04 février 2024

Femme priant debout dans la nature, au crépuscule - Photo de Marcos Paulo Prado sur https://unsplash.com/fr/photos/femme-en-veste-noire-debout-sur-le-champ-dherbe-verte-pendant-la-journee-LlrQF5JFRIs
Prière

Pourquoi Dieu n’a pas exaucé la prière de Jésus demandant d’être sauvé à Gethsemani ?

Par : pasteur Marc Pernot

Question posée :

Bonjour,
Je me demande pourquoi Dieu n’a pas répondu à la prière de Jesus qui implore que la coupe passe loin de lui. Si Dieu l’avait exaucé qu’est ce que cela aurait changé pour nous?
Malgré d’innombrables lectures et formations je ne comprends toujours pas cette volonté du Père à ce moment-là.
Merci

Réponse d’un pasteur :

Bon dimanche

Cette question est très intéressante, à plus d’un titre :

1) La mission du Christ ?

On a souvent dit que Dieu aurait besoin de la souffrance et de la mort de Jésus. C’est souvent expliqué par la nécessité de « payer » pour les fautes, et que les souffrances de Jésus, innocent et même divin, aurait payé pour les fautes de tous les coupables. Cette théorie est épouvantable, contraire à toute justice (comment la mort d’un innocent satisferait une justice digne de ce nom), et est contraire à ce qu ele Christ révèle : l’amour de Dieu même pour le pécheur. L’amour vrai ne s’achète pas, et encore moins par la souffrance d’un innocent.

Heureusement, une parabole de Jésus lui-même dit que le projet de Dieu n’est pas la mort de son fils mais qu’il soit respecté, entendu, et que l’humanité se réconcilie avec Dieu (Matthieu 21:37)

Ce n’est donc pas la volonté de Dieu que Jésus meure. Mais c’est la volonté des humains, en particulier des autorités religieuses. Reconnaître Jésus comme Christ signifie lui remettre les clefs de leur pouvoir.

Alors comment faire ? Quelles possibilités ?
Jésus pouvait, comme il l’a souvent fait, esquiver, partir incognito dans un coin tranquille. Il aurait pu se faire plus discret, par exemple aller dans une île comme Jean à Patmos, quelques années pour préparer de nouvelles paraboles, revenir plus tard, ou les envoyer par écrit à ses disciples pour qu’ils les diffusent…
Ou Jésus pouvait se dire : haut les cœurs, j’ai eu bien le temps de dire et de montrer mon Evangile, maintenant il faut y aller en actes, ça passe ou ça casse mais je dois me révéler aux autorités religieuses, peut-être écouteront-elles Dieu, pour une fois ?
Dans tous les cas Jésus ne cherchait pas la mort, c’est ce que dit sa prière. Son choix n’est pas un suicide, Aller à l’abri ne serait pas une fuite ce serait une stratégie. Affronter les autorités n’est pas choisir la mort c’est aller au bout de sa mission par amour avec courage, foi  et détermination.

Comme toujours, Dieu est source de libération, source d’éclairage, il nous aide à voir clair et à discerner, il nous donne le courage de choisir et d’avancer. Je pense que c’est ce qu’il apporte à Jésus, il revient en parlant de l’effet de sa veille et de sa prière, celle de trouver de la force par l’Esprit pour secourir notre faiblesse d’être de chair. C’est Jésus, Jésus lui-même qui choisit la seconde solution, et il décide qu’il est temps de tout donner dans sa mission. Il ne le fait pas par soumission à Dieu, mais en connaissance de cause, comme un pompier se lance dans une maison en flamme malgré le danger pour sauver le maximum de personnes, si possible, alors qu’e le pompier aurait pu décider que c’était trop tard et de seulement utiliser une lance à incendie à distance… Choisir d’y aller n’est pas choisir la mort mais la vie, même si le pompier sait bien que c’est la mort qui l’attend à 90%, c’est en responsabilité qu’il choisit sa mission de sauver.

Dieu a donc bien répondu à la prière du Christ, il l’a exaucée, bien sûr. Mais Jésus aurait pu choisir la première possibilité et cela aurait été très bien aussi. Cela aurait été autre chose, assurément. Le fait est que la croix a bouleversé les disciples : comme un don de soi qui montre l’importance ultime que l’amour des humains même pécheurs importait pour Jésus (et donc pour Dieu), cela montre qu’il y a des choses plus importantes dans la vie même que notre survie biologique : la qualité de la vie compte, pas seulement la quantité de jours : et que cette qualité passe par l’amour, la confiance en Dieu : vivre avec intensité, vivre en débordant de vie. Et puis, les disciples ont dû se débrouiller dans une sorte de « À nous maintenant ! » de reprendre le flambeau. Si Jésus était resté planqué dans un coin, les disciples se seraient entièrement reposés sur lui, il n’y aurait pas eu ce choc mais une passation de responsabilité progressive. Je ne suis pas certain que cela aurait été si puissant, mais peut-être? Dieu a de la ressource et il aurait de toute façon tiré le meilleur de cela aussi.

Et cela aurait pu marcher que Jésus aille devant les autorités. Le tribunal religieux aurait pu dire « amen », le gouverneur romain aurait pu le prendre comme conseiller spécial ? Une sorte d’esprit christique aurait se développer dans le Temple de Jérusalem et dans les synagogues, se diffuser dans l’empire romain… il n’y aurait pas eu la révolte de 70 et le temple serait toujours debout… mais tout cela est le la fiction, on ne peut pas inventer l’histoire qui n’a pas eu lieu. Saut que j’ai confiance que Dieu aurait cherché à tirer le meilleur de Jésus comme Christ pour porter le saut au monde. Il a plus d’une corde à son arc, ou plutôt à son luth car Dieu n’avance pas à coup de flèches.

2) L’exaucement de notre prière

Dieu entend nos projets, nos plaintes, notre louange, nos demandes… puis Dieu n’en fait qu’à sa tête. Et heureusement. Car sinon où irions-nous ? C’est lui qui sait ce qu’il peut faire, et ce qu’il est le mieux de faire, il le sait infiniment mieux que nous. Il est donc préférable que ce soit Dieu qui soit aux commandes. Et pourtant, la Bible nous dit que Dieu nous suit, nous accompagne sur le chemin que nous avons choisi. Dans un sens c’est nous qui tenons le gouvernail de notre trajectoire (pour le meilleur et pour le pire). Mais Dieu ne nous abandonne pas, il tient compte de tout et cherche à injecter des élans de nouveauté, des impulsions créatrices, il nous lance des idées, il suggère, appelle, touche… afin que nous puissions rectifier vers le meilleur possible. En général, Dieu augmente le nombre de possibilités qui s’offrent à nous, sa volonté qu’il est bon d’écouter n’est pas un rail avec une seule voie, mais il nous envoie une mise en lumière de la situation réelle, avec les différents facteurs faisant que cette réalité est complexe, souvent avec du bien et du mauvais à divers degrés et dans différents domaines. C’est pourquoi Jean commence son témoignage sur l’Evangile du Christ (et sa 1ère lettre) en disant que la Parole de Dieu est lumière : nous libérant pas un regard vrai sur la situation il nous libère pour choisir en connaissance de cause.

Dieu n’est pas un magicien qui tire les ficelles du destin. Ce n’est pas lui qui a un bouton pour faire pleuvoir quand il pleut ou qui pourrait faire cesser de pleuvoir quand il a trop plu… Dieu est créateur mais pas si directement que cela.

Qu’aurait-il pu faire pour Jésus ?

Si l’on en croit la parabole de Jésus il a mis toute sa force de persuasion par son Esprit pour que les autorités religieuses, à la majorité, se disent : voilà le Messie que nous attendions, écoutons le ! Ou, au moins, relâchons cet homme, nous verrons bien s’il vient de Dieu ou non.

Mais en tout cas, ce n’est certainement pas Dieu qui a envoyé les gardes, pas Dieu qui a soufflé aux autorités d’exécuter un innocent.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

 

Réponse du visiteur :

Bonjour Marc,
merci pour votre réponse qui m’a bien aidée.
Je me permets de vous poser encore une question, j’espère que je n’abuse pas.
Je ne saisis pas en quoi Jésus nous a délivré de nos péchés par sa mort et sa résurrection. » Il est mort pour nos péchés », » il a porté nos souffrances, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé. » je ne comprends pas ce « passage de charge » si j’ose dire.
quel lien entre nos péchés pardonnés, le salut et la vie et mort de Jésus?
merci
cordialement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Il y a effectivement une théorie tardive qui explique que Dieu aurait eu besoin de la souffrance de Jésus pour équilibrer les grandes fautes de l’humanité. C’est une idée absolument épouvantable, comme si les souffrances et la mort d’un innocent pouvait satisfaire Dieu. C’est une conception de Dieu épouvantable, et c’est une idée de la justice absolument terrible, digne des opérations de représailles des tyrans sanguinaires sur des otages innocents.

C’est à mon avis bien plus simple que cela. Dieu pardonne parce qu’il aime. Et il aime chaque personne humaine parce que la nature de Dieu est d’aimer, comme la maman aime son bébé.
Ensuite, Dieu envoie Jésus pour dire cet amour aux humains, cet amour gratuit. Cela ne plaît pas aux chefs religieux qui craignent de perdre leur influence sur le peuple : ces chefs craignent que nous ne suivions pas leur religion poussés par la crainte si Dieu nous aime de toute façon. Du coup Jésus est menacé. Jésus aurait pu s’enfuir mais il assume sa mission et il est exécuté.
L’apôtre Paul explique qu’il n’est déjà pas très drôle de mourrir pour servir des personnes justes, mais qu’en allant au bout de sa mission,Jésus a donné sa vie pour les humains pécheurs, imparfaits, indifférents et même parfois méchant : et que cela montre vraimentqu’il a aimé l’humanité plus que tout, et que cela est un vrai signe que Dieu nous aime aussi, même si nous sommes imparfait.

Ça pourrait nous réconcilier avec Dieu, nous motiver pour nous ouvrir à Dieu sans aucune crainte, et recevoir de lui ses bons soins. Cela nous aiderait énormément.

C’est ainsi que Dieu est mort pour nous tous, afin que Dieu puisse nous aider dans nos difficultés à être en forme et à être une (encore) meilleure personne.

Jésus est ainsi comme un pompier qui prend des risques pour sauver des personnes en plein incendie. Et il y a perdu la vie physique. C’est bien dramatique, mais son message est passé : Dieu est amour pour nous, en particulier.

Est-ce que cela vous semble plus compréhensible ?

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : pasteur Marc Pernot

Pour aller plus loi, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie ou celui des « mots qui piquent » :

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