Si la nature humaine est vouée à refaire en boucle les mêmes erreurs, pourquoi Dieu s’emmerde-t-il avec nous ?

Par : pasteur Marc Pernot

Jeune femme devant un signe attention virage dansgereux - Photo by Bahador on Unsplash

Attention, virage dansgereux

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Tout d’abord, j’espère vraiment que vous et vos proches allez bien, malgré les soubresauts douloureux qui secouent le monde aujourd’hui.

Ma question est dans le titre.

Je n’ai pas pour habitude de parler aussi crûment, et cette question en elle-même ne me ressemble pas, aussi une petite recontextualisation n’est peut-être pas inutile.

J’ai toujours eu une vision assez optimiste de l’espèce humaine, envers et contre tout.

Je suis pourtant d’une génération,(et peut-être est-ce en réalité le lot de toutes les générations) , qui, au fur et à mesure qu’elle grandit et se politise, découvre la haine et la peur . Je l’observe particulièrement auprès de mes camarades de classe de l’année, avec qui, une fois n’est pas coutume, j’entretiens d’excellentes relations.

Nous grandissons avec sur les épaules l’hypothèque climatique de la planète, avec la rage devant notre impuissance à changer quoi que ce soit, et nous sommes terrorisés lorsque nous pensons au lourd prix qu’il nous faudra payer dans quelques années. Bon nombre d’entre nous, moi comprise, souffrons de ce mal moderne que nous nommons l’éco-anxiété. Nous avons peur.

Il y a deux ans nous est tombée dessus de manière soudaine une crise sanitaire inédite. Par les chiffres, par les images de cercueils à la télévision, par des histoires qui nous parvenaient, nous avons redécouvert la mort, et l’incertitude, le fait de ne pas réellement savoir comment se déroulera le lendemain. Là aussi nous avons eu peur, même si aujourd’hui nous semblons apercevoir le bout de la crise.

Plus récemment, ce sont les talibans en Afghanistan qui ont occupé nos sujets de conversation, et nous ont donné des envie de pleurer d’impuissance, tant la situation nous paraissait injuste et désespérée.
Tous les jours ou presque nous entendons parler catastrophes, guerres, pauvreté, corruptions, dictatures, injustices, coups d’états, discriminations.

Malgré tout cela, je restais optimiste, convaincue que la nature humaine ne se réduisait pas à la destruction. Je croyais en l’Humain, et je tâchais d’avoir pour l’espèce humaine, MON espèce, je ne m’en exclus pas, la même considération que j’avais pour les individus, préférant la compassion à la condamnation, l’énumération des circonstances atténuantes à celle des chefs d’accusation, l’amour de la lumière à la haine de l’obscurité. Même en ce qui concernait le climat et l’environnement, contrairement à quelques écologistes radicaux de mon entourage, je ne voyais pas l’Humanité comme un diable destructeur assoiffé de pouvoir, mais plutôt comme une espèce faible, fragile, émouvante dans cette fragilité, prisonnière de ses habitudes et de ses peurs, prise sans s’en rendre compte dans l’engrenage meurtrier qu’elle avait elle-même construit.
Pour moi, l’espèce humaine, c’était certes les douches à gaz d’Hitler, mais c’était aussi l’imprimerie de Gutenberg. C’était les agents cancérigènes, mais c’était aussi les vaccins. C’était le bruit des bombes et des sirènes d’alerte, mais c’était aussi les concertos de Vivaldi, les chansons de Jacques Brel, de Mika (ou de qui vous voulez) . C’était les plus atroces prisons, mais c’était aussi les basiliques, les minarets et la tour Effeil. C’était « Mein Kampf », mais c’était aussi les romans d’Hugo, les poèmes de Rimbaud, les pièces de Shakespeare (ou de qui vous voulez) . C’était l’esclavage, mais c’était aussi la Déclaration des Droits Humains. C’était les peintures de guerre mais c’était aussi les tableaux de Monet, de Van Gogh (ou de qui vous voulez). C’était la surconsommation, la dégradation de l’environnement, mais c’était les grèves et le courage de Greta Thunberg. C’était la ségrégation, mais c’était aussi le travail de Martin Luther King. C’était la pauvreté, les inégalités, mais c’était aussi l’amour de sœur Emmanuelle. C’était le fanatisme religieux et le terrorisme, mais c’était aussi ma mère et mon père, catholique convaincue, athé forcené, et quinze ans de mariage heureux. C’était les armes les plus destructrices mais c’était aussi les pelles, les ampoules et les stylos à bille. L’humanité, c’était un pied en enfer, mais un pied sur la lune. C’était des cauchemars d’adultes, mais des rêves d’enfants. C’était les murs, mais aussi les ponts. C’était la destruction, l’exploitation, l’excès, mais c’était aussi la protection, la résilience, l’ambition, l’utopie. C’était la peur, mais aussi le courage. C’était la haine, mais aussi l’amour. C’était l’ombre mais aussi la lumière.

C’était tout cela pour moi, l’humanité, et, naïvement, de nature idéaliste, j’espérais fermement, je CROYAIS en l’espoir, je croyais qu’avec notre espérance, nos envies d’agir et nos utopies, nous pourrions faire face aux défis qui nous attendaient, même au pied du mur, nous pourrions apprendre de nos erreurs, nous pourrions faire dominer la lumière, même un tout tout petit peu.

Puis est arrivée la goutte d’eau de trop. La Russie a envahi l’Ukraine, ou Poutine a envahi l’Ukraine, je ne sais pas trop. Je peux vous le dire clairement, je pense que cette guerre est absurde, injuste, cruelle, que des innocents sont et vont être tués, et j’admire les Ukrainiens pour leur courage. Je ne sais absolument pas où vous vous situez politiquement dans cette embrouille, mais je pars du postulat qu’une guerre (une guerre où de surcroît des innocents meurent, pour un chrétien) , que l’on soit pro-russe ou pro-ukrainien, n’est jamais une bonne chose.
Mes camarades et moi, depuis l’invasion, broyons du noir et, malgré les vacances scolaires, passons de longues heures à débattre et à parler conflit ukraino-russe (et pas seulement ukraino-russe). Tous, nous désapprouvons l’invasion, tous nous trouvons cette guerre absurde, un concours puéril de « qui a la plus grosse ». Tous les soirs, comme au début de la pandémie nous regardons le journal télévisé (alors que bon nombre de mes camarades disaient que c’était « un truc de vieux » avant la guerre) afin de suivre les nouveautés. Les images des bombes sur Kiev, que les réseaux font rapidement circuler, nous prennent à la gorge. Les chiffres sur les Ukrainiens forcés de fuir nous font mal, et entendre certains se déclarer près à mourir pour leur pays nous bouleversent. Nous nous réchauffons maigrement le cœur en regardant la solidarité internationale qui se met en place, notamment pour l’accueil des réfugiés, en racontant les histoires des quelques Russes qui osent s’opposer à la guerre et sont arrêtés. Nous regardons tout cela et nous sommes indignés, révoltés. Et désespérés. De plus, assez égoïstement, nous nous inquiétons de notre propre sort. Nous vivons en Belgique, et, Poutine ayant brandi la menace nucléaire, beaucoup d’entre nous, moi comprise, pensons souvent à notre position géographique, aux sièges de l’Otan et de l’UE à Bruxelles, au SHAPE à Mons. Nous espérons que nos craintes seront injustifiées, nous rivalisons de déclarations bravaches et d’humour noir pour nous changer les idées ou pour en rire, mais, à nouveau, nous avons peur.

Dans nos discussions, le fond de la nature humaine est souvent évoqué. Un de mes camarades a déclaré

« Depuis toujours, l’homme suit la loi du plus fort, il fait la guerre, que ce soit avec des armes nucléaires ou avec des flèches en bambou. C’est sa nature, ça ne changera pas. »

Et je commence à croire qu’il a raison. On dirait que tout recommence, qu’aucune leçon n’est tirée du passé, qu’aucune réelle connaissance n’a été acquise.  » Plus jamais la guerre « , disaient-ils.

L’observation de ma propre conduite humaine n’est pas faite pour me convaincre du contraire, il me suffit de me regarder droit dans l’âme deux minutes pour y observer lâcheté, hypocrisie, et surtout égoïsme et arrogance.

Mais alors, partant de ce constat, pour moi, chrétienne catholique pas si catholique que ça, se pose une question de taille.

Si notre espèce est définitivement celle de la destruction, si elle est vouée à tout saccager sur son passage, à refaire en boucle les mêmes erreurs, encore et toujours…

Si notre espèce est celle de la haine qui triomphe, de l’obscurité trop épaisse, et si le concours de toute la lumière de la beauté des âmes-car oui, je connais des êtres bons et lumineux, j’ai eu de la chance, ce sont des êtres ainsi qui m’ont entourée, nourrie, arrosée, soutenue alors que je marchais pour la première fois, qui m’ont aimée sans que je comprenne trop pourquoi-n’y peut rien, si le genre homo sapiens est destiné à brûler aux flammes de son propre soleil, pourquoi Dieu s’emmerde-t-il avec nous ? Pourquoi perd-t-il son temps avec une humanité qui ne fera que le décevoir ? Pourquoi a-t-il créé une humanité à la fois avide de reconnaissance et de fierté, et incapable d’apprendre, incapable d’apporter autre chose que de la déception et de la destruction ? Pourquoi même nous a-t-il créé et pourquoi n’a-t-il pas, en voyant le tournant que prenait les choses, arrêté l’expérience ?

Je ne sais pas, je ne sais plus. En fait, je crois être totalement perdue.

Bien à vous,

C., désappointée

Réponse d’un pasteur :

Chère C.

Je suis très touché par votre message, magnifique de vie profonde et sincère, authentique. Avec une véritable foi, aussi, car une foi vivante est une foi qui s’interroge, qui ouvre les yeux sur le monde et qui cherche Dieu, qui l’interpelle.

Ouvrant les yeux sur le monde, il est vrai qu’on est bien obligé de constater que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme le dirait ironiquement Voltaire. Il me semble essentiel, comme vous le faites d’ouvrir les yeux sur les problèmes, graves et bien réels. Il me semble essentiel de ne pas les justifier, ni à les minimiser. C’est vrai que la crise écologique est très grave. C’est vrai qu’il est surréaliste qu’après les guerres du XXe siècle, une nation civilisée comme la Russie puisse se lancer encore dans l’invasion d’un pays frère. C’est vrai que le fanatisme religieux transformant des croyants en personne capable d’assassiner et priver des filles d’éducation et de liberté me semble tout à fait contradictoire avec n’importe quelle foi en un Dieu créateur. C’est vrai que cette pandémie nous a surpris et nous a bien secoués, nous et notre économie.

C’est vrai que cela fait beaucoup de mauvaises nouvelles.

Ce qui, néanmoins, me conforte dans votre optimisme d’hier, c’est votre indignation devant ces drames tout à fait stupides. Je trouve tant de jeunes aux idées si claires, avec une vraie conscience, que j’en suis tout épaté sur la nature humaine. Je dois reconnaître qu’à cet âge là j’avais un niveau d’insouciance stratosphérique par rapport à votre génération, par rapport à ce que vous exprimez d’une façon si vivante. C’est pourquoi je suis heureux et fier de pouvoir offrir votre témoignage, votre cri, à la méditation de la population. J’aimerais pouvoir partager votre billet par un canal plus puissant que ce blog de l’église protestante de Genève, mais c’est déjà cela : il y a quand même plus de 65.000 visiteurs différents par mois sur ce site, des personnes aux 4 coins du monde qui aiment réfléchir et prier librement, qui aiment intérioriser et faire quelque chose de ce qu’ils pensent. Un témoignage si intelligent et touchant a bien plus d’influence que l’on ne le pense, il peut être d’une façon repris de conscience en conscience.

Donc merci, grand merci d’ouvrir les yeux, de discuter, de vous indigner et d’ouvrir votre bouche comme vous le faites. Cela change le monde.

Je ne crois pas que notre espèce soit définitivement celle de la destruction, vouée à tout saccager sur son passage, à refaire en boucle les mêmes erreurs, encore et toujours. Je pense sincèrement que l’humanité évolue.
Je ne crois pas que notre espèce soit celle de la haine qui triomphe, de l’obscurité trop épaisse, éteignant toute lumière de la beauté des âmes. Je pense que l’amour est plus fort que les forces de mort.

Et votre indignation le montre, elle est un attachement profond au bien et à la vie, un écœurement devant la destruction, l’égoïsme et la haine. Ainsi que votre touchante gratitude pour ceux qui vous ont aidée à vivre et à grandir, à devenir qui vous êtes aujourd’hui. En effet, comme vous le dites, il faut des trésors de soins et d’amour pour qu’une simple cellule ne pensant qu’à se nourrir et à se multiplier devienne elle même une personne qui pense et qui aime. Pourtant, n’importe quel imbécile peut tuer son prochain. Comment se fait-il que la vie existe alors que le bien est si improbable et demande tellement de trésors de bonté et d’habileté, face au mal qui est si simple et apparemment si puissant ? C’est que les deux ne sont pas symétriques. Le bien et la vie, l’harmonie, la bonté, la beauté ont une puissance extraordinaire qui fait que chaque petit geste qui va dans le sens de la vie mettait en mouvement mil autres petites forces, se multipliant et se rependant. Alors que le mauvais geste est puissant sur l’instant, certes, mais l’écœurement qu’il suscite par tout ce qui aime la vie produit comme naturellement des anticorps contre cette haine. C’est ce que je lis dans votre témoignage, l’amour du bien et de la vie, l’amour du respect. Je lis la pensée qui s’élève, la conscience qui se forme, une belle conscience.

Seulement, chaque personne doit revivre en accéléré les 3 milliards d’années d’évolution depuis l’apparition de la vie sur terre, apprendre à marcher, à parler, à aimer, à faire de la musique, à réfléchir, à prier. Chaque génération repart en quelque sorte à zéro et doit tout apprendre des générations précédentes. C’est normal que les progrès de l’humanité soient lents. Il faut nous comprendre, chaque premier pas, chaque progrès est un prodige. Et il y a des progrès, je pense. L’idée même de respect de la vie, de respect de la conscience d’autrui. Et la place de la femme ! il y a même pas cent ans elles n’avaient pas le droit de vote dans notre pays et maintenant, quelle proportion de la population serait favorable à leur enlever ce droit ? L’idée même que la planète n’a pas des ressources inépuisables fait son chemin dans les consciences, réalité tout à fait nouvelle. Donc, si : l’humanité évolue. Elle évolue lentement, dans une évolution qui bégaye parfois. Et en voyant moult personnes de votre génération, et aussi de la génération qui vous précède, avoir une belle prise de conscience, je dois dire que je croit même dans une belle évolution de l’humanité. Ce n’est pas un optimisme béat, car je trouve cette prise de conscience encore brouillonne. J’espère qu’elle va s’engager dans des actions non pas d’opposition mais de construction, d’inventions, d’engagement démocratique, de solidarité, de pensée et de littérature, vous me semblez largement capable de cela. Que ces générations (la vôtre touchant celle qui vous précède et mobilisant la suivante) vont avancer dans une sorte de siècle de lumière.

Votre foi aussi me semble très prometteuse. Vous vous interroger « pourquoi Dieu s’emmerde-t-il avec nous ? » interrogation lumineuse. Qui rejoint cet étonnement et cette gratitude que vous exprimez, et cet étonnement émerveillé devant ces êtres bons et lumineux qui vous ont aimée sans que vous compreniez pourquoi. La réponse me semble être l’amour du bien, l’émerveillement devant la vie, devant la dentelle d’une toile d’araignée, et que dire de la découverte d’une personne dont on voit le visage, le regard, et que l’on devine en elle l’enfant qu’elle reste en réalité ?

Bravo de faire place à Dieu dans cette interrogation. Il ne nous a pas abandonné. Il ne nous abandonnera pas car il aime. Il nous aime personnellement, et en tant qu’humanité. Nous sommes un enfant. Son enfant. On aime son enfant, même s’il n’est pas performant. De plus, Dieu voit tout le potentiel que nous avons, et il ne perd pas courage. Il ne lâchera pas l’affaire. Ni celle de notre belle petite planète, ni de l’humanité. Il est vrai que beaucoup l’abandonnent aujourd’hui, bravo de ne pas le faire. Mais là aussi, je ne suis pas pessimiste. Les foules quittent plutôt les religions et des images de Dieu assez nocives, ce qui laisse la place à une foi plus profonde et plus sincère, plus authentique. J’ai personnellement eu l’immense chance de rencontrer des centaines de personnes venant de l’athéisme demandant à être baptisées, faisant une belle place pour Dieu dans leur vie, d’une façon particulièrement féconde.

Donc, je suis désolé que vous soyez dépitée, mais je dois bien reconnaître que vous avez participé à me donner, à moi, un élan et une espérance en l’avenir. Si ce miroir pouvait, à vous, ressusciter votre espérance active, ce ne serait que justice.

Dieu vous bénit et vous accompagne, et je suis persuadé qu’en vous il croit.

par : pasteur Marc Pernot

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Marc Pernot

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11 réponses

  1. Cédric dit :

    Quelques part je me demande si cette capacité que nous avons à connaître l’injustice du monde n’est pas un signe de l’existence de Dieu.
    Le fait que malgré tout le mal nous aspirons au bien.

    • Stéphanie dit :

      J’avoue être dans le même état d’esprit que C. Je lis Kant, Spinoza, …et Steven Pinker sur la nature humaine. Je fais la critique du christianisme qui est anthropocentré, je fais donc de ce fait ma propre autocritique.
      Je pense qu’il y a en effet chez l’humain cet attrait vers l’absolu, vers l’infini, vers le dépassement de soi, dans les idées. Et cependant, on oublie trop souvent que nous restons également des animaux, avec notre système limbique qui nous pousse à l’autoconservation, à l’agressivité, à la conquête, même chez les plus civilisés d’entre nous. Si je ronchonne si souvent, c’est que je n’ai également, pas encore, abandonné l’espérance.

  2. Claire-Lise Rosset dit :

    Bonjour,

    La question du Mal me préoccupe depuis des décennies sans y trouver de réponse satisfaisante.

    Nous nous sentons si souvent – moi la première – comme le disciple Pierre, obsédé par le vent, la tempête, les vagues et qui, à juste titre, a peur de la noyade autant physique qu’ existentielle. Et quand Jésus marche sur les eaux à sa rencontre, il est trop terrorisé pour le reconnaître.
    Nous aussi, dans ces temps de turbulences, nous sommes comme Pierre, morts et vivants à la fois. Et nous prenons Jésus pour un fantôme encore plus terrifiant que la tempête qui nous habite. Alors, un seul cri ne peut que sortir de notre bouche, celui de Pierre :
    Seigneur, sauve-moi !

    Quand nous récitons la prière du Notre Père, nous crions face au mal qui nous submerge de toutes parts : Notre Père qui est aux cieux … délivre nous du mal !

    « Aux yeux de Jésus, le mal revêt une multitude de facettes. La maladie qui porte atteinte à l’intégrité de la personne, les calamités et les catastrophes qui perturbent la vie sociale, la méchanceté foncière de l’être humain à l’égard de son prochain, les tourments qui affectent sa vie personnelle, en sont autant d’exemples. Le mal ne se réduit donc pas à une faute occasionnelle et individuelle ; ce serait le banaliser. Le mal est une puissance destructrice qui s’empare de la vie humaine pour la réduire à sa merci et l’anéantir. »

    « La maladie qui dévaste indistinctement la vie des justes et des injustes, les séismes qui frappent aveuglément, les crimes indicibles commis par notre civilisation contre des millions d’innocents, disent la force du mal et sa capacité à frapper des victimes désemparées. A ce mal qui anéantit la vie telle que Dieu la veut, l’être humain ne peut résister par ses propres forces. Il est bien incapable d’éteindre le feu qu’il a allumé avec ses frères et sœurs en humanité. Et c’est pourquoi il se tourne vers Dieu pour solliciter son aide et prier pour sa libération. Dieu seul peut restaurer la vie dans sa plénitude et libérer ceux et celles qui sont broyés par le mal. »

    « Le Dieu de Jésus, comme nous l’avons vu tout au long du Notre Père, est ce Père proche et compatissant qui vient à la rencontre de ses créatures pour les secourir, les libérer et les sauver. Et c’est pourquoi, selon Matthieu, Jésus peut apprendre à ses disciples à en appeler avec confiance au Dieu libérateur. L’être humain n’est pas livré sans remède au mal. Il n’est pas tragiquement abandonné au désespoir, à la destruction et à la mort. Il est toujours à nouveau celui que Dieu arrache au pouvoir du mal pour le remettre sur le chemin de la vie. Ce cri qui achève le Notre Père est l’expression même de la promesse de l’Evangile. »*

    (*Notre Père, La prière de Jésus au cœur de notre vie, Jean Zumstein, Ed. du Moulin, 2001, p. 72, 73, 74)

    Jésus ne disait-il pas à ses disciples si apeurés à l’approche de sa condamnation et de sa crucifixion :

    Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, moi j’ai vaincu le monde.
    (Jean 16 : 33)

    Bien à vous
    Claire-Lise Rosset

  3. Claire-Lise Rosset dit :

    Merci, cher Pasteur Marc, pour le lien sur le mal et la souffrance si bien structuré qu’ il permet aussi de structurer ma pensée sur un sujet si complexe.
    Cordialement
    C-L Rosset

  4. Lili dit :

    « C’était tout cela pour moi, l’humanité, et, naïvement, de nature idéaliste, j’espérais fermement, je CROYAIS en l’espoir, je croyais qu’avec notre espérance, nos envies d’agir et nos utopies, nous pourrions faire face aux défis qui nous attendaient, même au pied du mur, nous pourrions apprendre de nos erreurs, nous « pourrions » faire dominer la lumière, même un tout tout petit peu. »
    => il me semble que l’usage du conditionnel est de trop puisque vous venez de réaliser une jolie démonstration d’espoir : vous montrez que c’est possible de « faire dominer la lumière, même un tout tout petit peu ».
    Et ce, parce que vous avez opposé de façon frappante à l’idée d’un mal, l’idée d’un bien en contrepoint. A bien observer, on ne peut être qu’interpellé par les disproportions que vous évoquez. Le bien peine à paraître une réponse convenable au problème du mal. La Shoah avec en face les procès de Nuremberg ou tout ce que vous voudrez y mettre, ça ne fait pas le poids, comme on dit. C’est qu’il n’y a pas de réparation possible, ce qui est perdu l’est définitivement, d’autant plus dans un tel niveau d’horreur. (En cela, je ne serais pas d’accord avec vous, Monsieur Pernot, j’y vois une symétrie opposée : le mal me semble bien plus puissant que le bien et l’amour quelque chose d’extrêmement faible voire de tout à fait mortel. Mais j’apprécie votre optimisme.) La réponse au problème du mal ne peut pas être donnant-donnant , la loi du talion est paradoxalement inégalitaire. Si on exécute un meurtrier, on ne fait évidemment pas revenir sa victime. Et quoi qu’on propose à la famille de la victime, le mal est fait définitivement. Ce qui n’exclut pas qu’on soit en droit, voire qu’on ait le devoir d’exiger une réparation. Mais cela a un côté désespérant, j’en conviens.
    Mais pour ne pas verser non plus dans un pessimisme anthropologique de circonstance, peu original, on peut noter dans tous les exemples de C. que l’homme fournit une réponse au mal, qu’il ne le laisse pas régner sans partage. Alors la réponse n’est pas toujours de grande ampleur, et elle ne peut pas l’être, mais elle est bien là. Il y a toujours une réponse qui s’impose et fait barrage à la plénitude du mal, qui en brise la chaîne si on peut dire. Alors le mal frappe ailleurs oui, sous une autre forme et cela n’aura pas de fin tant que nous existerons et il faudra recommencer à lui faire face et c’est complètement absurde. Être un homme, c’est aussi être un Sisyphe dont Camus nous dit bien qu’il faut l’imaginer heureux. Leçon assez compliquée tout de même. La problématique du pardon comme réponse pourrait peut-être, là, être soulevée.
    Je ne sais pas si cette résistance au mal témoigne de la présence de Dieu comme Cédric se le demande, là c’est plus compliqué, mais je crois qu’elle témoigne au moins de la présence de notre liberté, de la possibilité que notre conscience nous offre de faire barrage parce que nous croyons (au sens de « fidelitas » donc et pas de « credere ») qu’il y a quelque chose au-dessus de nous, des valeurs, un absolu qui en vaut le coup, ce pour quoi les Ukrainiens se dressent désespérément devant les assauts russes. Je ne dirais pas pour autant que cet absolu c’est Dieu, mais certains peuvent le trouver là.
    Alors, ensuite, associer le mal que les hommes produisent au système limbique (en tant que Stéphanie l’associe à un comportement primaire, sauvage si j’ai bien compris) en voulant que la loi du plus fort domine encore et toujours chez l’homme et y voir la raison de la violence, c’est peut-être réducteur. Parce que là où cette « vie primaire » domine complètement, dans le règne animal, nous ne voyons ni extermination, ni assassinat, ni guerre sauf dans les Fables de La Fontaine, ce qui est bien la preuve que le fabuliste n’évoque pas réellement les animaux. Chez les animaux, le besoin satisfait, la violence cesse (il y a peut-être des exceptions, je pense à ce renard qui a égorgé toutes les poules du voisin en en dévorant que la moitié d’une…). Il n’y a pas de mal, ni de méchanceté dans la nature. « Attention, chien méchant » est un abus de langage me semble-t-il. « Maître méchant » par contre…
    Pour l’espèce humaine, c’est différent. Il me semble que c’est même plutôt la faiblesse de notre « système limbique» qui introduit du mal (pas mécaniquement non plus), car il laisse place à la conscience et que nous pouvons choisir le mal (pas au sens où nous voudrions volontairement faire le mal, cela doit être extrêmement rare, mais dans le sens où nous consentons à lui faire une place, à le laisser se développer sans que nous cherchions à nous y opposer simplement parce que cela nous arrange sur un autre plan), comme une volonté négative. On fait ça très facilement, presque sans y penser, c’est bien le problème du mal – ce que Arendt reproche justement à Eichmann, je crois – et cela c’est bien plus redoutable que l’instinct sanguinaire d’un squale dominé par son système limbique. Juger des choses en bien ou en mal est donc essentiel à certains moments pour diriger l’action (les Stoïciens estimaient que nos jugements sont les seules choses qui dépendent de nous et qui nous libèrent) – et cela se passe de morale, à mon sens, car il ne peut y avoir d’éducation au bien. M. Pernot parle d’écœurement devant ces exactions, c’est exactement ça. Personne n’a besoin de nous signaler le mal et toutes les manifestations que nous voyons de par le monde pour protester contre cette invasion le signalent assez.
    D’où vient le mal alors ? Eh bien nous ne le savons pas et même je crois qu’il n’y a pas de réponse à cette question, ça ne sert peut-être à rien de se torturer l’esprit. Et de toute façon, que Dieu soit responsable du mal ou qu’il ne le soit pas ne change rien au problème pratique (du coup, je ne suis pas sûre que les théodicées aient grand intérêt) que pose le mal : que devons-nous / pouvons-nous lui répondre ? Pouvons-nous l’éviter ?
    La question se pose de façon terrible aujourd’hui, et c’est admirable de la présenter telle que vous le faites, C., dans votre formulation.
    Quant à l’origine du bien, je n’en sais rien non plus, mais nous savons intuitivement que nous devons l’opposer au mal et que c’est tout ce qui nous distingue des autres vivants. L’espoir est dans l’action même très faible, même incertaine. Mais comme vous, j’ai très peur pour les Ukrainiens et les Russes d’Ukraine et d’une extension de ce conflit. Alors, on essaie de les aider comme on peut, chacun à sa façon, même si on ne sait pas trop où tout cela va mener, en se disant qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre.

    Bien à vous

    • Pascale dit :

      « Et de toute façon, que Dieu soit responsable du mal ou qu’il ne le soit pas ne change rien au problème pratique (du coup, je ne suis pas sûre que les théodicées aient grand intérêt) que pose le mal : que devons-nous / pouvons-nous lui répondre ? Pouvons-nous l’éviter ? »
      Au contraire, il me semble important de se positionner par rapport à cette question de Dieu responsable ou non du mal, car de la réponse que l’on donne peut dépendre notre propre attitude face au mal. En effet , si on pense qu’aucun mal ne vient de Dieu, cela légitime l’attitude qui consiste à lutter contre toute forme de mal, à ne pas l’accepter, à s’en indigner. Alors que si on pense que Dieu est aussi à l’origine du mal, ou tout au moins d’une partie, on peut être amené à travailler sur l’acceptation, ou bien se sentir légitime d’utiliser la violence pour atteindre certains objectifs, ou … Par exemple, dans une question posée ici récemment, une personne ne se sentait pas autorisée à pleurer la mort d’un jeune homme en pensant que cette mort pouvait être voulue par Dieu, ou que c’était son destin, pour le dire autrement, et par conséquent, elle avait à travailler sur l’acceptation au lieu d’être dans la révolte. La façon dont on relie Dieu au mal n’est donc pas anodine.

      • Marc Pernot dit :

        Grand merci.

      • Lili dit :

        Merci, Pascale, pour cette objection. Je suis allée un peu vite, pardonnez moi. Je voulais surtout dire que les théodicées ne servent qu’à rendre compatible l’existence d’un dieu bon avec l’existence du mal (l’incompatibilité pouvant faire admettre au moins logiquement l’inexistence de Dieu ou l’inexistence du mal/l’existence d’un moindre mal). Elles ne cherchent pas à régler à proprement parler le problème pratique que pose le mal. La mort d’un enfant, d’un innocent, c’est bien le scandale absolu dont les toutes les théodicées veulent dédouaner leur dieu. Mais comment vivre un tel scandale ? ces théodicées se gardent bien d’en dire un mot, c’est en cela qu’elles sont décevantes. De fait, l’argument possède indéniablement une grande force théorique. Abandonner la toute-puissance divine permet sans doute de le contourner mais pas de le désamorcer totalement, je pense.

        Déjà il faudrait distinguer deux genres de maux. Celui qui se produit dans la nature et que je subis (tsunami, maladies, mort…) mais qui ne me vise pas intentionnellement, du mal que les hommes produisent envers eux-mêmes et surtout envers les autres intentionnellement, avec tous les degrés de l’intention. La responsabilité humaine vis-à-vis du mal n’est alors pas tout à fait la même.

        Je suis bien d’accord avec vous sur le principe qu’en fonction de la réponse qu’on donnera à l’origine du mal s’ensuivra une attitude déterminée. Là où je trouve que vous allez un peu vite c’est en concluant à des attitudes conventionnelles/stéréotypées selon la réponse, et en les opposant. Je trouve que 1) toutes les attitudes se rencontreront dans les deux cas de figure que vous évoquez, 2) ce sont de pseudo-connaissances de l’origine du mal et 3) qu’on peut se déterminer sans mêler Dieu à l’affaire.

        1) Si on rend Dieu responsable du mal, on verra peut-être une attitude de soumission chez certaines personnes de par la crainte de déplaire à Dieu et de s’en attirer les foudres d’une façon ou d’une autre (j’espère que ce sera une minorité). Certains s’en serviront peut-être comme d’une menace pour chercher à dominer d’autres hommes (j’espère qu’ils seront encore moins nombreux). On pourra aussi voir, comme vous l’indiquez, d’autres personnes qui se serviront alors de Dieu comme d’un modèle et se sentiront autorisées à agir de façon ignominieuse, soutenant que « puisque Dieu fait le mal, je peux le faire aussi » ou bien que « le mal ce n’est peut-être pas si mal après tout, voire même que c’est un bien… » (on les espère en nombre infinitésimal les illuminés, idéologues et fondamentalistes de tous ordres ayant largement abandonné l’usage du bon sens).
        Mais on trouvera aussi des personnes qui se révolteront contre Dieu et qui résisteront à cette acceptation. Il me semble que ce n’est pas si rare. Il y a de très belles pages de cette révolte chez Elie Wiesel dans son autobiographie « La Nuit » (mais ne pas lire en période de déprime car on descend très très bas dans l’horreur de l’humain, certaines pages sont à la limite du soutenable et continuent longtemps à vous hanter) et il doit bien y en avoir aussi dans l’Ancien ou le Nouveau Testament mais là, je sèche…

        2) De la même façon quand vous concluez de l’innocence de Dieu vis-à-vis du mal à la légitimation de la révolte et de l’indignation humaine face au mal : on ne sait pas d’où vient le mal donc on s’indigne, sans d’ailleurs à ce moment indiquer de quelle nouvelle origine proviendrait le mal, mais mettons qu’il se produise sans raison consciente, selon une combinaison de la matière, eh bien on pourrait tout autant conclure au laisser-faire. Comme on ne sait pas d’où vient le mal (l’ordre infini des causes matérielles étant tout aussi inconnaissable que Dieu), on ne peut pas le prévoir, alors on ouvre par la même occasion la voie au fatalisme : « laissons faire, on n’y peut rien, c’est comme ça et puis c’est tout, résignons-nous. » La révolte ne sera sûrement pas automatique même si on considère que Dieu n’est pas responsable du mal.

        En outre que dit-on quand on dit que Dieu est responsable du mal ?
        Si Dieu était responsable du mal, admettons l’hypothèse (que personnellement je ne défendrais pas), qui peut dire que Dieu ne produit pas le mal justement pour que nous nous révoltions contre lui, pour nous entraîner à ne pas admettre le mal ou, au contraire, pour que nous éprouvions notre foi en lui, notre obéissance en nous résignant à sa volonté, comme Job ? Personne. C’est indécidable. Dieu seul le sait, comme on dit. Donc comment pourrions-nous justifier un comportement face au mal dont Dieu serait responsable (révolte ou tolérance) en utilisant une telle indétermination ? cela relèverait au mieux de la malhonnêteté intellectuelle, au pire du charlatanisme.
        Il me semble donc illusoire de penser d’où vient le mal (Dieu ou autre chose) pour motiver notre réaction (révolte ou soumission). L’origine du mal reste un mystère à mon sens mais si quelqu’un sait d’où il vient et peut l’exposer, je serais à l’écoute. Le problème du mal me semble plutôt être celui de la souffrance, un problème pratique essentiellement. Mais cela se discute bien sûr.

        3) Quand je disais aussi que le mal, nous savons intuitivement où il se trouve (même si nous ne savons pas d’où il vient), je pensais aux enfants qui font ça très bien, par exemple lorsqu’il voit pour la première fois un sdf dans la rue et qu’on leur explique que ce sont des gens qui n’ont pas de maison, ils nous demandent aussitôt pourquoi on ne le ramène pas à la maison puisque nous, nous en avons une, ce qui est bien dérangeant… On peut y voir ce que vous appellerez peut-être la grâce ou amour du prochain, ce que Rousseau nomme « pitié », finalement un sentiment originaire de reconnaissance de la souffrance/la détresse humaine. Il est vrai que cette première intuition peut être recouverte par toutes sortes d’habitus qui la masqueront ensuite.
        Elle me semble visible, à moi qui débarque sur ce site, dans nombre de questions posées au pasteur (assez angoissées parfois) qui se résument souvent à cette forme : « on (une figure plus ou moins d’autorité, un proche, un pasteur, la Bible elle-même etc…) m’a « dit » que telle chose était mal, mais moi je trouve ça bizarre, je n’ai pas l’impression que c’est mal, je ne sais pas trop si j’ai raison de le penser parce que je ne peux pas argumenter (c’est intuitif), donc je vous demande votre avis, Monsieur le Pasteur ». Ces personnes cherchent, davantage qu’une réponse surprenante, une confirmation de leurs intuitions pleines de bons sens, de leurs jugements spontanés (s’ils posent une question, c’est qu’ils ont trouvé un truc qui cloche, tant mieux). C’est le cas dans l’exemple que vous citez : la conduite qu’on lui demande d’avoir lui paraît injustifiée intuitivement (de fait cette demande se fonde sur une hypothétique volonté divine dont on ne peut rien savoir en réalité, insondable d’où il serait étrange de faire sortir une conséquence nécessaire). Que de soulagement aussi dans chaque réponse qui veille à regarder les conséquences pratiques, à réparer, bravo. Il y a là œuvre utile.

        Tout cela reste très schématique, il y aurait beaucoup à dire, surtout à creuser autour de la responsabilité humaine face au mal.

  5. Séverine dit :

    C’est parfois la désespérance en l’humanité qui conduit en l’espérance de Dieu. La vie de Jésus et sa Passion m’ont aidées à retrouver l’espérance que j’avais perdue.

  6. Marc Pernot dit :

    Une belle citation postée par l’excellent collègue, le Père Jérome Prigent :

    Michel Serres ne fut pas seulement le penseur (au préjugé optimiste) que l’on croit:

    Aussi loin que nous remontions en nos souvenirs personnels ou par la mémoire de l’histoire, nous étonne la répétition monotone de nos fautes de violence : nous faisons la guerre, nous versons le sang, blessons des innocents, les enfants et les femmes, exploitons les faibles et les misérables, infligeons à autrui des hiérarchies vaines, des cruautés physiques, des humiliations sexuelles ou affectives, jouissons tous les jours du spectacle de la mort, saccageons la face de la Terre, méprisons la connaissance et la beauté… Nous devrions au moins avoir appris depuis notre origine ce que nous faisons. Comment pouvons-nous encore ignorer ce péché originel inscrit au plus noir de nos âmes et continûment dans notre histoire : cette pulsion meurtrière ?

    Seul un Dieu d’une miséricorde infinie pourrait nous pardonner la série infinie de ces actes infâmes et l’inconscience où nous restons de ne cesser d’y revenir.

    Père, pardonnez-leur, parce qu’ils ne savent ce qu’ils font.

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