Une nouvelle technique de pêche sauve le monde (Matthieu 4:17-23 ; Matthieu 13:47-50)

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pasteur Marc Pernot

 

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prédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève, le dimanche 7 mai 2023,
par : pasteur Marc Pernot

Les protestants pêchent les humains avec la foi, l'espérance et l'amour. (détail d'un tableau de Adriaen van de Venne, 1614, Rijksmuseum)
Entre Pâques et l’Ascension, nous sommes symboliquement dans un temps où le Christ nous appelle et nous forme à prendre sa suite pour sauver le monde et ses habitants. Rien de moins.

Ce « venez à ma suite » (4:19) que nous lance le Christ peut-être compris de deux façons : d’abord d’apprendre le métier en le regardant faire, puis de prendre sa suite après son départ. Suivons-le donc quelques instants en étudiant ici ses gestes et ses paroles, afin d’apprendre de lui ce métier passionnant et beau de sauveur du monde qu’il nous appelle à exercer, sans doute car Dieu nous en pense capables. Ni plus ni moins que Pierre, André, Jean et Jacques. Ils n’étaient pas du métier de sauveur de l’humanité : ils étaient pécheurs de poissons, Jésus leur propose de se reconvertir en « pêcheurs d’humains ».

Ce récit met en valeur deux facettes du métier de pêcheur que nous sommes appelés à vivre spirituellement à la suite du Christ :

  1. La première, avec Pierre et André consiste à « jeter un filet dans la mer » à la recherche de l’humain.
  2. La seconde facette du métier, avec Jacques et Jean, est de « perfectionner nos filets ».

Perfectionner notre conception du filet

Il s’agit en effet, non pas de réparer notre filet comme le disent souvent nos traductions, mais de le perfectionner, de l’améliorer (καταρτίζω). Avant de voir comment Jésus s’y prend pour pêcher, il est bon de commencer par là, il y a fort à faire en ce domaine tant l’idée que nous nous faisons souvent du salut de Dieu était et reste encore polluée par des conceptions étrangères au salut de Dieu manifesté par Jésus-Christ.

Les Égyptiens pensaient que seuls seraient sauvés ceux dont la conscience n’est pas trop lourde de multiples péchés. Le cœur de chacun étant pesé à sa mort et comparé au poids d’une plume du Dieu de la sagesse. Si son cœur est suffisamment léger, la personne pourra poursuivre son chemin vers la vie éternelle, sinon elle sera dévorée. L’orphisme des grecs enseignait aussi à avoir une vie ascétique afin de purifier notre âme et laisser le moins de place possible à la lourdeur impure de notre corps. Ces conceptions du jugement, ou encore celle du Bouddhisme avec la notion de karma étaient ainsi très soumises à la crainte d’un jugement sélectionnant des individus.

Jésus nous appelle à purifier l’idée que nous nous faisons du filet que Dieu utilise. D’abord, ce filet n’est pas pour plus tard mais il est actif aujourd’hui puisque le règne de Dieu est déjà là. Ensuite, ce filet n’est pas du genre à ne garder que certaines personnes et à en envoyer d’autres à la mort. Aucune mère et aucun père digne de ce nom ne sélectionne ainsi parmi ses enfants, comment Dieu le ferait-il ?

Voilà plutôt ce que Jésus nous donne comme conclusion de cette parabole où il nous parle du règne de Dieu, de son action ultime comme d’un filet jeté à la mer pour rassembler les poissons : « Tout scribe devenu disciple du règne des cieux est semblable à un humain, maître de maison, qui tire de son trésor des choses neuves et des choses anciennes. » Nous voyons bien que ce filet que Dieu utilise, et qu’il nous appelle à utiliser en commençant par l’appliquer en nous-même, ce filet travaille au cœur même de chaque personne, il permet d’aller chercher dans la profondeur de chaque personne les trésors qui y sont en réalité. Le filet ancien que le Christ nous appelle à jeter était du type sélection des individus les meilleurs, des filets venus d’Égypte, de Grèce ou d’Inde. Et il nous invite à purifier notre filet de cette crainte et à nous réjouir de bénéficier de ce bon soin pour nous que ce filet est en réalité.

« Tout scribe devenu disciple du règne des cieux est semblable à un humain, maître de maison, qui tire de son trésor des choses neuves et des choses anciennes. » Pourquoi un « scribe instruit du règne de Dieu » ? Un scribe est un interprète de la Bible. Il est possible de sortir une interprétation de la Bible qui donne une conception du jugement de Dieu du type filet égyptien, grec ou indien, et ce scribe aura alors sur lui-même, sur les autres et sur le monde un jugement qui tient de la menace, de la culpabilisation ou au contraire de l’orgueil en se pensant déjà retenu dans le panier des justes (au contraire d’autres qui auraient selon lui bien mérité d’être jetés dehors). Mais « tout scribe instruit du règne de Dieu » sera en mesure de chercher en profondeur de chacun avec bienveillance, comme Dieu,, et pourra remonter en surface des trésors de belles choses, anciennes et nouvelles.

