Vivre l’incertitude (Genèse 1:1-5 ; Romains 11:33-36 ; Jean 1:18)

L’incertitude est comme une épée de Damoclès sur nous et sur ceux que nous aimons. La science révèle que l’incertitude est au cœur même de la matière et des phénomènes complexes. L’incertitude est aussi dans notre théologie tellement Dieu dépasse ce que l’on peut concevoir. Cependant, la Bible s’ouvre sur l’Esprit de Dieu mouvant sur la surface du chaos : quelle piste cela nous donne pour vivre l’incertitude ?

(Voir le texte biblique ci-dessous)

Turner : tempête de neige en mer (1842) wikicommons - Tate Britain - Londresprédication (message biblique donné au cours du culte)
à Genève le Dimanche 27 janvier 2019,
par : pasteur Marc Pernot

La Bible commence ainsi par une phrase évoquant le chaos : le chaos et le souffle de Dieu qui se meut à la surface de ce chaos, de cet abîme de non sens et de vacuité. De quoi parle ce texte ?

  • D’une présence pleine de souffle, de mouvement et de sens effleurant l’océan d’incertitudes qui menace de nous submerger ?
  • Ce texte pourrait tout aussi bien parler de philosophie, évoquant qu’il y a deux incréés dans l’univers : la matière en chaos et un souffle appelant à l’émergence de formes organisées ?
  • Peut-être que ce texte parlerait de religion, nous appelant à rendre un culte à ce qui relierait les humains entre eux pour que la vie soit possible ?
  • Peut-être enfin que ce texte parle de l’histoire du monde avec un créateur qui entreprendrait de façonner l’univers que nous connaissons ?

Ces quatre pistes ont été explorées, avec à chaque fois des choses intéressantes et inspirantes, et des réserves que nous sommes en droit d’avoir. En tout cas il est bon de chercher à mettre en corrélation ces différents champs de notre existence : la spiritualité, la philosophie, l’éthique, la religion, et notre regard sur le monde où nous sommes. Parce que notre humanité est riche de toutes ces dimensions. Parce que dans toutes ces dimensions nous avons affaire au chaos, à l’incertitude, au non-sens, au vide ; et que pour faire face nous avons besoin d’un souffle dans le vertige qui nous prend, d’un souffle qui nous tourne vers la vie. C’est ce que nous propose la Bible. C’est ce dont témoigne celles et ceux qui se sont sentis rejoints par le Souffle divin dont parle ce texte puissant.

Parmi ces quatre points, le 4ème est le plus discutable car les hébreux qui ont écrit ce texte aux environs du Vème siècle avant Jésus-Christ n’avaient aucune connaissance un tant soit peu scientifique sur la création de notre univers. Seulement : eux aussi travaillaient dans une recherche de cohérence, partant de ce dont ils disposaient : leur expérience spirituelle et leur réflexion pour retravailler les traditions anciennes disponibles. Parmi elles, les mythes babyloniens de la création du monde mettaient en scène un dieu créateur et un dieu destructeur, des anges dans les deux camps, et les humains pour les servir. Les hébreux vont retravailler ces textes : ils gardent un unique Dieu, celui qui est créateur et purement source de bien, et ils remplacent le dieu babylonien source de destruction par le chaos, sans volonté ni sens. C’est bien intéressant car cela rend effectivement bien compte de notre propre expérience spirituelle et de notre expérience de vie quotidienne inquiète face à l’incertitude de notre condition humaine.

Ce texte de la Genèse n’a donc à la base rien de scientifique sur l’histoire de l’univers. Il témoigne d’une expérience spirituelle et la développe sur le plan théologique, philosophique, éthique et religieux.

La science nous permet aujourd’hui d’avoir des informations fondamentales sur la matière et sur l’histoire de l’univers. Nous découvrons que l’incertitude n’est pas qu’un malaise face aux aléas de notre histoire, l’incertitude est au cœur même de notre univers. La matière nous semble qu’elle la matière était faite de particules tournant dans le vide autour d’un noyau. Puis, dans les années 1920, un physicien génial, Heisenberg a montré que les particules composant les atomes ne sont pas des corps minuscules comme nous l’imaginions car leur façon d’exister est totalement différente de ce dont nous avons l’expérience à notre échelle, au point que leur position et leur déplacement restent toujours en partie indéterminés.

