Quels outils possède-t-on pour calmer le rythme, pour prendre le temps de vivre ?

Par : pasteur Marc Pernot

une autoroute urbaine déserté, de nuit - Photo by Marian Beck on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour

Par ce mail, grâce à votre site, je souhaiterais me confier à vous et avoir votre retour sur ce qu’est la foi aujourd’hui dans notre société qui ne sait plus faire sans vitesse, sans le virtuel et certaines de ses dérives.

Bien qu’on soit conscients que la modernité et sa technologie prouvent de nombreux bénéfices et avantages, l’on ne peut nier également que notre société à radicalement changé.

L’image de soi, le rapport au temps, aux activités, tout semble chamboulé.

Une grande majorité ce que l’on fait me semble un peu plus brouillon qu’avant, je vois moins de soin dans la présence aux autres, plus de soi à soi, ou plus précisément à l’image de soi.

J’ai l’impression que l’homme d’aujourd’hui s’essouffle dans sa surstimulation.
Écrans, informations, vitesse…

Parfois, au détour d’une rencontre, un échange dans le calme me fait me dire que oui, le monde est en train de basculer dans une activité constante, sans repos, dans un enchaînement de tâches incessant.

Les opinions, les choix, notre place dans cette société, j’ai l’impression que la profondeur de l’homme est délaissée, qu’on ne se rencontre et ne se juge qu’en surface, qu’on ne cherche que l’apparence et l’efficacité.

Face à cela, je me questionne sur le rapport à la foi.
Vivre sa foi, se sentir béni d’être simplement en vie, sans chercher à plaire ou à correspondre aux normes d’aujourd’hui, est-ce possible ?

L’entourage de chacun petit à petit se constitue de ce genre d’individus pris dans la course à l’image d’une part, et dans celle de l’efficacité dans son rôle dans la société.

Cette vitesse m’empêche de m’arrêter devant un arbre, m’empêche de voir les miracles omniprésents de la beauté du monde.

J’aime la vie et les gens, et je rencontre des gens ouverts, non centrés sur eux-mêmes évidemment, et chacun a ses raisons d’être ce qu’il est.

Mais objectivement, on ne peut nier cette évolution du monde et de l’homme qui constitue une part de la société, du moins en France.

Alors, quels outils possède t’on pour calmer ce rythme, pour prendre le temps de vivre  » en vrai », sans se perdre, sans s’isoler et sans perdre l’espérance, en restant conscient de nos limites humaines, de la brièveté de notre existence et de la force du vivant dont on detourne les yeux ?

Un grand merci à vous et une belle journée.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Grand grand merci, c’est passionnant.

Effectivement, vous mettez le doigt sur une faiblesse assez fondamentale de le personne et de la société contemporaines.

C’est probablement à la fois possible et impossible de « Vivre sa foi, se sentir béni d’être simplement en vie, sans chercher à plaire ou à correspondre aux normes d’aujourd’hui », il s’agit plus d’un infléchissement, d’un cheminement, d’une progression que de pouvoir s’extraire totalement des conditions de la personne humaine dans la société contemporaine. Ou alors il faudrait vivre en ermite au fond de la toundra ce qui n’est pas le but non plus, l’humain étant par vocation un animal spirituel et social. En lien avec Dieu et membre d’un corps.
Ce qui me semble possible et utile est de se donner du temps (pas trop mais juste ce qu’il faut), et les moyens (adaptés à ce que l’on est au moment présent de son cheminement); afin d’être dans une dynamique positive en ce domaine.

Le premier excellent point est de faire un juste diagnostique des points de fragilité, ce que vous avez fait magnifiquement. Ensuite, il convient de reconnaître aussi les atouts, les chances, les forces, les acquis du temps présent. Il y en a de précieux à notre époque. Par exemple avec la crise écologique, c’est certainement grave, seulement il y a une conscience bien plus aiguë aujourd’hui de notre responsabilité personnelle sur l’avenir de la planète. C’est un point extrêmement positif. Autre exemple : avec cette pénible pandémie nous avons pris conscience que nous sommes sur la même barque, appelés à lutter tous ensemble, et que nous vacciner dans nos pays riches ne suffit pas à nous s’en sortir. C’est pas mal. Ensuite, nous avons une connaissance bien plus ouverte, encyclopédique, cela fait plus appel à la synthèse et moins à la mémoire : c’est un changement important que nous devons apprendre à maîtriser, certes, mais cela peut vraiment être qualitativement intéressant….

Le second point est de se donner les moyens pour avancer. C’est comme pour la forme physique, afin de s’affûter, ce n’est pas bien difficile, cela demande de prendre quelques légères mesures d’hygiène alimentaire et d’exercice et de les tenir dans la régularité, et cela va rapidement bien mieux. C’est la même chose pour ce qui est de notre façon d’être. Cela demande un léger effort de réflexion théologique et philosophique + léger effort de prière + de contemplation pour se poser dans la vie et reprendre son souffle. Les activités de l’église sont à prendre comme de simples exercices nous aidant à nourrir ces démarches, donner des outils.

Pour ce qui est de la « contemplation », il me semble que pour bien des personnes cela fait du bien de reprendre contact avec la nature. Voir aussi cette courte méditation sur le Psaume 8.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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