Comment marche ce filet du règne de Dieu, ce filet que Dieu lui-même utilise, le filet dont l’action est une bonne nouvelle à vivre aujourd’hui ? « Le règne des cieux est semblable à un filet jeté dans la mer et rassemblant des poissons de toute espèce. » (Matthieu 13:47)

La mer est dans la Bible une image de la réalité difficile de ce monde, avec l’amertume de ses eaux et l’agitation dangereuse de ses flots. En Christ, nous sommes instruits à ne pas nous arrêter à cette réalité, et à chercher en profondeur les poissons qui y sont nécessairement, plein de poissons en chaque personne.

Le poisson est dans la Bible une figure de ce qu’il y a de meilleur de la création, car c’est bien sûr la seule créature qui n’a jamais rien eu à craindre du déluge (cette image du jugement de Dieu à l’ancienne). Le poisson est même une créature qui a toujours les yeux ouverts et qui grandit sans cesse : c’est une belle image de ce que Dieu espère pour chacun de nous, tout au long de notre vie.

Nous pouvons donc lancer notre filet, en confiance qu’en chaque personne il y a de bons poissons, et en nous aussi, bien entendu. Trouver un plein filet de poissons de toute espèce, puis les rassembler, nous dit Jésus. Recoller ainsi les morceaux d’une humanité bonne mais éparse. Recoller les morceaux de notre vie, de notre être éparpillé par les aléas de la vie.

C’est ainsi que Dieu lui-même travaille, nous dit Jésus quand il parle du règne de Dieu, de l’action de Dieu pour créer et sauver le monde. C’est ce que nous sommes instruits à faire, à la suite de Jésus, et à faire chaque jour avec l’aide de Dieu.

Suit une seconde étape dans cette technique de pêche que Jésus nous apprend : prendre un temps de recul à l’écart, sur le rivage et trier ce que l’on a recueilli en profondeur de notre humanité, en profondeur de nous-même. C’est le temps de la réflexion et de la prière, le temps d’un shabbat personnel. Le temps d’un discernement éclairé.

Qu’avons nous puisé dans les profondeurs ? De bons poissons, ils sont bien sûr à retenir précieusement. Il en a aussi de moins bons, évidemment, personne n’est parfait. Mais si l’on regarde bien, Jésus ne parle pas de poissons mauvais (πονηρὸς), ce qui était attendu après la mention du bon poisson (καλός) trouvés en abondance dans les profondeurs de l’humain. Jésus parle de bons poissons et de poissons pourris (σαπρός) comme un bon poisson que l’on aurait oublié quinze jours sur un coin de table et qui se serait gâté. Quel dommage ! Quel gâchis quand nous laissons ainsi pourrir une des bonnes dimensions de notre être en la négligeant.

Quel est donc ce travail du règne de Dieu en nous ? Cette technique de pêche que Jésus décrit exprime une façon d’aimer et de valoriser une personne, de la soigner, c’est aimer comme le Christ aime l’humain, chaque humain, en allant chercher au fond de lui le meilleur, il y en a toujours un plein filet pour qui cherche avec bienveillance et lucidité, le remonter, l’élever, le purifier de ce qui est souffrant : voilà ce que Jésus fait sans cesse. Et de multiples façons. Voilà ce qu’il nous appelle à faire maintenant à sa suite.

Voyons comment il part à la pêche, muni de cet outil de travail qu’est la grâce active.

Comment Jésus va à la pêche

« Jésus parcourait en profondeur toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la bonne nouvelle du Règne et guérissant toute maladie et toute infirmité dans le peuple. » (Matthieu 4:23)

Jésus part à la pêche avec trois actions, selon ce texte qui nous appelle à le suivre : il enseigne, il proclame l’Évangile, et il guérit.

En premier, donc : Jésus enseigne dans les synagogues : il cherche à former le scribe, le théologien et l’interprète de la Bible qui est en nous. Il affine notre capacité à nous poser des questions avec ses paraboles et son enseignement complexes. Quels sont les poissons que Jésus fait alors remonter à la surface de notre être ? C’est notre degré de conscience, notre capacité à regarder, à interpréter et à réfléchir, il dégage notre capacité à discerner par nous-même. Quant aux poissons pourris qu’il élimine en ce domaine : il nous délivre de nos illusions, de nos préjugés, de notre superficialité.