Cette surprenante découverte de l’incertitude au cœur même de la matière a troublé Einstein qui aurait dit « Dieu ne joue pas aux dés ! », ce à quoi Bohr, soutenant Heisenberg, répondit : « Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire ? ». Finalement, l’hypothèse d’Heisenberg va être démontrée, fondant la mécanique quantique. Elle va passionner les philosophes et les théologiens. Heisenberg était conscient de ces implications, peu de temps avant de mourir, il aurait déclaré à sa femme : « J’ai été content de pouvoir jeter un coup d’œil par-dessus l’épaule de Dieu au travail. »

L’incertitude est ainsi au cœur même de la matière. Elle est également dans les processus un tant soit peu complexes : le mouvement d’une aile de papillon en Amazonie pouvant influer sur une tempête ici-même. Ce qui fait que là aussi, il y a une dose d’incertitude qui ne peut être dépassée même avec les modèles les plus développés.

La science nous apprend également que tout système physique va spontanément vers un désordre croissant. C’est un fait d’expérience facile à faire : si l’on jette un verre en cristal sur le carrelage, il va se briser en morceaux. Si l’on prend ensuite ces morceaux et qu’on les jette à nouveau sur le carrelage il y a peu de chance qu’ils se recollent pour donner quoi que ce soit de construit, même en répétant un million de fois ce geste. Pourtant ce n’est statistiquement pas impossible car tous les atomes sont là et que l’on apporte une belle énergie, le plus probable est que les morceaux vont se briser encore plus, à moins que quelqu’un vienne délibérément mettre de l’ordre dans les morceaux. C’est ce que l’on appelle « le deuxième principe de la thermodynamique ». Statistiquement, la nature va vers le chaos. Or, la science nous montre que notre univers n’a pas toujours été comme il est aujourd’hui, qu’il y a eu évolution. En tout cas sur notre planète, il y a infiniment plus qu’un verre en cristal qui se serait recollé ou fabriqué tout seul : il y a des particules en vrac que l’on découvre après un certain temps être organisées en des êtres vivants capables de penser, de créer de belles choses et même d’aimer ! Cela donne à penser que l’hypothèse la plus rationnelle est qu’il existe une source d’évolution extérieure à l’univers et non le seul hasard. Ce n’est pas une preuve de l’existence de Dieu, cela assure néanmoins, à mon avis, que cette existence est non seulement plausible, c’est même bien plus raisonnable à penser que son inexistence.

Mais de quel Dieu parle-t-on alors ? Comment cette source probable d’évolution positive interagirait avec la matière ? Certains pensent à un créateur tout puissant qui ne laisse aucune place au hasard dans notre monde, tout étant guidé par son absolue providence, sauf peut-être quelque accidents dus à la liberté qu’il laisserait à l’humain (et encore). Une telle conception de la providence se retrouve principalement dans l’histoire de la théologie chrétienne à partir des Pères de l’église, en particulier avec Augustin. C’est à mon avis un héritage des philosophes grecs, avec Chrysippe ou Socrate, croyant chacun à sa façon qu’il y a un destin tout tracé.

Telle n’est pas la conception biblique de l’action de Dieu. Ni le mot « providence » ni le mot « destin » ne se trouvent dans la Bible. Au contraire, elle nous présente souvent un récit où Dieu est surpris par le cours des événements et doit échafauder un plan B. Si la Bible s’ouvre sur l’existence du chaos c’est pour prendre en compte notre expérience du chaos dans notre existence humaine et les difficultés que cela nous pose aujourd’hui encore. Je pense qu’il est essentiel de penser, comme dans ce texte et bien d’autres de la Bible, à la fois un créateur puissant et l’existence d’un chaos qui échappe à Dieu (pour l’instant).

Comment penser ainsi à la fois la puissance infinie d’un Dieu créateur et sa faiblesse de n’avoir pu éliminer les aléas de l’existence ? Avec deux points importants : 1èrement la création est encore en cours, elle est inachevée et cela explique une part du chaos existant (certaines catastrophes naturelles et maladies). 2èmement la personne humaine est douée de créativité, et donc de liberté, en agissant pour le bien la personne peut augmenter le bien. Ne faisant rien, elle laisse le chaos progresser naturellement. La personne peut même augmenter le chaos, elle est alors littéralement « diabolique » : source de dispersion.

