins, ils respecteront mon fils ! »

C’est le projet de Dieu, il est encore en cours. Son projet était que l’humanité respecte Jésus et vive enfin par le bien, la justice et la paix. Jésus a été injustement tué. Malgré cela, Dieu continue : il transforme ce scandale en une chance pour inspirer l’humanité : l’amour manifesté ainsi par le Christ va se révéler être inspirant d’une foi renouvelée, d’une espérance invincible : celle de l’amour plus fort que la mort.

pasteur Marc Pernot

Francis Poulenc, motet Vinea mea electa

Vigne que j’avais choisie, c’est moi-même qui t’ai plantée.
Comment as-tu changé ta douceur en amertume,
Jusqu’à me crucifier et délivrer Barrabas ?
Je t’ai environnée d’une haie ;
j’ai enlevé les pierres qui pouvaient te nuire et j’ai bâti une tour pour ta défense.

 

4) « Mon Dieu pourquoi, pour-quoi ? »

Matthieu 27:35-50

Quand ils eurent crucifié Jésus, ils partagèrent ses vêtements en tirant au sort. 36Et ils étaient là, assis, à le garder. 37Au-dessus de sa tête, ils avaient placé le motif de sa condamnation, ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » 38Deux bandits sont alors crucifiés avec lui, l’un à droite, l’autre à gauche. 39Les passants l’insultaient, hochant la tête 40et disant : « Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix ! » 41De même, avec les scribes et les anciens, les grands prêtres se moquaient : 42« Il en a sauvé d’autres et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est Roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui ! 43Il a mis en Dieu sa confiance, que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime, car il a dit : “Je suis Fils de Dieu !” » 44Même les bandits crucifiés avec lui l’injuriaient de la même manière.

45A partir de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à trois heures. 46Vers trois heures, Jésus s’écria d’une voix forte : « Eli, Eli, lema sabaqthani », c’est-à-dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » 47Certains de ceux qui étaient là disaient, en l’entendant : « Le voilà qui appelle Elie ! » 48Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il imbiba de vinaigre ; et, la fixant au bout d’un roseau, il lui présenta à boire. 49Les autres dirent : « Attends ! Voyons si Elie va venir le sauver. »

50Mais Jésus, criant de nouveau d’une voix forte, rendit l’esprit.

 

« Éli, Éli, lama sabachthani ? » : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Dans l’hébreu ou l’araméen qu’utilise Jésus, comme en français, il est possible d’entendre ce petit mot « lama », « pourquoi » de deux façons différentes : « pourquoi » en un seul mot pour s’interroger sur la cause de ce qui arrive, et « pour-quoi » en deux mots (en vue de quoi) pour s’interroger sur ce que l’on peut chercher à faire maintenant que c’est arrivé. L’une et l’autre de ces deux interrogations sont utiles et complémentaire.

Comme Jésus, il nous arrive d’être dans la plainte ou l’indignation : pourquoi est-ce qu’une telle chose ignoble arrive ? C’est utile de s’interroger sur les causes afin de mieux nous connaître et de mieux comprendre la vie. C’est utile de présenter ce questionnement à Dieu dans la prière, même si Dieu n’est jamais derrière la moindre catastrophe. Par exemple dans ce qui arrive à Jésus : Dieu ne l’a pas abandonné car Dieu n’abandonne jamais personne. Pourtant, la prière indignée de Jésus est juste, bonne et utile : cette prière nous aide reprendre le dessus sur notre malheur, et cette prière aide Dieu à nous soigner : c’est très précieux.

Ensuite, il est temps de passer au « pour-quoi » en deux mots, « en vue de quoi » : tant qu’à faire que soit arrivée ce problème qu’en faire ? Est-ce que cette mauvaise réalité qui nous fait souffrir ne pourrait pas être utilisée comme du fumier que l’on répand au pied des rosiers, préparant ainsi un meilleur lendemain ? Un lendemain où le malheur appartient au passé.

Dieu est spécialiste de ce genre de retournements, de ces résurrections dans le quotidien de nos jours.

pasteur Marc Pernot

Francis Poulenc, motet Tenebrae facta sunt

Des ténèbres se répandirent sur la terre, lorsque les Judéens eurent crucifié Jésus,
Et vers la neuvième heure, Jésus poussa un grand cri, en disant :
Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Et baissant la tête, il rendit l’Esprit.
Jésus s’écriant à haute voix, dit :
Père, je remets mon esprit entre tes mains.

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