D’où vient la maladie ? Enquête dans la Bible

Un médecin - Image par valelopardo de Pixabay

L’hebdomadaire Réforme m’a demandé de lui offrir un article pour sa série sur « le corps malade ». Je vous le copie ici.

Par : pasteur Marc Pernot

La Bible affirme que le projet de Dieu pour nous est le bonheur et la vie, et que la maladie est un mal. Comment comprendre alors que ce corps merveilleux, qui est une bénédiction, tombe malade ?

Cette énigme est particulièrement angoissante. En effet, l’accident est bien malheureux aussi, il est cependant souvent plus intelligible. Quant à mourir, nous savons intellectuellement que cela nous arrivera, mais cela ne nous est encore jamais arrivé.

Mais la maladie ! Elle nous frappe à l’improviste comme un ennemi invisible. C’est pourquoi elle nous fait particulièrement sentir notre finitude. Le génie humain s’appliquant à comprendre, plusieurs réponses possibles sont proposées dans cette bibliothèque passionnante qu’est la Bible.

 

1. Le chaos

« Commencement de la création par Dieu du ciel et de la terre. La terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme ; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux, et Dieu dit… » (Genèse 1:1-2)

Dieu agit ainsi par étape pour faire émerger la vie bonne du chaos primordial comparé à une tempête n’ayant ni cause ni sens. Dieu agit en douceur comme par un souffle féminin, comme par une parole qui suggère, qui appelle.

C’est la première explication à la maladie : cette part de chaos qui subsiste dans la nature. C’est vrai que la maladie frappe souvent ainsi, tellement injustement, comme à l’aveugle. Dieu est totalement innocent de cette maladie, car il n’est pas derrière le chaos, au contraire : il travaille chaque jour pour créer la vie dans un monde encore en genèse. Et il crée l’humain à son image, il l’appelle à être co-créateur avec Lui. Cela nous appelle à soigner, à inventer des prothèses, des opérations, des médicaments… Comme dans ce récit où le roi Ézéchias est frappé d’une maladie mortelle :

« Ésaïe dit : « Qu’on prenne un gâteau de figues ! » On en prit un qu’on appliqua sur les tumeurs du roi, et il fut guéri. » (2 Rois 20 :7)

Je ne garantis pas les bénéfices thérapeutiques du cataplasme à la tarte aux figues du prophète Ésaïe, si on le prend au sens matériel, mais cet élan de soin est inspirant.

 

2. La conséquence du péché

« Si tu n’écoutes pas la voix du SEIGNEUR ton Dieu en veillant à mettre en pratique tous ses commandements… Le SEIGNEUR te frappera de consomption, de fièvre, d’inflammation, de brûlures, de sécheresse, de rouille et de nielle, qui te poursuivront jusqu’à ce que tu disparaisses. » (Deutéronome 28:15-22)

Dieu punirait en envoyant des maladies ? Certains ont pu le comprendre littéralement. Mais si l’on pense que le Christ accomplit les Écritures, ce Jésus guérissant toute personne sans distinction et annonçant que Dieu fait du bien même à son ennemi, cela amène interpréter ce genre de passages autrement. Quand Dieu dit qu’un acte n’est pas bon, c’est qu’il est source de souffrance et de mort. Il peut donc y avoir un lien entre la faute et la maladie, mais l’action de Dieu, elle, a sans cesse été en vue du bien et la santé de tous.

Ensuite, c’est comme dans la vraie vie : les conséquences de la faute frappent non seulement le coupable mais des personnes innocentes à l’entour, comme le premier enfant de David et Betsabée qui meurt de maladie (2 Samuel 12:15). Cela montre bien que ce n’est pas une punition de Dieu, ce serait particulièrement injuste.

Comprise comme cela, cette seconde explication biblique me semble intéressante, en complément de l’annonce de notre vocation à être des co-créateurs hardis, nous avons ici un appel à ne pas faire n’importe quoi, que cela a des conséquences potentiellement incommensurables sur nous et sur des innocents. Ces passages sont un appel à écouter Dieu, il éclaire et il pardonne, nous aidant à mieux avancer.

 

3. Le diable et les démons

« L’Adversaire (« le satan »), quittant la présence du SEIGNEUR, frappa Job d’une lèpre maligne depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête. » (Job 2:7)

Il arrive dans la Bible que la source de la maladie soit ainsi personnifiée. On peut y voir un reste de dualisme babylonien, avec deux puissances transcendantes, un dieu créateur et son adversaire. Personnellement, je préfère le monothéisme strict de la Genèse : il n’y a qu’un Dieu et il est bon.

Néanmoins, cette figure du mal personnifié est intéressante, car c’est une façon de s’intéresser à ce qui est à la racine de certaines de nos souffrances. Le mot « satan » signifie l’adversaire. Le mot « diable » signifie ce qui disloque. Jésus parle d’un « ennemi » qui ne tue pas seulement notre corps mais notre être profond et notre corps aussi, il nous appelle à prier pour que Dieu nous délivre du mal. Ces mots de satan, diable, ennemi, mal, démons, esprits mauvais… sont donc des fonctions plus que des créatures invisibles, ils désignent ce qui nous fait du mal, nous déconstruit. Tout cela est un appel à chercher en amont de nos maux ce qui pourrait en être la source. Et de nous appuyer sur l’aide de Dieu pour un chemin de délivrance, de guérison.

 

4. Peu importe d’où vient la maladie : agissons

« En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui posèrent cette question : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ! Tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé. » (Évangile selon Jean 9:1-4)

Pour Jésus, peu importe de savoir d’où vient la maladie, même si elle était la conséquence du péché, cela ne changerait rien : il est clair que pour Jésus : Dieu veut la santé de chaque personne, même de la plus perdue des brebis perdues. Par conséquent, si nous voyons suffisamment clair pour percevoir la souffrance d’une personne et connaître le bon projet de Dieu, nous travaillerons avec lui pour soigner cette personne, d’abord pour la santé de son corps, puis en faveur de sa relation à Dieu, comme le raconte la suite de l’histoire.

 

pasteur Marc Pernot
(Citations bibliques : TOB)

 

PS. Vous pouvez lire, si vous le désirez, cet article du « petit dictionnaire de théologie » sur la question de l’existence du mal et de la souffrance.

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2 réponses

  1. Pascale dit :

    La question peut devenir réellement obsédante lorsqu’il faut vivre avec une maladie pendant des décennies sans réel espoir de guérison et avec un corps qui nous échappe de plus en plus.
    Depuis que j’ai acquis la certitude, non pas seulement intellectuellement, mais au plus profond de moi que Dieu ne veut jamais, en aucun cas, que quelqu’un soit malade, cela m’a libérée de la question de l’origine et du sens et m’a aidée à ne plus faire de ma maladie le centre de ma vie. Bien sûr, cela ne diminue pas les difficultés ou les douleurs du quotidien mais les vivre en se sachant accompagnée par Dieu (ce que je ne pouvais pas réellement faire tout en pensant au mieux que « Dieu permet »), c’est un bien précieux qui m’aide à me tourner vers la vie et que j’espère ne plus jamais perdre.

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