La Bible ne parle pas de providence, elle parle d’un Dieu qui rend visite, qui accompagne, qui prend soin de la personne soit pour l’aider à surmonter un aléa de l’existence, soit pour l’aider à grandir ou à avancer. Rendre visite, c’est le beau verbe hébreu dqp (paquad).

La Bible ne parle pas non plus de destin tracé à l’avance, elle affirme que Dieu a une visée, comme dans ce beau texte du prophète Jérémie où l’Éternel dit : « Je connais les projets que j’ai formés sur vous : projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance… Je me laisserai trouver par vous, dit l’Eternel, et je ramènerai vos captifs… » (Jérémie 29:11-14). Le Christ est celui qui rend visible le projet de Dieu (son logos Jn. 1:1 ou sa prothèsis éternelle Eph. 3:11)

La Bible ne pouvait connaître ni le principe d’incertitude d’Heisenberg, ni les théories du chaos, ni la 2ème loi de la thermodynamique, mais ce dont ces textes bibliques témoignent c’est la visite de Dieu dans notre vie humaine pour faire quelque chose de ce chaos qui existe en ce monde au milieu des bonnes choses déjà créées.

Les premiers versets de la Bible ne partent donc pas d’une histoire ancienne dont les hébreux auraient eu connaissance. Ces textes parlent de cette visite de Dieu qui est comme d’un souffle de lumière, de vie, de bénédiction venant à la surface de notre chaos, très concrètement. Les sept jours de la création n’évoquent pas le passé, ou pas seulement le passé, il parlent du présent de toute époque où Dieu fait avancer sa création, en particulier de nous créer comme des personnes capable de faire de belles choses.

Bien des textes de la Bible expriment que cette création est en cours, pour faire de belles choses du chaos. C’est par exemple ce que nous voyons dans de célèbres psaumes, le 23 où Dieu rend visite au cœur même de nos vallées d’ombre et de mort, nos temps de chaos. C’est ce que nous voyons dans le Psaume 121 qui parle d’un Dieu toujours en train de créer, « créant » dans le présent le ciel et la terre, et rendant visite à celui qui rencontre des aléas sur sa route. Ces psaumes conjuguent ainsi la force de Dieu et la faiblesse de Dieu qui n’a pas pu empêcher ces mauvaises choses de gêner notre progression. C’est vrai que du chaos menace notre existence. Dieu y travaille, et Dieu ne nous abandonne pas, il nous rend visite. Il nous aide à saisir les bonnes opportunités qu’offre l’incertitude, à l’image du Christ qui calme la tempête et apprend à Pierre de marcher sur l’eau. Dieu a des projets pour nous, pas seulement un unique projet mais de multiples bons projets possibles, offerts à notre liberté.

Comment est-ce que Dieu agit dans cet univers ? Là aussi, la Bible avoue souvent que c’est de l’ordre de l’inconnaissable, comme le dit l’apôtre Paul. Cette humilité est sage car le mode d’être de Dieu est pour nous encore infiniment plus inconcevable que le mode d’être des particules quantiques, à nous qui habitons une étroite bande de l’espace et du temps. « Personne n’a jamais vu Dieu, nous dit Jean, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître, Dieu » (Jean 1:18). Et ce que le Christ nous montre de Dieu n’est pas non plus le fantasme d’un Jupiter doué de toute puissance, mais Dieu comme visitant l’humanité et luttant contre des maladies et des souffrances qu’il n’a jamais voulues ni permises. Dieu au plus proche de chacun, Dieu comme éclairant, fortifiant, créant ou restaurant chaque personne. Dieu ayant de bons projets pour chacun de nous et pour l’humanité. L’Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu en nous.

Cela peut fonder une façon de vivre l’incertitude qui fait partie de la nature même de ce monde. Une théologie et une vocation, une confiance et une éthique, acceptant de ne pas tout contrôler, nous entraidant.

