La sexualité ne me plait pas, j’ai demandé à Dieu de m’aider, mais non. J’aimerais rencontrer un homme.

Par : pasteur Marc Pernot

Un homme seul, en montagne, comme pensif - Photo by Majkl Velner on Unsplash

Question d’un visiteur :

Bonjour Marc

Depuis quelques temps je pense à l’amour
J’ai lu 1 corinthiens 13, bien entendu si cela est aimer alors je n’ai jamais aimé ni connu quiconque..
Quand on dit je t’aime que disons nous en fait ?
J’ai envie de toi ? Je me sacrifierais pour toi ? Ou je t’aime bien ?
L’amour est au centre de tout dans les chansons, les discussions mais ce n’est pas cela..
Quand un homme vient vers moi il dit je recherche une relation sérieuse basée sur l’amour et le sexe car c’est important (le sexe bien entendu) alors que pour moi pas grande importance, je voudrais rencontrer cet homme celui qui serait comme moi.
Oui tout est un peu mélangé dans mon écrit mais pour moi l’amour c’est prendre soin de l’autre, être fidèle dans tous les sens du terme oui un peu d’intimité mais sans plus.
Je suis perdue entre être avec un homme avec beaucoup ou peu d’implication comme chacun chez soi ou finir ma vie seule car je ne comprends et n’ai jamais rien compris des rapports hommes femmes sinon que des gros remous, des faux semblants..
Cela fait 10 ans que je suis totalement seule, que je n’ai pas été avec un homme.
Avant c’était facile mais avec du dégoût, juste l’envie d’entendre je t’aime ou que l’on me câline c’est tout. Puis j’ai tout arrêté car j’ai pris conscience que la sexualité ne me plaisait pas autant que je le disais et surtout qu’il n’y avait pas d’amour pour l’homme mais une image paternelle. En même temps je me disais que j’avais un problème pour ne pas avoir une vie sexuelle car pour moi vouloir être avec un homme il faut forcément du sexe, grand dilemme pour moi. Je priais mais en fait cela ne changeait rien qu’une grande blessure.
J’ai 59 ans rien ne changera en moi car cette peur de l’homme est là et peur de moi car je ne veux mentir ni faire semblant d’aimer le sexe comme j’entends les autres en parlent. Je ne suis pas contre mais…..
Pas de psychologue, j’ai tenté.. Et dieu bah c’est dieu.
Merci de me lire Marc et si ma confession vous blesse, pardon mais j’ai mal et j’avais besoin de le dire et pas à n’importe qui.
Bien amicalement

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

On a tout à fait le droit d’être asexuel. De ne pas être intéressé par « la chose ».

Hélas, ce n’est pas assez connu, mais il y a bien plus de personnes comme cela que l’on pense. Il peut y avoir des personnes qui ont subi des traumatismes sexuels et qui sont devenues craintives en ce domaine. Mais souvent c’est juste comme cela, et c’est alors normal. C’est simplement minoritaire. Comme pour la couleur, même si seulement 2% de la population mondiale a des yeux verts, ne n’est pas une maladie pour autant, et l’on peut considérer cela comme normal et ayant sa beauté, bien sûr. De même en ce qui concerne le fait d’être asexuel, si cela fait partie de la personnalité de quelqu’un, la personne est à aimer comme ça, bien entendu. Il n’est pas question qu’elle se sente obligée de se forcer. Je ne pense pas que ce serait bon pour cette personne, et donc pas pour son couple éventuel, et donc pas bon non plus pour le conjoint éventuel.

La question, c’est qu’une majorité écrasante de personnes aime le sexe, et que bien des moralistes et de magazines parlent de la sexualité du couple comme essentielle, comme un ciment du couple, etc. Et bien ce n’est pas le cas de certaine personnes ni de certains couples. C’est une injure de dire à une personne qui n’a pas d’attirance pour les ébats sexuels que ce serait une maladie, c’est péjoratif contre sa personnalité profonde. L’humanité est riche de sa diversité.

Vous pouvez assumer publiquement le fait d’être une personne asexuelle. Ce n’est pas si mal vu, il me semble que cette qualité ne suscite pas tellement de rejets de la part de la population même non cultivée, c’est plutôt considéré comme exotique. Je pense que vous verriez des personnes se confier à vous avec soulagement en disant : « toi aussi ? je n’osais pas en parler de peur que l’on me traite de malade ». C’est vrai que l’on est jamais à l’abri de croiser une personne méchante, elle aurait peut-être tout autant eu une parole méchante contre une personne aux yeux verts.

En ce qui concerne l’amour, et sa définition, c’est bien connu que la langue française est un peu pauvre dans le vocabulaire et que l’on parle d’aimer le chocolat; d’aimer un ami, d’aimer son enfant, d’aimer comme les amoureux des bancs publics, ou d’aimer son prochain (comme le dit Jésus). Et que cela n’a rien à voir. Ce ne sont d’ailleurs pas les mêmes mots dans le grec du Nouveau Testament. Dans la lettre de Paul, l’amour dont il est question est « agapè » qui est chercher l’épanouissement de l’autre. Cela peut tout à fait être complémentaire de s’épanouir soi-même dans la présence et l’intérêt que l’autre me porte. Cet amour là est appelé en grec « eros ». Mais ni l’amour agapè ni l’amour eros n’implique l’erotisme au sens français. Cela n’a rien à voir, car il est possible de vivre des relations sexuelles en cherchant à faire plaisir à l’autre, c’est alors de la sensualité vécue dans l’agapè, et peut être aussi dans l’eros. Et il est possible, heureusement, de vivre une belle relation de couple sans du tout de relations sexuelles et d’être dans l’eros au sens ou l’on est soi-même heureux et épanoui de ce qu’est l’autre dans notre vie, et aussi avec de l’agapè, bien entendu. Sauf que l’agapè ne doit absolument pas amener à se vider de soi-même, mais à être soi-même en vérité et de mettre ce que l’on est dans une relation la plus belle possible avec l’autre. C’est pourquoi Jésus a bien raison de parle d' »aimer son prochain comme soi-même », aimer son prochain demande aussi, demande d’abord, de s’aimer soi-même. Cela vaut bien entendu sur notre personnalité profonde et donc en ce qui concerne notre rapport personnel au sexe.

Il me semble que vous connaissez parfaitement cet agapè dont par Paul dans 1 Corinthiens 13. Vous en parlez très bien « l’amour c’est prendre soin de l’autre, être fidèle dans tous les sens du terme ». On ne peut mieux dire. Ensuite, l’amour dont parle ici l’apôtre Paul est Dieu lui-même, nous sommes en chemin vers Dieu, et c’est effectivement pas à pas, avec son aide, que l’on peut approfondir cette qualité d’amour. Vous parlez aussi parfaitement de ce que l’on attend soi-même pour soi-même dans le couple. Mais sans la fidélité dans tous les sens du terme que vous évoquiez, c’est vite insupportable, et simuler un intérêt pour les jeux du sexe alors que l’on en a pas n’en fait pas partie, et mettre la pression sur l’autre pour qu’il fasse ce que l’on aime pas est tout à fait en dehors d’une relation basée sur le respect et la fidélité. Le sexe n’est pas un besoin. L’air, l’eau, les aliments, les soins de base font partie des besoins car nous mourrons si l’on en est privé. Dans une certaine mesure nous avons besoin aussi d’un minimum de sociabilité et de spiritualité, je pense. Mais le sexe, non. C’est un désir fréquent, oui. Il est possible d’y répondre par soi-même si l’on veut. Mais pas en forçant une autre personne, ce serait tout à fait scandaleux, inhumain.

Votre prière pour devenir une ardente partenaire sexuelle est compréhensible, afin de rentrer dans les standards et de faciliter la rencontre avec l’homme standard. Mais toute personne qui vous aime un peu d’agapè vous aime vous, avec votre personnalité. Dieu aussi, Dieu plus que tout, et il ne cherche pas à changer votre personnalité mais à vous aider à en tirer le meilleur. Ce qu’il peut faire comme exaucement à votre prière, c’est de vous faire sentir que vous êtes parfaite comme ça.

De même pour faire un vrai couple. Jamais l’autre n’entre parfaitement dans nos critères de la personne idéale, mais quand on l’aime cela va très bien et l’autre tel qu’il/elle est en sincérité est la personen que l’on aime. Il est très possible que vous trouviez un homme pour qui l’absence de relations sexuelles soit un soulagement aussi, lui permettant enfin de ne pas faire semblant, de ne pas avoir à chercher à être performant dans ce domaine.

Mais effectivement, on n’est pas obligé non plus d’être en couple. C’est un grand miracle que deux personnes s’entendent. Je ne sais pas si l’on peut dire d’une façon absolue que c’est mieux d’être en couple que célibataire. Ni l’un ni l’autre n’est facile. C’est une question d’occasion, certes, une question aussi de vocation, je pense. Vous semblez avoir cette vocation, cet appel à être en couple.Seulement : est-ce que c’est vraiment vous ou là encore est-ce l’idée que la société nous ordonne de trouver cela « normal » ? Un peu des deux ? C’est là que la prière est utile, afin que Dieu vous aide dans ce discernement. Et peut-être vous aide à reconnaître la bonne personne. C’est possible à 59, comme à 99 ans, je vous assure. J’ai l’impression que vous pourriez apporter énormément à une personne dans un couple. Ce n’est pas une honte non plus de chercher une image paternelle ou maternelle dans le couple, et alors ? Quel problème. Chacun son style si ça va.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

3 réponses

  1. DD dit :

    L’amour platonique cela excite, je pense que vous pouvez trouver une personne qui puisse vous rendre heureuse uniquement avec des câlins et des mots doux
    Ne désespérez pas, bon courage dans votre recherche de l’âme soeur.

  2. Sandrine dit :

    Merci Pasteur de le dire car malheureusement, quand vous prenez l’Eglise catholique par exemple, c’est totalement refusé implicitement , Une union doit être féconde et non consommée, elle peut même faire l’objet d’une annulation, de quoi vous dire que non seulement en étant assexuelle, vous n’avez aucune place, vous n’avez pas le droit d’être différent. Puisse t’elle trouver l’amour qu’elle mérite ! quelqu’un peut très bien le vivre et l’accepter cette belle façon de voir l’amour je trouve dans un monde si matérialiste où la sexualité est tellement mise en avant.

    • Marc Pernot dit :

      Merci, Sandrine,

      • Oui, c’est cruel pour les personnes asexuelles.
      • Cela induit également une pression sur les couples de « devoir de procréer ». Or, il y a mil façons pour un couple d’être fécond, pas seulement celle de la procréation (même si c’est une belle façon aussi). Faire un enfant devrait répondre à une vocation particulière d’un couple, et jamais sous la pression. Les risques humains sont assez considérables.
      • Cela est également dévalorisant pour les couples stériles, quelle qu’en soit la raison. or, il y a des couples de personnes âgées absolument merveilleux, ce sont de vrais couples, d’une grande fécondité, même sans fécondité biologique…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *