
Ma façon d’appeler Dieu fait-elle de moi un hérétique ?
Face au sentiment d’imposture ou d’ennui devant les dogmes rigides, cet article offre une clarification théologique et un encouragement aux croyants en recherche. Il redéfinit le sens profond du mot « hérétique » comme un acte libre de choix personnel et montre comment cheminer sereinement avec Dieu au-delà des institutions.
Question :
Bonjour,
Âgé de 67 ans, catholique par mon éducation et ma pratique religieuses, j’ai pris beaucoup de distance face à la religion pendant la plus grande partie de ma vie adulte. Depuis quelques années, j’ai repris un cheminement au sein de l’Église catholique. Je rencontre cependant toujours des difficultés face aux rituels et au dogme qui, au mieux, m’inspirent parfois de l’ennui et, au pire, un sentiment de culpabilité et/ou d’imposture. J’ai donc repris un peu de distance depuis quelques mois, mais il y a toujours une quête au fond de moi qui me pousse à échanger avec ceux qui ont la foi et la joie de la partager.
Ces derniers temps, quelque chose me pousse à nommer « Intentionnalité universelle créatrice de lumière, d’amour et de bienveillance » ce que j’appelais auparavant Dieu, mais ce dernier nom recouvre pour moi tant d’anthropomorphisme qu’il ne me convient pas ou plus pour me laisser porter par cet esprit créateur. En disant et en écrivant cela, suis-je un hérétique aux yeux des chrétiens ?
Il y a quelques mois j’avais fait une recherche sur Internet et j’avais trouvé le site « jechercheDieu.ch ». Je suis revenu sur ce site sans doute pas par hasard (je ne crois guère en ce dernier) et j’aimerais échanger autour de ce qu’est Dieu et de la vraie nature de Jésus.
Je vous remercie par avance pour toutes suggestions que vous pourriez me soumettre pour avancer dans mon cheminement.
Fraternelles pensées
Réponse du pasteur : Choisir sa foi en toute liberté
Cher Monsieur,
Cette définition que vous vous donnez de Dieu est magnifique. Le fait même de chercher à s’intéresser comme vous le faites à Dieu, personnellement, et de chercher à creuser qui il est pour vous, personnellement, de désencombrer votre théologie de monceaux d’anciennes scories qui l’encombrent, c’est vraiment vraiment excellent.
L’étymologie du mot hérétique : une liberté de choix
Le mot « hérétique » n’est devenu une injure qu’après la volonté de l’empereur Constantin qui, pour des raisons politiques, a décidé d’unifier la théologie de l’empire romain. Mais ce mot hérétique est magnifique, à la base : il signifie littéralement « quelqu’un qui choisit » : quoi de plus beau ? La foi est précisément cela, choisir. La grâce de Dieu nous libère sur ce chemin de notre vie aussi bien théologiquement que moralement et spirituellement, nous dit l’Évangile. C’est alors en confiance que nous pouvons chercher Dieu et nous faire notre propre opinion de lui en fonction de ce que nous avons vécu, de ce que nous avons lu et entendu sur lui. La diversité des sensibilités est une richesse, elle fait partie intégrante de cette merveille que sont nos personnalités.
La tentation du pouvoir face à la diversité des sensibilités
Le propre de l’humain est d’évoluer toute sa vie, de s’élever tout au long de la vie en humanité. C’est très profond en chaque personne de bonne santé. Mais une tentation, du coup très fréquente, est de dévoyer cette soif de devenir meilleur en tentation d’écraser les autres, de développer son pouvoir sur les autres. C’est ce que nous voyons dans les « tentations de Jésus ». Sa mission de Christ est d’être sauveur de l’humanité, il connaît alors la tentation de le faire en prenant le pouvoir. L’Évangile considère que cette tentation est diabolique :
« Le diable ayant élevé Jésus, lui montra à l’instant tous les royaumes de la terre et lui dit : Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux. » (Luc 4:5-6)
Et Jésus, alors refuse de prendre ainsi le pouvoir sur les autres, même si c’était pour faire avancer le monde.
L’apôtre Pierre connaît aussi cette tentation, quand Jésus vient de le féliciter pour une belle confession de foi, Pierre se prend à avoir la grosse tête et prétend dicter à Jésus lui-même quelle conduite il devrait prendre. Jésus y reconnaît aussi une tentation diabolique de prise de pouvoir :
« Jésus, se retournant, dit à Pierre : Arrière de moi, Satan ! tu m’es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. » (Matthieu 16:23)
L’unité dans l’Esprit plutôt que dans le dogme
Hélas, tout le monde ne résiste pas de la même façon à la tentation et bien des chefs d’églises ont cherché, souvent avec les meilleures intentions du monde, à imposer leur volonté aux autres, disant en quelque sorte : que chacun laisse de côté sa propre sensibilité et pense ce que je décide qu’il est juste de penser, que chacun fasse ce que je décide qu’il est juste de faire, que tout le monde se range docilement sous ma gouvernance et tout ira bien, ce sera la paix sur terre. C’est la tentation à laquelle Jésus a résisté. Jésus n’est pas comme ça, il accepte la diversité des sensibilités, celle de Pierre, celle de Jean, celle de Matthieu et de Thomas, celle même d’un centurion romain (qui rendait nécessairement un culte à César comme dieu). Qu’est-ce qui fait alors l’unité, la concorde entre les humains ? L’amour, selon Jésus : l’amour de Dieu, le lien personnel de chacun dans l’écoute directe de Dieu, et l’amour de notre prochain, le respect de ce qu’est l’autre et non la tentation d’avoir du pouvoir sur l’autre. Ce qui nous unit, ce n’est donc pas un humain, ni un dogme, ni une institution : c’est l’Esprit Saint, nous dit Paul, valorisant la diversité des membres du « corps du Christ » (1 Corinthiens 12) :
« C’est dans un seul Esprit que nous tous — soit Judéens, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres — nous avons reçu le baptême pour appartenir à un seul corps ; et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit.” (1 Corinthiens 12:13)
C’est ainsi que votre démarche simplement personnelle, authentique, sincère de recherche de Dieu est tout à fait dans la ligne de ce que propose Jésus. De toute façon, vous pouvez faire confiance en Dieu.
Penser librement et cheminer avec l’Église
Rassurez-vous, dès qu’on se met à penser, on est déjà un hérétique aux yeux de tout intégriste. Il en est de même dans toute tyrannie. Quand une personne, particulièrement dans le cadre de la foi chrétienne, se permet de juger la foi de quelqu’un d’autre, ce regard est alors largement plus révélateur de la foi de la personne qui ose juger la foi d’une autre personne. Nous avons un seul juge, c’est Dieu, et il est bienveillant car il nous aime. Bien sûr que nous pensons certainement d’une manière imparfaite, mais ce n’est vraiment pas ça qui va chagriner Dieu, il nous accompagne avec tendresse, et notre sincérité est une ouverture à son action bienveillante et douce.
Ensuite, dans votre pratique de l’église, il convient de saisir le mode d’emploi de l’église : la prendre pour ce qu’elle est, une institution faite par les hommes, une institution à la fois merveilleuse et pécheresse, évidemment, comme nous le sommes tous, l’église étant composée d’humains comme nous.
Je pense qu’il est profitable de participer à votre rythme aux activités que vous choisirez et particulièrement, je pense, la messe du dimanche matin. Mais ça peut être aussi des retraites dans des monastères. Je pense que c’est très bénéfique, mais ça ne veut pas dire qu’on est d’accord avec tout, il faut prendre l’église telle qu’elle est avec bienveillance en prenant le meilleur sans se chagriner du reste. Là aussi, ce sont des scories, dans le temps on en jonchait les routes, on peut donc cheminer dessus.
Dans l’église, on rencontre des personnes merveilleuses, on rencontre des personnes en recherche que l’on peut éventuellement accompagner, la diversité des témoignages étant bénéfique pour ces personnes. Et puis il y a des personnes qui sont étroites d’esprit, dogmatiques, moralistes et jugeuses, certes, mais c’est leur problème. On ne peut pas les guérir, Dieu seul. Il suffit d’éviter de discuter avec de telles personnes, car cela les trouble et ça dépense une énergie tout à fait gaspillée de débattre âprement de sujets théologiques en église. On ne peut discuter ardemment de vie et de théologie qu’avec des personnes qui veulent vraiment dialoguer et qui sont bienveillantes, à ce moment-là, oui, cela vaut la peine.
Nommer Dieu dans la prière personnelle
En ce qui concerne votre définition, je la trouve excellente sur le plan théologique. Pour le quotidien de votre prière, à mon avis, il est bon simplement de trouver quelque chose de plus court. Certains utilisent la métaphore d’une source, cela rejoint d’ailleurs votre définition, on peut effectivement appeler Dieu dans notre prière « Ô toi, la source », c’est quand même plus court. Plus simplement encore dans notre prière, on peut l’appeler « Toi », mais c’est effectivement à chacun de voir ce qui l’aide à prier, bien sûr. C’est pourquoi Jésus insiste pour que nous prions dans notre intimité (Matthieu 6:6).
En tout cas, vraiment bravo pour votre démarche que j’ai trouvée, enrichissante, sincère et belle.
Dieu vous bénit et vous accompagne,
En écho à ce texte :
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Je n’arrive plus à « imaginer » Dieu comme une entité extérieure à moi, à lui dire « tu », à dialoguer.
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Quelle église choisir quand on a la foi en Christ mais qu’on se sent libre ?
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Faut-il prier Dieu ou Jésus ? Entre doutes doctrinaux et liberté de foi