La seconde action du Christ allant à la pêche à l’humain par toute la Galilée : c’est l’annonce du règne de Dieu, de son action au jour le jour en nous, et il dit que cette action est pour nous LA Bonne Nouvelle. Quel bon poisson cela ramène à la surface de notre être ? C’est une totale confiance dans l’action de Dieu : Tout ce que nous pouvons attendre de son action est de toute façon la meilleure des nouvelles pour nous. Les poissons pourris que le Christ nous apprend à jeter au feu : c’est la méfiance, c’est la peur de Dieu, c’est l’oubli de Dieu, c’est de laisser notre foi, notre amour, notre espérance pourrir dans un recoin de notre existence distraite.

La troisième action du Christ allant à la pêche à l’humain par toute la Galilée : c’est de guérir toute maladie et toute infirmité dans le peuple. Effectivement, il y a du souffrant en nous et dans l’humanité, Dieu est celui qui prend soin de nous, et nous invite à aller aider notre prochain souffrant, comme nous le pourrons, remontant le meilleur qui est en lui. Nous sommes aussi un peu handicapés, nous dit ce récit : nous sommes comme sourds alors que nous avons des oreilles, comme aveugles alors que nous avons des yeux. Nous avons une bouche, des mains, des jambes… Christ nous apprend à aller chercher notre dynamisme créateur, à le remonter en surface, à rassembler nos forces, nos charismes, nos génies personnels. Et les délivrer ainsi du chaos de nos existences et de l’amertume de nos humeurs.

Avec l’aide de Dieu. Amen.

pasteur Marc Pernot

Textes de la Bible

Matthieu 4:17-23

Dès lors Jésus commença à proclamer : Changez de mentalité, car le règne des cieux s’est approché !

18Marchant le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, celui qu’on appelle Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer — car ils étaient pêcheurs. 19Jésus leur dit : Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’humains. 20Aussitôt ils laissèrent les filets et le suivirent.

21Ensuite, avançant plus loin Jésus vit deux autres frères, Jacques fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient dans leur barque avec Zébédée, leur père, à perfectionner leurs filets. Jésus les appela : 22aussitôt ils laissèrent la barque et leur père, et ils le suivirent.

23Jésus parcourait en profondeur toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la bonne nouvelle du Règne et guérissant toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

Matthieu 13:47-52

Jésus dit : « Le règne des cieux est semblable à un filet jeté dans la mer et rassemblant des poissons de toute espèce. 48Quand il fut rempli, on le remonte sur le rivage, puis on s’assied, on ramasse les bons dans des paniers mais l’on jette ceux qui sont pourris.

49Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront et sépareront les méchants du milieu des justes, 50et ils les jetteront dans la fournaise de feu ; là sera le pleur et le grincement de dents. »

51« Avez-vous compris tout cela ? » — « Oui », lui répondent-ils.

52Jésus leur dit : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du règne des cieux est semblable à un humain, maître de maison, qui tire de son trésor des choses neuves et des choses anciennes. »

Marc Pernot

bio de Marc Pernot

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4 réponses

  1. André dit :

    Bonjour Marc
    Je vois que dans votre message vous parlez de conceptions étrangères, est que les hébreux étaient influencés par ces idées ?
    Merci et très bon message qui nous appelles à nous laisser réparer.

    • Marc Pernot dit :

      Oui, Israël, de part sa localisation géographique, a été depuis toujours au carrefour des routes commerciales, et des grandes civilisations

  2. Rosset Claire-Lise dit :

    Cher Marc,

    Tout en lisant et aussi en écoutant votre belle prédication, je pensais à ce verset de manière récurrente : c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire selon son bon plaisir (Phil.2 : 13).

    Merci pour tout votre engagement
    Claire-Lise

  3. Pascale dit :

    Utiliser un filet pour sauver le monde est une image tout de même bien curieuse ; dans l’imaginaire classique, ainsi d’ailleurs que dans l’Ancien Testament, le filet évoque plutôt le piège dont on ne peut plus sortir. D’un point de vue spirituel, on pourrait donc y voir davantage des méthodes utilisées par des mouvements sectaires que l’action bénéfique de Dieu. Et si l’on s’en tient au premier texte, on a même l’impression que pour pêcher des humains, il faut précisément laisser les filets, ce n’est pas la bonne méthode. C’est alors une riche idée que celle d’avoir fait dialoguer ces deux textes. En comparant le Royaume de Dieu à un filet, on peut difficilement continuer à y voir un piège.

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