Seulement, la Bible ne parle pas que de la puissance de Dieu, elle évoque aussi la faiblesse de Dieu, et que parfois il n’a pas pu empêcher les aléas de l’existence de l’emporter localement. C’est ce que l’on voit en particulier en Jésus qui, bien qu’étant le Christ, connaît l’échec d’une lamentable exécution comme agitateur. Cette faiblesse, nous la voyons aussi dans les épisodes dramatiques de l’histoire humaine au XXème siècle. C’est ce que nous voyons encore plus vivement par exemple dans la mort et les souffrances d’un enfant malade. La Bible affirme que le salut de Dieu se poursuit au delà du visible en ce monde, et qu’en définitive, pour chacune et chacun, Dieu réalisera son projet de nous voire vivre en abondance. C’est ce que disent les récits de résurrection du Christ, c’est ce qu’affirment les Psaumes et bien des passages des lettres de Paul, et les dernières pages de la Bible avec le chapitre 22 de l’Apocalypse. Là-dessus nous n’avons, je le reconnais, aucun indice. Cela dépasse ce que nous pouvons concevoir, ce dont nous avons maintenant l’expérience et l’humilité. Cela dit, comme le suggère Saint Augustin, le plus inconcevable des miracles est que la vie soit apparue, une vie d’une telle qualité que celle que nous connaissons. Il est assez raisonnable d’extrapoler, comme on dit en mathématiques, sur le fait que l’artisan de ce chef d’œuvre la conservera au delà du visible.

Croire en l’existence de cette source d’évolution et de vie est ainsi assez raisonnable, me semble-t-il, tant par la raison que par la spiritualité. La foi est d’un autre ordre : c’est dire oui à ce Dieu qui est source de bien de cette façon, s’émerveiller de ses réalisations, être à l’écoute de ses projets, espérer faire équipe ensemble autour de lui. Lui faire confiance au-delà de notre légitime inquiétude et souffrances face au chaos.

Et lui rendre grâce.

Amen.

pasteur Marc Pernot, église protestante de Genève

Textes de la Bible

Genèse 1:1-5

Commencement de la création par Dieu du ciel et de la terre. La terre était informe et néant, et des ténèbres à la surface de l’abîme, et le souffle de Dieu planant à la surface des eaux, et Dieu dit : « Que la lumière soit ! » et la lumière fut.

Dieu vit que la lumière était bonne.

Dieu sépara la lumière des ténèbres.

Dieu appela la lumière « jour » et il l’appela les ténèbres « nuit ».

Il y eut un soir, il y eut un matin : jour un.

 

Lettre de Paul aux Romains 11 :33-36

Ô profondeur de la richesse,
de la sagesse et de la science de Dieu !

Que ses jugements sont insondables,
et ses voies incompréhensibles!

Car, qui a connu la pensée du Seigneur,
Ou qui a été son conseiller ?

Qui lui a donné le premier,
pour qu’il ait à recevoir en retour ?

C’est de lui, par lui, et pour lui
que sont toutes choses.

A lui la gloire dans tous les siècles !

Amen !

 

Évangile selon Jean 1:18

Personne n’a jamais vu Dieu,
Mais le Fils unique, qui est dans le sein du Père,
est celui qui l’a fait connaître, Dieu.

Vous aimerez aussi...

11 réponses

  1. Le Mellionnec Andre dit :

    Merci Monsieur Pernot. encore une belle predication qui « donne a penser »

  2. Arnaud dit :

    Cher Marc, un ami de 72 ans me répond ceci (j’en ai 43). Où je reprenais avec lui ce que j’ai compris de cette prédication à propos du principe 2 de la thermodynamique.

    Compliqué Compliqué mon cher Arnaud !!!
    Mais en quoi l’irréversibilité et la tendance au désordre en physique prouvent elles quoique ce soit d’une intervention divine. l’évolution des êtres vivants organisés ne répond pas à cette loi et donc n’implique pas une intervention extérieure, c’est une sélection et concurrence pour survivre au milieu extérieur et se développer .
    Quelque chose que je ne comprends pas chez un croyant c’est cette volonté de rechercher une preuve en utilisant les lois de la physique. ce qui serait prouvé ne serait plus une croyance mais un fait !!!
    Le but , on le connait c’est d’utiliser ce qui n’est pas encore compris en physique et dans l’univers pour par prosélytisme attirer du monde !!!
    Enfin Dieu est Dieu non de Dieu !!!
    Trouver l’équation de la foi c’est la perdre !!! La chercher sans espoir de la trouver c’est le pari de Pascal (Quel opportuniste !!)
    A bientôt
    Je pars faire du ski sans penser à la formation de la neige mais en espérant qu’il y en aura beaucoup et que le soleil ne la fera pas fondre !!!

