
Pourquoi les chrétiens se réunissent-ils le dimanche et pas le samedi comme dans le Décalogue ?
Le Décalogue commande de sanctifier le septième jour, le Shabbat. Pourtant la plupart des chrétiens se réunissent le dimanche. Ce choix, déjà présent au temps de l’apôtre Paul, trouve son sens dans la résurrection du Christ et dans la liberté offerte par la nouvelle alliance : ce n’est pas le jour qui compte devant Dieu, mais la place que nous faisons à notre foi.
Question posée :
Bonjour mon frère, je suis au Bénin, en Afrique de l’Ouest.
Je ne comprends pas pourquoi nous allons à l’église le dimanche pour adorer. Pourtant rien dans la Bible ne nous encourage à le faire. Cette histoire du jour de l’adoration est bien inscrite dans les dix commandements ; malgré cela, il me semble que nous violons cette loi de l’Éternel Dieu. Que dois-je comprendre de cette affaire ?
Que Dieu vous bénisse. Amen.
Réponse d’un pasteur :
Bonsoir Monsieur,
Ce choix de se réunir entre disciples du Christ le dimanche est bien attesté dans la Bible : cela existait déjà du temps de l’apôtre Paul, qui était auparavant un juif très pratiquant et traditionaliste, formé par les plus grands rabbis, et qui connaissait bien tout ce qui concerne le Sabbat et le rapport à la Loi de Moïse. Or, nous voyons bien préciser, comme si c’était important, que Paul réunit les fidèles pour un culte « le premier jour de la semaine » (Actes 20.7) ; il n’est pas dit qu’il les réunit le 7ᵉ jour et que ce temps d’assemblée se poursuit jusqu’au 1ᵉʳ jour de la semaine.
Paul n’ignorait pas que le Décalogue de Moïse porte ce commandement de respecter le jour du Shabbat, le 7ᵉ jour de la semaine, à l’image de Dieu, dont la Genèse dit qu’il crée le monde matériel en six jours, qu’il le bénit à l’ouverture du 7ᵉ jour, et qu’il sanctifie le 7ᵉ jour, le Shabbat, comme jour du repos.
Une nouvelle alliance, une nouvelle création
Pourquoi, alors ? Pour plusieurs raisons :
- En Christ est inaugurée une nouvelle alliance, une nouvelle création. Le Shabbat, les commandements religieux appartiennent à la première alliance. La nouvelle alliance est sous le signe de la grâce, non plus de la Loi. Dans la nouvelle alliance, la question n’est pas de savoir si l’on rend un culte de telle ou telle façon, tel jour plutôt qu’un autre, en tel ou tel lieu plus important qu’un autre. Tout ce qui est fait par la foi, en ouverture à la grâce de Dieu, est bon. Peu importe si telle église trouve important de se réunir le samedi, le dimanche, un autre jour de la semaine, ou plutôt le soir.
- La création en sept jours était la première création ; en Christ, une nouvelle création est inaugurée, celle de la résurrection, du Royaume de Dieu, de la vie éternelle (pour comprendre ce que recouvrent ces expressions un peu théologiques, vous pouvez vous reporter ici). Jésus est, selon les évangiles, ressuscité le dimanche : le 1ᵉʳ jour de la semaine, le 1ᵉʳ jour d’un nouveau Shabbat. Cela fait référence à cette nouvelle création. C’est pourquoi on appelle aussi ce premier jour d’après la création le « huitième jour », 8ᵉ jour d’une semaine qui n’en comporte que sept : cela signifie qu’en Christ, nous sommes déjà passés de la mort à la vie éternelle.
Les chrétiens adventistes et certains « juifs messianiques » choisissent de se réunir le samedi, en référence au Décalogue de Moïse. Si cela leur semble mieux, ils ont raison de le faire. Les autres chrétiens se réunissent le dimanche en référence à la résurrection du Christ, c’est très bien aussi. Dans l’un et l’autre cas, l’important est dans le sens que cela nous transmet, à nous les humains. Pour ce qui est de Dieu, je ne crois vraiment pas que le jour particulier soit important pour lui : ça pourrait même être le mardi, que cela ne le dérangerait pas. Et si l’on va parfois au culte le dimanche et qu’il se trouve que l’on travaille ou que l’on va se promener certains dimanches, rien n’empêche de prendre du temps pour faire de la place à Dieu dans notre vie, à son rythme, un soir de semaine… L’important pour chacun est de penser régulièrement à entretenir sa foi et son être, tout en respectant bien entendu les façons qu’ont les autres de pratiquer leur foi, sans prendre sa propre pratique comme la seule possible pour être fidèle à Dieu.
La liberté de Jésus face à la Loi
Jésus était juif pratiquant, d’une façon assez libérale, comme nous le voyons dans les Évangiles : il respecte le Sabbat de façon souple, le rompant pour des raisons importantes (comme de faire preuve de solidarité avec quelqu’un), et il laisse même ses disciples grignoter des grains de blé un jour de Sabbat, ce qui est interdit par la Loi juive (et ce ne sont pas quelques grains de blé glanés en bord de champ qui les ont nourris). Cette liberté de Jésus et de ses disciples vis-à-vis des lois religieuses a conduit les intégristes de l’époque à faire crucifier Jésus par les Romains, parce qu’il était trop libéral dans son rapport à la Loi juive, c’est vrai, mais aussi pour son témoignage privilégiant l’amour de Dieu et du prochain plus que la pratique religieuse.
Les hésitations de la première génération de chrétiens
La première génération de chrétiens hésite dans la façon de vivre cette foi transmise par le Christ.
- Certains gardent les commandements de la Loi juive (le Sabbat le vendredi soir et le samedi, mais aussi la circoncision, et enfin les règles alimentaires très strictes, la kasherout : ces trois points étant tous essentiels dans la Loi juive).
- D’autres chrétiens vont laisser une grande liberté à chacun, disant que ce n’est pas la Loi qui est l’essentiel, mais l’amour, de Dieu pour nous, et ce que cela éveille en nous. L’apôtre Paul a ainsi choisi d’accueillir les païens sans leur imposer l’application de la Loi juive, abandonnant la circoncision et les règles concernant l’alimentation. Et nous voyons donc Paul réunir les chrétiens en Actes 20.7 « le premier jour de la semaine », un dimanche, donc, pour un culte (avec une communion et une très, très longue prédication).
À l’époque, il y avait un grand respect entre les différentes façons d’être chrétien. Lors d’une réunion à Jérusalem, l’apôtre Jacques, appelé « frère du Seigneur », qui était alors le chef de l’église de Jérusalem et plutôt en faveur de la Loi juive, accepte que cette ouverture soit une option possible, et il encourage Paul à continuer dans cette voie (Actes 15, Galates 1.10) ; d’autres continuent à respecter la Loi juive (Shabbat, circoncision, kasherout).
Une rupture progressive, un appel au respect
La rupture entre les juifs et les chrétiens s’est faite vers l’an 70, quand le Temple de Jérusalem a été détruit par les Romains, et que le judaïsme s’est recentré sur une tradition, excluant ces juifs trop libéraux qu’étaient les disciples de Jésus. Les chrétiens respectant la Loi juive vont alors se trouver isolés, dans un sens, face à la foule grandissant chaque jour des chrétiens issus du paganisme et ne respectant pas la Loi juive. Quand un empereur de Rome devient chrétien, il maintient au début cette liberté dans le christianisme, et donc cette diversité de théologie, cette diversité de façons de penser la personne du Christ (soit un Dieu, soit un homme, soit les deux à la fois), cette diversité de liturgies et de pratiques. Mais ensuite, il va vouloir, pour des raisons politiques, imposer une uniformité plus grande.
Aujourd’hui, heureusement, nous pouvons retrouver le respect de l’autre auquel nous appelle le Christ dans les évangiles : respect envers les personnes, même si nous ne pensons pas comme elles, si éventuellement nous ne célébrons pas le culte de la même façon.
Dieu vous bénit et vous accompagne.
À lire aussi : Consulter l’entrée consacrée à Culte dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.
En écho à ce texte :
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Doit-on observer le Sabbat de l’Éternel, ou le dimanche des hommes ?
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Peut-on être chrétien et travailler le dimanche ?
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Repos
