
L’étoile des mages : envoyée par Dieu ou par Satan ?
Un lecteur se demande si l’étoile des mages, dans l’évangile de Matthieu, a pu être envoyée par Satan puisqu’elle conduit d’abord à Hérode. Un pasteur explique pourquoi la Bible reste fondamentalement monothéiste, et ce que le récit des mages révèle sur les chemins multiples et inattendus qui mènent vers le Christ.
Question posée :
Bonjour,
j’ai des amis qui font partie des témoins de Jéhovah et avec qui j’ai souvent la possibilité de débattre sur des thèmes religieux ou spirituels. Ils ont des idées intéressantes, avec lesquelles je suis parfois en accord, bien que souvent nos idées diffèrent, étant protestant pour ma part.
Récemment, nous avons débattu sur l’étoile qui guida les mages dans l’évangile de Matthieu. Mon ami prétendait que l’étoile avait été envoyée par Satan pour mener les mages jusqu’à Hérode, qui ordonna par la suite le massacre des innocents, pour essayer de faire mourir Jésus.
Personnellement, j’ai toujours pensé que l’étoile avait été envoyée par Dieu, mais dans ce cas, pourquoi est-ce que l’étoile a conduit les mages d’abord à Hérode ? Cet argument ayant été utilisé par mon ami, je ne sais plus trop quoi croire. Pourriez-vous m’aider ? Qu’en pensez-vous ?
Je tiens à vous remercier et à vous féliciter pour votre site intéressant, sur lequel j’ai déjà pu trouver bon nombre de réponses à mes questionnements. En vous remerciant d’avance pour votre réponse, je vous prie de recevoir mes salutations les meilleures.
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir,
c’est tout à fait une question de saison (il se trouve même que nous lirons ce texte dimanche prochain au cours du culte). Cette question est intéressante, et aborde plusieurs points, à mon avis.
Une puissance du mal ? Ce que dit vraiment la Bible
D’abord, je ne pense vraiment pas qu’il existerait une puissance transcendante du mal (diable, Satan, Lucifer, ange déchu, etc.).
La Bible est en général radicalement monothéiste, même si l’on peut parfois y trouver quelques passages où il existerait une assemblée de dieux multiples, et des passages où il semblerait exister une sorte de dieu méchant qui chercherait à faire le mal alors que Dieu cherche à créer la vie. Cette idée est apparue chez certaines personnes du peuple hébreu sous l’influence des théologies babyloniennes, qui considèrent effectivement qu’il y a deux dieux, un créateur et un destructeur, un dieu de la lumière et un dieu des ténèbres, des anges de lumière et des anges des ténèbres.
Mais il n’est évidemment pas obligatoire de devenir pour autant polythéiste ou croyant en l’existence du diable ! En effet, la plupart du temps, la Bible est monothéiste et Dieu est source de vie, comme dans le récit de création du début de la Genèse. Ce récit reprend des mythes babyloniens bien connus (qui sont mille ou mille cinq cents ans plus anciens que le texte biblique, et nous en avons des originaux sur des tablettes d’argile couvertes de caractères cunéiformes), mais le récit biblique enlève toute référence à un dieu destructeur : il n’y a absolument qu’une seule puissance transcendante, un seul Dieu, il n’est source que de vie et il lutte contre le chaos, pas contre un Satan…
Le sens de l’étoile des mages
Pour ce qui est du texte de l’étoile du livre de Matthieu (chapitre 2), que signifie cette étoile ?
Il me semble que ce texte est d’une extrême ouverture : ces mages représentent ce qu’il y a de plus éloigné de ce que propose la Bible pour avancer vers Dieu. Ils sont un peu sorciers, magiciens, astrologues, dans un sens. L’Évangile annonce ainsi que même ces personnes-là peuvent arriver à trouver le Christ par leur art assez discutable. Alors, à plus forte raison, le scientifique peut cheminer vers le Christ par la science, le musicien par la musique, l’agriculteur dans le soin de ses bêtes et de la nature, le professeur dans l’interaction avec les élèves, le philosophe par la philosophie, etc.
Une étoile qui s’efface : une leçon pour l’Église
Seulement, cette étoile a la sagesse de ne pas se prendre pour le but en elle-même : elle s’arrête et s’efface dans l’histoire ! C’est une leçon de sagesse pour l’Église, pour le croyant, pour le théologien : désigner le Christ, envoyer vers Dieu, afin d’établir une ligne directe entre la personne, le Christ et Dieu. Une Église qui se respecte ne doit pas se prendre pour le but. Aider toute personne, de toute sorte, à avancer. Puis l’Église doit alors s’effacer, elle doit accepter de n’être qu’un coup de pouce et que l’expérience du Christ et/ou de Dieu se fasse en dehors d’elle et sans elle ! D’ailleurs, l’étoile aussi disparaît. Après la rencontre avec le Christ, ces hommes seront éclairés directement par Dieu quand cela sera nécessaire, et ils retourneront « par un autre chemin » qu’à l’aller vers leur existence et leur pays, c’est-à-dire eux-mêmes, mais transformés : ils sont alors plus eux-mêmes que jamais.
Bravo de discuter de théologie, avec respect et en restant libre vous-même. Il n’est pas utile de chercher à convaincre vos amis d’une autre religion ou d’une autre église, mais c’est une très bonne idée, comme vous le faites, d’en profiter pour vous poser des questions et donc de progresser vous-même.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
par : pasteur Marc Pernot
À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la notion de Ciel, ou sur ce que signifie diable – satan, voir les articles dédiés dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Vous dites que Dieu ne fait que le bien, mais il existe des textes de la Bible où Dieu fait aussi le mal ?
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Dans les écritures on parle du diable, est ce une partie de nous même ? Et les miracles ?
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Qu’est-ce qui fait avancer ces mages venus d’orient ? (Matthieu 2:1-12 ; Ésaïe 60:1-6)

Bonjour,
Je remarque que vos interlocuteurs ont du mal à lire les textes bibliques au deuxième degré. Ce qui s’explique en partie puisqu’ ils ont des amis témoins de Jéhovah, qui ont pour spécificité une lecture du texte biblique au premier degré ! En conséquence, il me semble que toutes vos explications vont donc taper à côté (excusez le côté carré de mon avis, mais autant être franc).
D’ailleurs, je dirai même que « nous sommes tous des témoins de Jéhovah » (n’ayez crainte : c’est une image) ; ainsi le « concordisme » est-il un travers encore très répandu parmi nous, à savoir que nous rêvons tous encore de faire concorder nos expériences sensibles et rationnelles avec les objectifs le plus souvent inconscients de notre psyché et de notre foi. Or, cela est impossible. Car la science et l’Histoire ne rencontreront jamais Dieu ni la foi. C’est dur à dire et à penser, mais c’est comme ça, à moins de se mentir à soi-même et aux autres en même temps.
La mort de Jésus sur la Croix signe justement cette impossibilité. L’hymne de Paul (1 Co. 13, 1-13) qui a bien été obligé de donner un nom à ce qui dépasse toute intelligence et toute expérience (agapè), voilà pour moi, à mon avis, l’étoile qu’ont suivi les mages de Matthieu…
Bien à vous,
Wilfred.