J’essaie d’apporter un peu de compassion, mais je ne sais pas si cela suffit ?

Par : pasteur Marc Pernot

illustration : un homme sans domicile fixe, 'Alexei' by Ricardo Liberato https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/ http://www.flickr.com/photos/51035655291@N01/2922275111

Question d’un visiteur :

Bonjour merci pour vos prières. Qui ont su me toucher.

J’ai une question qui me rend assez triste. Quand je croise des personnes qui sont à la rue, je ne peux pas m’empêcher de compatir, quand je le peux j’aide ces personnes, mais je ne le peux systématiquement, vivant avec des revenus très précaire, mais quand je détourne les yeux cela me rend triste et me tourmente, j’ai l’impression que Dieu me courrouce et je ne sais plus quoi faire.

J’ai conscience qu’on ne peut pas aider plus que l’on ne peut, mais voir ces gens et devoir détourner les yeux me fait mal, du coup je leur souris et essaie d’apporter un peu de compassion, mais je ne sais pas si cela suffit.

Réponse d’un pasteur :

Vraiment bravo pour ce cœur que vous avez. C’est une grande force, une qualité.

Pour piloter un tel cœur, il convient d’avoir du discernement. C’est comme si l’on avait une Bugatti Chiron, je suppose que cela demande une grande finesse dans les commandes, doser l’accélérateur et le frein, ne pas faire de mouvements trop ample avec le volant… De même quand on a un grand cœur, la difficulté est de faire preuve d’une mesure qui demande une certaine maîtrise

Pour ce qui est de mettre son cœur dans des actions, il s’agit de sentir sa propre vocation. Car si le cœur voudrait pouvoir tout donner pour aider tout le monde, ce n’est pas comme cela que cela peut marcher. Même Jésus Christ n’a pas pu visiter les esquimaux et les papous, mais a assumé sa propre mission. Il a fait au mieux. Selon ses forces. C’est ainsi que par moment, il se détache de son service pour se reposer et prier.

Sinon, ce n’est tout juste pas possible.

Donc il faut aussi de la compassion pour vous-même et trouver les contours de votre vocation propre.

C’est vrai que de temps en temps aussi Jésus se détache de sa vocation et de son repos pour aider quelqu’un qui n’entre pas dans ses priorités. Mais si c’est trop et trop souvent, si vous vous épuisez cela n’aidera personne. Au contraire.

J’en connais des personnes qui s’aigrissent à trop en faire. Mieux vaut petit et bien, venant de l’abondance du cœur et pas par culpabilité de ne pas en faire assez.

Alors bravo pour le sourire, c’est souvent l’essentiel. Vraiment. Et puis parler un peu avec la personne, apprendre ce qu’elle a envie de dire sur elle-même. Découvrir ce dont elle témoigne sur la vie en ce monde. Afin de mieux aider les personnes de la rue, si c’est ce vers quoi vous vous sentez appelé, il est peut-être bon de s’engager dans une association, car c’est souvent mieux que de distribuer des sous dans la rue. Ou au moins, aider une personne dont on ait fait à peu près le contour de la situation afin de faire un travail plus en profondeur, dans l’humain, que du saupoudrage ?

Donc, bravo pour votre action dans le monde. Mais cool.

Pour trouver et affiner sa vocation, pour la vivre à chaque instant, cela se travaille par l’intelligence et la prière. Les deux ensemble, se corrigeant l’une l’autre et se stimulant l’une l’autre.

Que Dieu bénisse vos gestes, petits et grands. Et vous-même.

Amitiés fraternelles

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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