
Vous proposez plus une « éthique de situation » que « l’impératif catégorique » ?
Le pasteur Marc Pernot répond aux interrogations sur l’éthique de situation et l’impératif catégorique kantien, privilégiant une éthique spirituelle et personnelle. Il aborde également le discernement entre événements historiques et mythes bibliques à travers l’exemple des miracles de Jésus.
Question posée :
Cher pasteur Marc,
Je vous ai écrit il y a quelques mois et vos réponses m’ont beaucoup aidé. Un grand merci ! J’ai maintenant quelques questions :
1. Je remarque que vous utilisez principalement « l’éthique de situation » pour répondre aux questions. Je voulais juste demander pourquoi tel est le cas, sachant que l’« impératif catégorique » de Kant était autrefois populaire parmi les protestants. Pourquoi l’« impératif catégorique » ne sert-il plus ? Pouvez-vous s’il vous plaît m’éclairer sur l’histoire de la raison pour laquelle l’éthique situationnelle est populaire ?
2. Comment pouvons-nous discerner quels miracles sont des événements historiques et lesquels sont des histoires de foi / des mythes ? Comme vous le dites, la marche sur l’eau est un mythe pour enseigner aux chrétiens à persévérer dans les moments de tribulation. Cependant, en tant que chrétiens, nous croyons que la résurrection (physique ?) de Jésus a été un événement historique réel. Comment pouvons-nous discerner qui est quoi ? Si Jésus pouvait ressusciter des morts, sûrement qu’il pouvait faire ces autres choses ? Y a-t-il des indices dans le texte ?
Amitiés fraternelles
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir.
1. Une éthique spirituelle plutôt qu’une éthique de situation
À vrai dire, cela peut sembler être de l’éthique de situation. C’est vrai que l’importance de l’individu qui est mise en avant par le Christ invite à ne pas en rester à des principes aveugles.
Mais ce n’est pas tant de l’éthique de la situation que d’une éthique spirituelle, ouvrant à ce que la personne décidera d’elle-même sous l’inspiration de Dieu, en ligne directe. Un Dieu qui apporte plus une mise en lumière, permettant à chacun de voir de ses propres yeux le chemin qu’il désire tracer. Donc, effectivement, la situation est prise en compte, mais pas seulement : il y a aussi une visée dynamique, il y a la personnalité de chacun, il y a une relation. Ce qui m’inspire serait donc une éthique spirituelle.
C’est aussi une éthique de la vocation personnelle, amenant à trier, parmi tout ce qui serait utile et juste, ce qui pourrait faire partie d’un projet (une vocation) que je discerne comme pouvant être le mien, dans la réflexion et la prière. C’est-à-dire qu’une autre personne, dans la même situation avec le même éclairage de Dieu, pourrait prendre avec justesse une autre décision.
L’impératif catégorique face à la liberté spirituelle
Alors que l’impératif catégorique sacralise une position, pour le protestant réformé, un des principes fondamentaux est « à Dieu seul soit la gloire » : Dieu seul est sacré. Pas un dogme, pas un impératif comme de ne pas mentir, par exemple.
Je ne suis pas certain que l’éthique situationnelle soit populaire. Peut-être. On peut en trouver la source dans ce que dit l’apôtre Paul : « tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout m’est permis, mais tout ne construit pas ». Mais, malheureusement, si le « tout est permis » a bien été entendu, le « tout est utile » est souvent oublié. Et l’aide de Dieu pour discerner ce qui est utile et ce qui construit est peut-être encore plus oubliée. Et finalement, ce qui est populaire n’est peut-être pas une éthique utilitariste, mais une mentalité du genre « ni Dieu ni maître », même parmi les chrétiens.
Alors que celui qui cherche à tracer son chemin en responsabilité devant Dieu va avoir l’humilité de se placer devant lui pour chercher à recevoir un éclairage, des questions nouvelles permettant de complexifier, nuancer, approfondir. C’est une démarche exigeante, bien plus que de suivre une loi fixe, même déclinée en de multiples sous-cas possibles (une casuistique). Mais je pense que l’éthique spirituelle est la source d’une belle inspiration. Comment peut-on prier et choisir ensuite de tromper son prochain, de lui faire des coups en vache par-derrière, et n’avoir aucun scrupule après, ne pas aller voir son frère pour demander pardon ? Comment peut-on se présenter à Dieu le soir si on a trompé son conjoint dans la journée, et recommencer ensuite ?
2. Discernement des miracles : faits historiques ou récits de foi ?
Le plus grand, le plus invraisemblable des miracles est celui de la vie, et donc celui de l’évolution. C’est ensuite l’impossible miracle que l’amour existe, l’art, et la possibilité d’avoir un idéal. Que cela existe et l’emporte ainsi devant le chaos n’est pas dans la logique des choses.
Ces miracles de la Bible nous parlent de miracles qui ont une réalité historique, en particulier dans notre propre histoire, mais aussi dans l’histoire du monde. C’est donc précieux que la Bible en parle. Elle en parle à sa façon, qui n’est que très rarement conceptuelle comme nous avons tendance à le faire dans notre culture, mais sous forme de récits.
Ensuite, est-ce que Jésus a marché physiquement sur l’eau ? Je trouve personnellement que cela n’a pas tellement de sens, car ce genre de prodiges n’appartient pas au salut que Dieu veut nous offrir en Christ (à mon avis). Alors qu’au sens figuré, oui, c’est ce genre de prodiges-là qui nous est donné de vivre par la foi.
Dieu vous bénit et vous accompagne,
par : Marc Pernot, pasteur à Genève
Pour approfondir : Retrouvez l’éclairage théologique sur ce que signifie éthique – morale au sein du Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Mon interrogation concerne les miracles qui sont attribués à Jésus. Cela a-t-il une valeur historique ?
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Miracles et corps : spiritualiser abîme-t-il notre humanité ?
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D. Marguerat dit que les miracles sont des évènements racontés de manière à présenter un Jésus divin

J’ai récemment découvert Martin Zundel, un Protestant Suisse, qui a notamment écrit qu' »il n’y a pas de morale chrétienne, il n’y a qu’un mystique chrétienne ».
Qu’en pensez-vous, et pouvez-vous m’éclairer ?
Bien à vous.
Bonjour
Il doit s’agir de Maurice et non de MArtin.
J’aime énormément Maurice Zundel, c’est un auteur catholique. Je vous le recommande chaleureusement. Et c’est bien son genre de dire « qu’il n’y a pas de morale chrétienne, il n’y a qu’une mystique chrétienne ». C’est très protestant de dire cela, en tout cas le sorte de protestantisme que j’aime : pas moraliste mais libérateur, fondant notre recherche de vivre d’une belle façon sur la réflexion et sur la prière, en confiance avec Dieu.
Dieu vous bénit et vous accompagne