    Vous qui avez plus de culture scientifique que moi, qu’est-ce que vous pourriez répondre à ce que j’ai souligné en gras? Nous serons tous d’accord pour dire la foi est la foi et qu’une foi et que s’il y avait des preuves, ce ne serait plus la foi mais un fait. Je suis d’accord sur ce point avec mon ami Jean-Michel.

    Ceci étant, il y a une différence entre le Dieu des philosophes et des savants dont on ne peut pas dire grand-chose mais qui est même accessible à La Raison (selon un pape et une encyclique du 19ème siècle mais il me semble que dans « Foi et Raison » le pape Jean-Paul II a repris cette idée) et le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob qui se révèle pleinement en Jésus-Christ, accessible par l’intelligence mais d’abord et d’avant tout par le cœur, par la lecture de la Bible, la prière, la rencontre des autres … liste non exhaustive … et sur lequel le croyant (mystique ou pas) en sait un peu plus que le Dieu des philosophes.

    Merci par avance de votre réponse, même si ce sujet est inépuisable … A bientôt.

    • Marc Pernot dit :

      Cher Arnaud

      Je ne pense pas que cela soit utile de débattre avec une personne persuadée que sa position est bonne et que celle des autres est évidemment crétine. Ou même une personne qui, comme ici, faire un procès d’intention : « Le but , on le connait c’est d’utiliser ce qui n’est pas encore compris en physique et dans l’univers pour par prosélytisme attirer du monde !!!« .

      A ce monsieur, je répondrais qu’il a bien raison de penser à ce qu’il pense, et d’y tenir, surtout si cela lui donne la paix.

      Débattre avec une personne ayant cet état d’esprit est très probablement inutile voir néfaste pour cette personne, car la violence est souvent le symptôme d’une souffrance. Par contre il est utile d’entendre ce que disent nos contradicteurs, même haineux, car ils ont rarement totalement tort sur tout et cela peut nous permettre de nous améliorer tranquillement.

      Il me semble qu’il y a une méprise dans cette affirmation souvent entendue que s’il y avait une preuve de l’existence de Dieu ce ne serait plus la foi. Je suppose que la méprise vient du verbe français « croire » il sert à la fois pour parler de la croyance et pour parler de la foi. Ce sont deux choses différentes.

      • La croyance concerne effectivement l’existence de Dieu, par exemple.
      • La foi est une confiance, une relation fidèle soutenue (avec son Dieu ou avec son idéologie), Christ parle d’un amour de tout l’être.

      Nous connaissons de nombreuses personnes qui « pensent qu’il y a quelque chose », qui croient donc en Dieu, mais qui ne pensent à lui que tous les 36 du mois, en encore, seulement si nous sommes dans une année bissextile. Cette personne a une croyance en Dieu mais n’a pas foi en Dieu. A l’inverse, il y a des personnes qui se disent non croyantes mais qui passent leur temps à lire la Bible et à le chercher : elles ont la foi sans la croyance. Je connais aussi de nombreuses personnes qui ont eu une expérience mystique un petit peu comme Blaise Pascal ou Saul de Tarse, une expérience fondatrice pour eux et qui leur donne une certitude de l’existence et de la bonté de Dieu par cette expérience. Devrait-on injurier ces personnes en leur disant qu’à cause de leur certitude leur foi n’en n’est pas vraiment une ?

      Pour expliquer encore un petit peu plus facilement : il est possible de savoir que telle personne existe et ne pas être amoureux de cette personne. Et le fait de savoir que telle personne existe n’interdit pas de tomber amoureux d’elle.

      Donc, à mon avis c’est une erreur de dire que s’il y avait des preuves de l’existence de Dieu la foi ne serait plus de la foi. Je ne sais pas d’où vient cette conception ? Peut-être que c’est une façon de disqualifier la réflexion personnelle des fidèles ? Peut-être que ce genre d’idées est à rapprocher de l’arsenal « c’est le grand mystère de la foi » qui est parfois répondu au fidèle posant des questions face à une incohérence en théologie ?

      Mais de toute façon, j’ai bien indiqué que ce raisonnement n’est pas une preuve de l’existence de Dieu mais que cela rend, pour moi, plausible son existence, que cela fait de cette hypothèse la plus rationnelle à mes yeux.

      Par ailleurs, il est clair que le hasard et la sélection naturelle est un des mécanismes principaux de l’évolution des espèces. C’est local et sur un temps bref et non global, mais c’est un fait intéressant à prendre en compte dans notre façon de concevoir l’univers. Mais le hasard des mutations et des croisements est-il total ou est-ce que les dés sont légèrement pipés et les attirances pour former des couples légèrement orientées ? Qu’importe. N’en déplaise à votre « ami », quand je contemple l’évolution depuis l’origine jusqu’à maintenant il me semble plus raisonnable de penser que le hasard n’est pas la seule et unique cause de ce magnifique phénomène. Mais je reconnais que cela n’est pas une preuve et qu’il est possible d’avoir une autre sensibilité pour lire ce phénomène.

      Ensuite oui, je comprends ce monsieur qui désire skier sans se demander comment les flocons se sont formés. Je suppose qu’il dit cela pour encourager à vivre sans se poser des questions sur l’origine et le sens de la vie ? C’est là aussi son droit. Personnellement, je préfère me poser des questions et chercher à comprendre avec ardeur et humilité, sérieusement et sans tabous. Car cela me semble favorable, afin de vivre plus pleinement, plus authentiquement sa propre vie, que cela me semble faire partie de la responsabilité humaine, dès lors que nous avons l’extraordinaire faculté de le faire. Cela me semble utile afin de donner à sa propre vie le sens qu’il semble qu’elle pourrait avoir.

      Mais bon, chacun vit sa vie comme bon lui semble. Tant que cela ne nous conduit pas à faire du tort aux autres ?

      Bien amicalement

  3. Elie dit :

    Bonjour Marc, merci et bravo pour ta prédication très intéressante ! Une question : une théologie des dés pipés, est-ce que ça ne ressemble pas très fortement à ce qu’on appelle le dessein intelligent, l’ « intelligent design » des néo-créationnistes ?
    https://www.evangile-et-liberte.net/2014/03/le-dessein-intelligentune-machine-infernale/
    Bien à vous

    • Marc Pernot dit :

      Merci beaucoup pour ces encouragements !

      Comme en toute chose, et particulièrement en théologie, comme en science, il me semble bon de faire preuve de mesure. Et un discours méprisant en dit souvent plus sur celui qui s’exprime que sur celui dont il parle en le méprisant…

      La question n’est pas de refuser la théorie de l’évolution, ni de la combattre. Il n’est pas question d’être « antiscientifique ». Mais de tenir les deux : et la physique et la métaphysique, et la science et la foi. Or, notre être humain participe à ces deux domaines, il me semble bon d’en explorer l’interface, voire l’imbrication comme la trame et la chaîne d’un tissus. De même qu’il est bon d’explorer l’interface entre la foi et la justice en ce monde.

      Il n’est pas non plus dans mon idée de « prouver » l’existence d’une action transcendante d’un créateur dans l’évolution de l’univers. Mais il me semble que cette évolution rend plausible cette existence. Quand bien même l’existence de Dieu serait « prouvée », est-ce que cela supprimerait la foi ? Bien sûr que non. Car la foi est effectivement un acte de confiance, mais on a le droit de faire confiance ou de ne pas faire confiance à une personne dont on sait qu’elle existe. Je sais que ma femme existe réellement, et cela ne m’empêche pas de lui faire confiance, si ? Il ne faut donc pas confondre « croyance » et « confiance ». Il est possible de croire en l’existence de Dieu sans que cette croyance influe sur la façon de vivre et d’espérer de cette personne : c’est la croyance sans la confiance, la croyance sans la foi. Il est possible à l’autre extrême de ne pas croire qu’il existe une puissance transcendante (en dehors de la psychologie humaine) et pourtant de vivre par la foi dans un certain idéal que l’on accepte d’appeler Dieu. Entre ces deux positions extrêmes il existe bien des nuances. Chacun sa sensibilité, son histoire.

  4. mostafa dit :

    Bonjour mr pernot , je suis sincérement honoré de pouvoir m’adresser à vous pour une petite remarque et j’espère que vous excuseriez de mon audace vu que je suis chrétien il y a juste un an et déjà je me permets de jeter un regard critique sur l’une des ennoncés de l’une des sommités de la pensée protestante. Vous prétendez monsieur que Dieu peut présenter des faiblesses à un certain moment de la création du monde qui n’est pas encore achevée selon vos dires . par là vous niez l’idée d’un Dieu tout puissant et ainsi Dieu n’est pas omniscient -ne pouvant pas prévoir les accidents du parcours. Que reste-t-il de Dieu donc si vous lui ôter la toute puissance et l’omniscience ?

    • Marc Pernot dit :

      Bonjour Monsieur

      Merci pour ce message, et c’est moi qui suis honoré que vous entriez en débat. Vous avez tout à fait le droit ne ne pas être d’accord avec tout ce que je raconte ! C’est même le but de la prédication. Chacun peut en prendre et en laisser mais surtout se poser des questions, et se faire sa propre opinion, avancer dans la confiance que nous avons dans l’amour de Dieu.

      Effectivement, la notion de toute puissance est très problématique en réalité, et n’est pas tellement biblique. Cette idée a fait plus d’athée que tous les athées militant du monde. Voir cet article où je présente un petit peu ce que j’en pense : https://jecherchedieu.ch/dictionnaire-de-theologie/puissant-tout-puissant/ . Dans la Bible, la seule fois où il est vraiment question de « toute puissance », c’est à la fin des temps (« lorsque toutes choses lui auront été soumises » 1Co 15:28), mais dans l’intervalle, la Bible le présente comme infiniment puissant mais pas TOUT puissant. Je pense donc effectivement que la création est en cours et que nous sommes appelés à participer. Il y a bien des passages bibliques qui vont en ce sens. En particulier la prière du Christ « que ta volonté soit faite » (c’est donc qu’elle n’est pas complètement faite).

      Pour l’omniscience : je pense effectivement que Dieu sait tout ce qui a trait au passé et au présent. En ce qui concerne l’avenir, c’est plus nuancé. Même si Dieu est éternel, je ne pense pas qu’il soit hors du temps, ni que le temps pour lui s’annule comme s’il était complètement tassé pour ne fait qu’un même instant. La Bible nous présente souvent Dieu être surpris par ce qui arrive, en particulier par ce que choisit la personne humaine, parfois (même s’il est sans doute un assez bon prévisionniste).

      Mais qui a dit que Dieu devrait être tout puissant et omniscient ? Je pense que c’est notre fantasme personnel de vouloir l’être. Pour Dieu, il me semble suffisant qu’il soit lui-même pour être dieu. C’est déjà infiniment grand.

      Il vous bénit et vous accompagne.

      • mostafa dit :

        Bonjour monsieur ,
        « Que ta volonté soit faite .. » n’est qu’ un témoignage et attestation de l’homme qu’il accepte la volonté de Dieu et qu’il ne cherchera point à y résister par des agissements qui pourrait aller á l’encontre de cette volonté . Dire que Dieu ne peut connaitre l’avenir , sa résponsabilité du mal existant devient alors totale comme s’il a entamé un process- la création du monde en lançant un défi à lui même s’il arriverait ou pas à mener à bien cette entreprise . et nous sommes là devant un Dieu qui joue c-à-d un enfant ,et en jouant il apprends des choses nouveaux .je crois que le péché original et le travail de satan explique mieux la présence du mal provoqué par l’homme et la sagesse parfaite de Dieu qui est le garant de sa justice parfaite délimite les responsabiltés d’une manière parfaite .Pour le mal de la nature je crois que Dieu a permis un certain dysfonctionnent qui d’une partie puise ses racines dans l’intention de Dieu d’édifier l’homme et d’une partie dans la totalité des offences que les hommes commettent envers Dieu et tout ça dans un brassage parfait en strucure et en justice. et je crois aussi que quand l’homme idéalise ses actes et ses attributs ce n’est pas vers le néant qu’il le fait mais vers un modèle parfait préexistant et ce parfait c’est bien sûr Dieu qui ne peut être que tout puissant et omniscient .
        je vous prie monsieur de croire à mes sincères sentiments de respect et de consédirations. et je répéte que je suis honoré de pouvoir discuter avec un esprit aussi fin et intelligent malgré notre différence sur qlq points mais il ya des points et des plus essentielles sur quoi je suis d’accord avec vous et merci .

  5. Pascale dit :

    Je viens de relire cette prédication (merci aux suggestions de bas de page) et un seul mot me vient à l’esprit : génial … bizarre que je n’ai pas eu la même réaction à la première lecture …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *