Quelle position avoir face aux livres apocryphes ? Qui les reconnait ? qui ne les reconnait pas ?

Illustration : un manuscrit ancien - Image: 'Museumsnacht 2015 #21' by Stadtbibliothek Chemnitz 
 https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/ http://www.flickr.com/photos/45225897@N08/17671046381

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur,

Merci de votre site, de votre ouverture, de votre écoute….

Quelle position avoir face aux livres apocryphes ? Qui les reconnait ? qui ne les reconnait pas ?

Merci de votre réponse, de prendre toujours le temps de le faire avec bienveillance et honnêteté à chacun !

Je profite de ce mail pour vous souhaiter le plein d’une Espérance dont nous avons tellement besoin !

Réponse d’un pasteur :

Bonjour et Merci pour votre message, pour vos encouragements !!!

Par définition, les livres qui sont dans la Bible (les livres dits « canoniques ») sont les plus importants pour les chrétiens car depuis le IIIe siècle, ils se sont mis d’accord pour considérer cette sélection de livres comme étant la base de la base. C’est une sorte de « best off » des livres du judaïsme (pour l’Ancien Testament) et un best off des livres chrétiens du Ier siècle (formant le Nouveau Testament). Cette compilation a été faite dans les premiers siècles de notre ère, à une époque où il y avait encore une grande liberté et donc une diversité assumée dans le judaïsme et aussi dans le christianisme. Cela fait que la sélection de ces textes intègre des sensibilités théologiques et spirituelles assez différentes.

Quel intérêt de faire une sélection d’un nombre limité de livres ? C’est afin d’avoir une base commune de discussion dans cette diversité. C’est aussi parce qu’à l’époque les livres étaient rares et très chers (il fallait tout recopier à la main). Cette sélection est quand même assez large, plus de mille pages de styles et de contenus variés, cela forme une sorte d’équipement de base d’une église.

Comment ces livres ont été choisis ? c’est le côté pratique, concret, qui a prévalu : ont été sélectionnés les textes qui s’étaient révélés être les plus « efficaces » pour nourrir la réflexion et la prière d’un grand nombre de personnes. Pour la plupart des livres sélectionnés, il y a eu un facile consensus, de la même façon que toutes les compilations des Beatles comprennent sans doute « let it be » parce que ce morceau « fonctionne » bien pour un grand nombre de personnes. Concernant d’autres textes il y a eu des hésitations à les mettre ou non dans la liste officielle de la Bible, certains se sont retrouvés dedans de justesse, d’autres n’ont pas été retenus (ils sont appelés « apocryphes »). D’autres enfin ont été retenus par certaines églises dans une liste supplémentaire, une sorte de 2e choix, ils sont appelés « deutérocanoniques ».

C’est donc en partie subjectif, bien entendu. Mais cela ne veut pas dire que « nous ne reconnaissons pas » les livres qui n’ont pas été retenus dans le premier lot qu’est la Bible. Parmi les livres « apocryphes », certains sont passionnants, pour leur contenu mais aussi comme témoins de leur époque (souvent plus tardive que les textes « canoniques »), et témoins d’influences diverses qui les ont influencés. Cela peut valoir le coup de les lire. Ils ne sont pas cachés, ils n’ont pas été détruits par l’église officielle (ça, c’est dans les romans fantastiques ou fantaisistes), mais ces textes ont été seulement moins diffusés, moins recopiés. J’en ai lu un certain nombre, franchement la plupart ne sont pas inoubliables, ils m’ont semblé effectivement bien moins bons que nos 4 évangiles, que les lettres de Paul ou de Jean, le livre des Actes… qui ont été sélectionnés pour faire partie de notre Bible. Mais cela vaut le coup de lire par exemple les évangiles de Thomas, de Marie (Madeleine), les écrits apostoliques… Par contre, bien des « évangiles de l’enfance » sont grotesques.

Au delà de leur valeur propre, les « livres canoniques » ont une autre qualité : c’est qu’ils sont communs à tous les chrétiens, et cela fait presque 2000 ans que nous débattons dessus. Ils faisaient partie des meilleurs textes sur le sujet, ils ont ainsi acquis une extraordinaire profondeur de sens. Ce qui n’est pas le cas des textes dits « apocryphes », moins lus, donc moins discutés.

Ce n’est donc pas un décret divin qui autoriserait ou interdirait de lire certains livres plus que d’autres. Toutes les lectures, faites dans un esprit de prière, dans une recherche de ce que Dieu pourrait nous « dire » peuvent être l’occasion de recevoir une « Parole de Dieu« . Il est cependant possible que certaines églises dites « fondamentalistes » considèrent que seuls les textes de la Bible officielle (suivant tel manuscrit plutôt que tel autre ?) est dicté par Dieu, à la lettre près (chacun pense ce qu’il veut, mais personnellement, je ne choisirais pas une église qui a ce genre de profession de foi)…

Avec tous mes vœux de bénédiction,

Bien amicalement

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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1 réponse

  1. J Legrand dit :

    Parmi ces “évangiles de l’enfance”, lesquels considérez-vous grotesques ?

    PATROLOGIA ORIENTALIS, Tomes 12, 14, et 17, (Miracles de Jésus) trad. (guèze) Grébaut.
    VOLTAIRE 1818, Oeuvres complètes (Évangile de l’enfance du Christ).
    ABBÉ MIGNE 1858, Dictionnaire des apocryphes vol.2 (Légendes et fragments).
    BRUNET 1863, Évangiles Apocryphes (Évangile de l’enfance)
    WRIGHT 1865, Contributions to the Apocryphal Literat. of the N.Testament (Infancy Gospel of Thomas).
    WALKER 1880, Apocryphal Gospels, Acts and Revelations (Infancy of the lord).
    DONALDSON – COXE 1886 Ante-Nicene Fathers Vol. 8 (The Arabic Infancy Gospel of the Savior).
    HONE 1872, The Apocryphal New Testament (The first gospel of the Infancy of Jesus Christ).
    JAMES 1924 (1983) Apocryphal New Testament (Infancy of Jesus Christ).

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