Attendre le retour du Christ ? ou vivre du Christ maintenant ?
(Matthieu 24:36-44 ; 1 Thes. 5:1-11)

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3 réponses

  1. Cher pasteur Marc,

    Votre prédication est bien construite, bien argumentée, bien étayée des Ecrtiures… Mais peut-être vous doutez-vous déjà que si je donne ma contribution, c’est qu’elle ne va pas aller dans le même sens que la vôtre.

    Tout d’abord, pour me connaître un peu maintenant, vous savez que je suis étrangère à toute influence sectaire. Je suis une catholique pratiquante, souffrant beaucoup des graves fautes commises au sein de mon Eglise, notamment à l’intérieur de certaines mouvances dont je me suis toujours tenue éloignée, mais désireuse de demeurer fidèle à mon baptême, ce qui justifie ma pratique régulière dans cette église-là, bien que sur nombre de points de doctrine, je ne sois pas en accord avec elle. C’est pourquoi d’ailleurs je lis très volontiers des prédications protestantes, dont les vôtres.

    Ce préambule étant posé, j’avoue ma difficulté dans ma propre église à faire entendre mon point de vue très poussé sur la problématique que vous évoquez aujourd’hui.

    Je suis une des rares catholiques à attendre de pied ferme le retour du Christ en gloire. Ce n’est pas seulement l’article le plus marqué de ma foi, mais encore un combat quotidien pour raviver cette croyance fondamentale de notre foi. Je le fais en intervenant ici et là sur le net et en écrivant souvent sur ce thème sur mon propre site dont vous connaissez l’existence.

    Je milite pour qu’on n’occulte plus cette échéance du retour du Christ pour son second avènement par foi dans les Ecrtures et pas seulement dans le Nouveau Testament : à mon sens, les prophéties de l’Ancien, et notamment d’isaïe par exemple, ne sont pas du tout accomplies à ce jour. Nous fabriquons toujours des armes, nous les vendons, nous répandons la mort par elles. Il y aurait bien suffisamment d’outils agricoles et de terres arables en ce monde pour en nourrir toute l’humanité, même nombreuse en ces temps où nous sommes, or l’hémisphère sud se meurt de pauvreté et de faim tandis qu’une caste de privilégiés en occident concentre les biens financiers qui condamnent les autres à l’indigence, même dans les pays de développement déjà ancien.

    Eh bien, si je crois au retour du Messie glorieux, c’est par confiance en un Dieu de justice et pas seulement de miséricorde pour les pécheurs. Vous dites dans votre prédication (je vous cite) : “bien sûr que chacun de nous est à la fois Noé et l’humanité violente, à la fois la brebis perdue et les justes, chacun a plus ou moins sa part de lumière et d’ombre.” [Fin de citation].

    Je ne suis pas trop d ‘accord avec cette généralisation. L’ouvrière textile exploitée pour quelques euros par mois en certaines contrées n’a même pas le temps et le loisir de pécher dans sa vie : elle travaille dur à l’atelier, travaille dur au foyer pour ses enfants qu’elle ne parviendra pas forcément pour autant à tirer de la misère et ses filles de l’illettrisme, il en va de même de l’Africaine qui s’use aux champs avec parfois un bébé dans le dos, voire encore un dans le ventre… Et aujourd’hui, cette vie qui pouvait sembler paisible parce que séculaire vire souvent au cauchemar par déplacement de populations ou massacre sous les coups des terroristes armés.

    Je prends ces simples exemples pour souligner que la vie devient de plus en plus dure et non meilleure pour beaucoup d’humains, et en particulier beaucoup de femmes et d ‘enfants. Et si je crois en un Dieu d’amour et de justice, je crois aussi qu’il envisage sérieusement la fin de ces temps d ‘injustice extrême sur sa première création. Dieu ne permet pas qu’une fillette d’aujourd’hui naisse uniquement pour souffrir toute sa vie. Or le Christ nous a promis son retour pour que règne la justice, et l’Apocalypse de Jean n’est pas à prendre à la légère. Ce n’est pas pour rien qu’elle clôt le Nouveau Testament, qu’elle achève la Bible tout entière.

    Alors je n’ai pas dit ici que le Seigneur, à son retour glorieux, va faire tomber le soufre sur ceux qui s’ingénient à faire souffrir leur prochain. Je pense que ce sera beaucoup plus simple et en rapport avec la sortie d’Egypte des Hébreux : qui désirera le salut en Dieu suivra le Messie vers la terre nouvelle sous les cieux nouveaux où il conduira ses brebis confiantes. Là règnera toute justice. Quant aux boucs attachés aux possessions et pouvoirs terrestres, eh bien, Dieu leur laissera la terre qu’ils désirent tant posséder ! Reste à voir ce qu’elle deviendra, vide de tous les vivants de bonne volonté… A n’en pas douter, ce ne sera pas un paradis…

    Amen, viens, Seigneur Jésus !

  2. Marc Pernot Marc Pernot dit :

    Chère Véronique
    Grand merci pour cette contribution.
    En ce qui concerne les souffrances et l’injustice. Merci de cette belle sensibilité. Personnellement, je pense que cela ne va pas en augmentant, tant s’en faut. Il n’y a jamais eu moins de pauvreté qu’aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience en ce qui concerne l’écologie, la place des femmes, le respect dû à chacun, le racisme. Il n’y a jamais eu une telle espérance de vie, de santé, de paix, de confort… Certes le travail à faire est immense. “Le Seigneur” compte en particulier sur chacune et chacun, sur nous tous ensemble pour avancer. Et d’accord avec vous pour que cela avance de belle façon il faut que le Christ soit présent, que ce soit par son retour, cela appartient à Dieu. Que ce soit par sa présence vivante en nous cela nous concerne de premier chef aujourd’hui.
    Que, par ailleurs, Dieu travaille, c’est fort heureux. Sinon, nous serions vraiment mal barrés. Si je puis dire.
    Avec mes amitiés et mes vœux de mil bénédictions
    Marc

  3. Claire-Lise Rosset dit :

    Bonjour,

    Le sujet de la Parousie, dont l’enseignement dans certaines églises à dérive sectaire génère tant d’angoisses de mort et d’abandon chez les enfants, génère en moi non seulement des réflexions, mais des reviviscences traumatiques.

    Quand l’église parle d’élus et de damnés, de paradis et d’enfer, de peines éternelles, d’élection et de prédestination, de retour du Seigneur comme un voleur (pourquoi le terme voleur attribué au Christ ? ), sans fondement théologique , quelle est la réaction de l’enfant ?

    L’enfant a peur. Oui, il a peur devant ces discours qui lui présentent l’amour de Dieu comme conditionnel : Si tu crois…si tu te repens…si tu te convertis…
    alors tu n’iras pas en enfer et dans les tourments éternels aux siècles des siècles
    alors si le Seigneur revient de manière subite et imprévisible, te laissant dans une incertitude combien anxiogène, tu iras avec lui au ciel.

    L’enfant est pris dans une double contrainte (cf théorie du double bind, Gregory Bateson), qui le jette dans la confusion. L’enfant est donc amené à croire et à s’attacher à un Dieu qui lui fait peur, dans une relation bourreau /victime.
    Il comprend : Dieu est amour, il t’aime fort, mon petit, mais si tu ne te convertis pas et que le Seigneur revient, il ne te prendra pas auprès de lui dans le ciel.

    Alors, ce petit que Dieu aime tant, en saisit rapidement pour lui les conséquences implicites.
    Dans son Gethsémané à lui, dans l’angoisse solitaire de son combat, il se dit :
    Je resterai seul sur terre, puisque mon père et ma mère, aussi maltraitants avec moi soient-ils, seront enlevés au ciel – comment concrètement ? par quel moyen ? sur quels critères ? et s’ils ont le vertige ? , mais moi, moi qui avais pourtant eu le temps de me repentir, j’ai manqué l’occasion d’aller au ciel avec mes parents.
    Je suis seul. Abandonné de mon père et de ma mère. Abandonné de Dieu même. Démuni. Sans moyens de subsistance. Sans adulte pour prendre soin de toi. Avec comme toute compagnie, les damnés. Les méchants. Ceux dont je dois fuir la compagnie, comme je l’entends à l’église.

    Le couperet est tombé. Le mot peur est un terme bien faible devant ce discours spirituellement abusif pour décrire la terreur existentielle de l’enfant.

    Devant cette agression traumatique qui est du domaine de la psychotraumatologie, l’enfant , dans sa solitude morale, sans soutien sécurisant, a trois solutions :

    Soit, il adopte le :

    – fight – combat
    mais devant la toute puissance de l’adulte qui se prend pour Dieu, il n’a pas les outils ni cognitifs, ni théologiques pour se battre

    – flight – fuite
    mais il ne peut pas fuir , ni mentalement, ni physiquement, puisqu’il est dans le troisième état :

    – freeze – la sidération, le figement

    La sidération traumatique, cet état figé où l’enfant est tétanisé par la peur, avec une activation physiologique intense due à une décharge d’hormones de stress qui dépassent autant sa capacité physiologique que psychique d’y faire face.
    Comme le lapin immobile devant les phares d’une voiture, incapable de s’enfuir.

    L’angoisse de culpabilité.
    L’angoisse d’anéantissement.
    L’angoisse de morcellement.
    L’angoisse de mort.
    Freud parle de névrose chrétienne.
    J’ajoute : cruauté mentale envers les agneaux du troupeau.

    Mais où est donc la Vie, la Vie en abondance que promet Jésus dans ce discours morbide ?

    Jésus lui-même s’indignait devant ses disciples qui repoussaient physiquement les enfants de s’approcher de lui.
    Tout comme on peut retirer spirituellement un enfant des bras de Jésus par des discours abusifs, sans fondement théologique.

    Dans son indignation, voire sa colère et sa tristesse, Jésus avertit :
    Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer.
    (Matt. 18 : 6 )

    Laissez les petits enfants, ajoute-t-il, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. (Matt 19 : 14)

    Dans le silence de l’aube, après avoir écrit ce texte, j’ai prié, les larmes aux yeux :
    jusqu’à quand, ô mon Dieu, des enfants seront-ils embrigadés dans des sectes religieuses ?

    Dans un moment de tristesse envahissante, le souvenir d’Elie en 1 Rois 19 . 11, 12 m’est venu à l’esprit, comme pour m’apaiser :

    ” L’Éternel dit (à Elie) : Sors, et tiens-toi dans la montagne devant l’Éternel!
    Et voici, l’Éternel passa. Et devant l’Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: l’Éternel n’était pas dans le vent.

    Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre.

    Et après le tremblement de terre, un feu: l’Éternel n’était pas dans le feu.
    Et après le feu, un murmure doux et léger.”

    Non, Dieu n’est pas dans la violence du terrorisme spirituel, mais dans le murmure doux et léger de la grâce.
    Qu’il en soit à jamais loué.

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