En tant que Chrétien, selon vous, tout m’est permis, c’est bien cela ?

Une femme accablée de multiples soucis - Image parGerd Altmann de Pixabay

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour

Je lis depuis quelques mois les nouvelles que vous publiez et que je lis avec beaucoup d’intérêt.
Cependant, vos réponses m’interpellent.

En effet, elles sont extrêmement consensuelles et donc forcément toujours agréables à lire pour les personnes qui vous interrogent. Et ceci quel que soit le sujet.

Comme je n’ai trouvé aucun interdit dans vos réponses, aucune recommandation sur des conduites de Chrétien à tenir, ma question volontairement provocatrice est la suivante : « En tant que Chrétien, selon vous, tout m’est permis. Est-ce bien cela ? »

Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir et merci pour votre message, très pertinent, clair et sincère.

Je pense que vous avez bien compris la démarche. À un point près :

Oui, « en tant que Chrétien tout m’est permis »…
Mais comme le dit l’apôtre Paul « Tout est permis mais tout n’est pas utile », Tout est permis mais tout ne construit pas, et je ne me laisserai asservir par rien »

La démarche commence donc avec le « tout est permis », puisqu’en Christ nous ne sommes plus sous une Loi mais sous la grâce de Dieu, qui met fin à tout chantage, toute condition de la part de Dieu. Mais c’est alors que commence une démarche ouverte et responsabilisante de questionnement, de discernement de sa propre vocation, de choix, et d’action.

C’est l’inverse d’une solution de facilité, c’est une démarche particulièrement exigeante. Car dès lors que les options sont ouvertes, il faut à la personne individuelle se forger une capacité d’observation et de réflexion personnelle, de capacité à choisir, sans compter ensuite la force de faire ce que l’on a alors choisi d’espérer faire. Le chrétien fait cela en ayant l’humilité de demander à Dieu qu’il l’aide tout au long de ce processus et après (pour le service après vente, si je puis dire). Mais cette humilité n’est pas une humilité exagérée et déresponsabilisante, mais une humilité qui dégage notre valeur réelle, nos talents propres, notre capacité à agir dans le monde de façon créatrice et même prophétique.

C’est pourquoi, au traditionnel « Ecoute le Seigneur notre Dieu, tu aimeras Dieu de tout ton cœur, toute ton âme, toute tes forces » Jésus ajoute « tu l’aimeras avec intelligence », avec toute ton intelligence, celle de la tête, de la foi, du cœur, de l’espérance.

Et c’est bien ainsi, car toute vie est si particulière. Et dans tout moment un peut délicat de notre vie, nous ne choisissons pas entre le bien et le mal, mais entre de multiples solutions qui ont toutes une part de bien et une part de mal.

Saint Augustin évoque bien cette façon d’être proposée au chrétien en lieu et place de la soumission à une morale toute faite. Dans son commentaire de la 1ère lettre de Jean, il écrit ce célèbre :

Une fois pour toutes,
Ce bref commandement t’est donné :

Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour
Si tu parles, parles par amour
Si tu corriges, corriges par amour
Si tu pardonnes, pardonne par amour.
Aie au fond du cœur la racine de l’amour
De cette racine, il ne peut sortir que du bien

« En cela consiste l’amour.
Dieu a fait paraître son amour pour nous,
en envoyant son Fils unique dans le monde,
afin que nous vivions par lui.
Et voilà en quoi consiste cet amour :
ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,
mais c’est lui qui nous a aimés le premier »

Augustin

C’est fidèle au souffle de liberté et de responsabilité qu’a apporté Jésus-Christ.
Mais pour que ce commandement « aime et fais ce que tu veux » marche, encore nous faut-il « aimer » et il faut ensuite savoir ce que l’on veut.
Ni l’un ni l’autre ne vont de soi.
Augustin souligne que Dieu peut nous donner d’aimer véritablement, cela nous encourage à nous ouvrir profondément et régulièrement à lui par la prière.
Et seule une réflexion personnelle peut nous donner de savoir ensuite ce que l’on veut, cela aussi demande une pratique régulière pour nourrir et exercer notre intelligence.

Aimer Dieu, le prier ; et réfléchir par soi-même.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

Print Friendly, PDF & Email

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Pierre dit :

    C’est toujours un plaisir de vous lire Marc, merci pour tout ce que vous faites pour notre si belle communauté.

    Pierre Durand.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *