une jeune femme prie dans la nature après avoir lu la Bible - Photo de Ben White sur https://unsplash.com/fr/photos/vtCBruWoNqo
Ethique

« Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » : Dieu unit-il vraiment tous les couples mariés ?

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Le verset « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » ne signifie pas que toute cérémonie de mariage engage Dieu à jamais, ni qu’il faille rester dans un couple destructeur. Ce texte parle d’une union bien plus profonde : celle que Dieu tisse au jour le jour dans le cœur des époux qui s’aiment et se respectent.


Question posée

Bonjour Pasteur,

Ma question est en rapport avec le verset « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni ».

J’aimerais comprendre comment interpréter quand Jésus dit « ce que Dieu a uni ». Dieu unit-il tous les couples qui se marient, à l’église comme à la mairie ? Même les couples qui sont « forcés » par une pression familiale, sociétale ou autre ?

Peut-on dire que Dieu passe par des hommes (prêtre, pasteur, maire) pour célébrer un mariage et que c’est lui qui fait l’union du couple ? Dieu valide-t-il tous les couples du moment que le mariage a été célébré ?

Un prêtre m’a dit un jour que s’il ne « sent » pas un couple, il va leur conseiller d’attendre avant de se marier, mais qu’il ne refuse pas. S’il fait le mariage, on pourra quand même dire que Dieu les a unis ?

Dieu, qui sait toute chose à l’avance, unit-il des couples « dysfonctionnels » et leur impose-t-il par la suite de rester ensemble, car « que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » ?

Merci d’avance pour la réponse.

Réponse d’un pasteur

Bonjour,

Comment lire ce verset : « Ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Matthieu 19:6) ?

Cela pose effectivement question, car ce verset a été utilisé de bien étranges façons.

Dieu n’est pas un simple greffier des cérémonies humaines

Comme vous le dites, la première chose étrange est d’identifier « cérémonie de mariage à l’église » et « Dieu a uni ». C’est très arrogant de la part d’une église qui affirmerait cela : on peut se demander si les responsables de cette église ne se prennent pas un peu pour Dieu. Ou en tout cas si Dieu serait à leurs ordres, un peu comme un simple greffier qui tiendrait le registre : les humains décident de marier X et Y, et cela obligerait Dieu, qui ne pourrait rien y changer pour les siècles des siècles ?

La seconde chose est qu’il existe, en réalité, des circonstances où la séparation de deux personnes mariées est un véritable sauvetage, une bénédiction (parfois les deux époux se détruisent, et trop souvent la femme est maltraitée, voire tuée par son conjoint si l’on ne l’éloigne pas).

Une union à vivre au jour le jour, non un décret figé

Alors, comment lire cette phrase de Jésus : « que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni » ?

  • On remarque d’abord que l’on ne peut pas la lire littéralement. Car non, deux personnes mariées ne forment pas littéralement « une seule chair » : elles ont deux corps, deux ADN distincts, deux cerveaux, deux personnalités, deux rythmes, deux intelligences… à la fois distincts et unis d’une certaine façon. La base même de cette union est une alliance, et pour qu’il y ait une alliance, il faut deux personnes. Dans le cadre de la Bible, en particulier de l’Évangile du Christ, l’alliance est fondée sur l’amour, le souci de l’autre, le respect mutuel, le service mutuel.
  • On remarque ensuite que la traduction « Dieu a uni » n’est pas tout à fait exacte, car en grec le verbe unir est à l’aoriste et non au parfait (désolé pour ces précisions techniques) : il est donc plutôt question de « Dieu unit, au jour le jour », plutôt que « Dieu a uni une fois pour toutes dans le passé ». Et cela correspond effectivement bien mieux à ce que vit un couple.

Par conséquent, c’est à mon avis simpliste, et passablement trompeur, de considérer que « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni » désigne la cérémonie de mariage et le divorce. C’est beaucoup plus profond que cela. Il est question de Dieu comme source d’union dans le couple, comme source de cheminements convergents pour les époux, comme source d’amour renouvelé. Dieu est vivant et source de vie. Ce n’est pas un petit personnage obtus et colérique, incapable de comprendre l’évolution d’une situation.

Le sens profond de la cérémonie de mariage

On est d’accord que l’idéal est que le couple vive d’une belle façon dans la fidélité (à tout point de vue) pour la vie tout entière. C’est effectivement bien le projet du mariage. Et c’est sur ce projet de deux personnes que nous demandons la bénédiction de Dieu lors de la cérémonie de mariage. Dieu n’a pas besoin de cette cérémonie pour bénir et accompagner, car il regarde aux cœurs et veut de toute façon le meilleur pour nous. Cette cérémonie est une chance pour nous, les humains, de nous ouvrir à cette bénédiction de Dieu, une façon de faire place à Dieu et à son action bienfaisante dans la vie des époux, dans leurs cœurs, leur façon de vivre et d’espérer, dans leurs forces.

C’est vrai qu’il est possible de s’ouvrir à Dieu sans cérémonie, et pour Dieu c’est sans doute tout aussi « valable ». Mais nous, humains, ne sommes pas de purs esprits, et le rite, la cérémonie et sa préparation, les formes, le temps mis à part pour cela, les proches qui sont autour… tout cela participe à graver dans les fibres de notre être, dans toutes ses dimensions, cette alliance et la place de Dieu pour la vivre. Ainsi que pour les proches des époux. La cérémonie de mariage est donc précisément une façon de faire place à ce « Dieu unit ». Et comme je le soulignais plus haut, ce n’est pas un temps ponctuel unique, quand le pasteur ou le prêtre prononce la bénédiction, mais cette action bienfaisante de Dieu est ensuite à vivre au jour le jour.

Dieu, source de vie et d’union, jamais de maltraitance

Dieu est une source de vie, en vue du meilleur.

Et Dieu est vivant : il tient compte, bien évidemment, de la situation présente afin de nous aider. Cette aide nourrit et renforce le meilleur de chacun, soigne ce qui est souffrant. Donc, oui, il est une formidable source d’union, et même d’amour entre les personnes. Une dimension essentielle de l’aide de Dieu est de nous ouvrir les yeux, d’ouvrir des possibilités nouvelles et de nous donner la force de discerner quelle voie est la meilleure, et d’avoir la force de bien choisir, avec l’aide de Dieu.

  • Il arrive que Dieu nous indique que la meilleure solution, parfois la seule solution pour rester en vie, est de se séparer. Et se séparer n’est alors pas être en contradiction avec la volonté de Dieu. Car Dieu est source de vie, non source de mort, de souffrances, ni de maltraitance.
  • C’est quand Dieu est en train de tout faire pour nous unir qu’il serait mauvais d’aller contre lui, en laissant le couple se dégrader, ou même en étant source de division, d’égoïsme, source de mépris de l’autre. On est tout à fait d’accord.

Il est très dangereux d’enfermer les personnes dans les liens du mariage ; c’est encore pire quand on attribue cet enfermement à une prétendue volonté de Dieu, volonté qui serait inflexible et brutale. C’est dangereux, car des personnes maltraitées sont parfois poussées à subir cette situation à cause de ce genre de leçon. En plus, cela leur donne une sorte de peur de Dieu, comme si Dieu voulait les enfermer dans cette situation de maltraitance, comme si cette immense souffrance était sa volonté. Bien sûr que non.

C’est en plus accorder trop d’importance aux humains et à leur cérémonie, comme si Dieu était enfermé à jamais dans la décision d’un moment et la cérémonie conduite par l’église. Or, Dieu est le créateur de l’univers et il est vivant. Non, il ne connaît pas tout à l’avance : dans la Bible, on voit bien des histoires où Dieu est surpris par ce que l’humain fait ; il regarde, il réagit pour essayer de sauver au mieux l’avenir des personnes. Il y a une très belle promesse, celle par laquelle Dieu met en confiance Jacob pour qu’il ait le courage de tracer son propre chemin librement : Dieu lui promet « Je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras… » (Genèse 28:15). Cela veut dire que Dieu nous bénit a priori, que nous pouvons choisir par nous-mêmes et que Dieu fera au mieux pour nous aider. Donc, même si nous ne choisissons pas tout à fait la personne qu’il aurait choisie pour nous, Dieu fera tout pour nous aider sur ce chemin.

Heureusement, Dieu est plein de compassion et de compréhension. Il nous éclaire et nous relève chaque jour. Tout cela est donc à voir directement avec lui, en vue des circonstances présentes de votre vie, sans vous laisser impressionner par des personnes ou des communautés qui aimeraient beaucoup prendre la place de Dieu pour diriger votre vie…

Dieu, lui, vous bénit et vous accompagne.

Par : pasteur Marc Pernot

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5 Commentaires

  1. Jo dit :

    Quelle liberté ! Quelle intelligence des écritures ! Quel ressourcement !

    1. Marc Pernot dit :

      Et quel message d’encouragement sympa !!!

  2. Isabelle dit :

    Aoriste, Dieu merci !

  3. Pascale dit :

    Même si ce n’est pas le contexte du verset, peut-être qu’on peut aussi voir dans ce « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu unit » une incitation à la plus grande prudence et au respect lorsqu’on donne des conseils, voire plus (!), sur le choix d’un éventuel conjoint pour un couple en devenir, par exemple en tant que parent, et pour éviter notamment d’y projeter ses propres désirs. On en revient si facilement à cette tentation de se prendre pour Dieu, ou de parler à sa place.

    1. Marc Pernot dit :

      Je trouve votre remarque hyper-pertinente.
      Mil mercis

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