Peut-on fuir/éviter des personnes malveillantes dans le travail sans commettre un péché ?

Illustration : un homem fait un geste grossièrement injurieux - Image: 'New Orleans - Giving Trump the Finger' http://www.flickr.com/photos/61943224@N04/32826674908 Found on flickrcc.net

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour
Mon cas : je fais face (pas tous les jours car je suis enseignant) à deux collègues de travail que je considère toxiques et malveillantes qui prennent un malin plaisir à me déconsidérer, me mettre à part, médire. Je les considère comme malveillantes et les évite au maximum mais une d’elles est mon binôme et je dois travailler en équipe. La psychologie moderne nous recommande de fuir ce genre de personnes. Je mute d’ailleurs dans un autre établissement en septembre du reste. Je coache aussi un collègue en burn out (épuisement professionnel + harcèlement moral) venu d’un autre établissement. La souffrance au travail est bien de plus en plus présente ou révélée.

Ma question : Peut-on fuir/éviter son prochain sans commettre un péché ? Que disent les Écritures qui parlent de pardon à condition qu’il y ait confrontation, si la confrontation ne mène à rien, est impossible ?

J’espère avoir été clair, merci de votre réponse !

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Je pense que vous avez bien raison d’éviter les personnes malveillantes et nocives. C’est un bon plan. Je ne suis pas psychiatre mais à mon avis personne ne peut guérir une personne perverse, cela ne les aide pas que nous nous laissions maltraiter par elles, ni que nous luttions contre leur perversité, cela ne fait que nous épuiser nous-même sans bénéfice pour personne. La psychologie moderne que vous citez me semble donc avoir raison sur ce plan. Notre foi chrétienne nous encourage à faire le bien, pour déterminer ce qui fait du bien cette information me semble devoir être prise en compte.

Si vous devez faire équipe avec une personne au fonctionnement complexe, il me semble utile de faire ce travail de la façon la plus professionnelle et formelle possible, avec compte rendu de réunion écrit, prise de décisions précises avec qui doit faire quoi pour quand… de façon à limiter au maximum le champ aux trahisons et coups en vache par derrière.

La question du pardon est une autre question. Nous savons que le pardon de Dieu est inconditionnel, c’est à dire qu’il considère toute personne, indépendamment de ce qu’elle est et de ce qu’elle fait comme une personne humaine, digne de se porter mieux, d’être plus équilibrée, plus épanouie, plus bien faisante. C’est l’espérance de Dieu. Ensuite, en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas Dieu, nous faisons ce que nous pouvons. Certaines personnes nous font du mal, peut-être alors ne font-elles pas partie de notre propre vocation, c’est à dire que nous devrions nous sentir responsable de les aider à progresser. Le pardon est comme tout processus de cicatrisation, il peut se faire plus ou moins complètement, laissant plus ou moins de cicatrice, prenant plus ou moins de temps. Souvent cela demande l’aide de Dieu pour nous en rendre capable, c’est pour quoi dans le Notre Père, je pense que Jésus nous propose de demander à Dieu son pardon et son aide pour qu’il soigne nos blessures, et nous permette d’arriver à un certain degré de pardon. Parfois la blessure est trop forte. C’est pourquoi, personnellement, je ne dirais pas « il faut pardonner », mais « il est bon de pardonner, c’est une grâce, une bénédiction pour celui qui a été blessé et qui souffre moins ». C’est vrai que l’Evangile dit que nous pardonnerons 77 fois 7 fois, l’Evangile nous dit également d’être parfait comme notre Père céleste est parfait : cela est comme un idéal que nous plaçons devant nos yeux, c’est également un encouragement à nous laisser donner la vie par Dieu comme Père pour que cette dimensions prenne corps dans notre être. Ce n’est pas à comprendre comme un commandement venant ajouter de la culpabilisation à la souffrance de victimes gravement touchées.

Cela dit, je ne me souviens pas que l’Evangile parlent de condition de confrontation, ni de progrès du coupable pour que la victime puisse ou doive pardonner. Ce serait encore pire : non seulement la victime a naturellement du mal à cicatriser de sa plaie, mais en plus son bourreau pourrait alors la garder indéfiniment dans cette douleur de la plaie ouverte, refusant de demander pardon, ou ne pouvant le faire compte tenu de sa propre maladie. Je pense au contraire que le processus de pacification de la victime a le droit de commencer sans rien attendre du coupable. Ensuite, si le coupable reconnaît sa faute : c’est vrai que cela aide sans doute la victime à aller mieux plus vite.

Bonne route, tous mes vœux de bénédiction dans ce cheminement un peu rude que vous vivez en ce moment. Je vous laisse ce Paume qui est un de mes préférés :

Psaume 121,
Psaume des montées
Je lève mes yeux vers les montagnes…
D’où me viendra le secours ?
Le secours me vient de l’Eternel,
Qui fait les cieux et la terre.
Il ne permettra pas que ton pied chancelle;
Celui qui te garde ne sommeille pas.
Voici, il ne sommeille ni ne dort,
Celui qui garde Antoine.
L’Eternel est celui qui te garde,
L’Eternel est ton ombre à ta main droite.
Pendant le jour le soleil ne te frappera pas,
Ni la lune pendant la nuit.
L’Eternel te garde de tout mal,
Il garde ton âme;
L’Eternel garde ton départ et ton arrivée,
Dès maintenant et pour toujours.

Pour plus sur ce psaume et d’autres, voir ici.

par : pasteur Marc Pernot

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1 réponse

  1. Stéphanie dit :

    C’est une question à laquelle la plupart d’entre nous sommes confronté.e.s dans notre vie professionnelle. J’aime le conseil d’essayer de rationaliser et d’objectiver le plus possible. Si je puis me permettre j’ajouterai le conseil de ne pas rester seul.e ou vouloir faire face seul.e aux problèmes : en parler à ses proches et consulter les professionnels de l’entreprises qui ont un rôle de médiation : RH, psychologues, assistantes sociales, CHSCT…Après, et c’est un bien triste constat, on se rend compte que des personnes ont des comportements toxiques sans sans s’en rendre compte pour de multiples raisons: l’environnement et la logique de la structure est elle même toxique et incite les plus fragiles à avoir des comportements néfastes, la personne à elle-même des problèmes non résolus et cherche à se « décharger » sur les autres. Ne pas prendre les attitudes nocives à titre trop personnel serait un troisième conseil. Essayer d’analyser et de comprendre, un début une nécessité pour entrevoir des solutions. Enfin, le dernier et le plus chrétien des points est : « i would be good », cette chanson d’Alanis Morisette qui me trottait dans la tête aux heures les plus sombres. Oui, le plus grand pouvoir et celui le plus à même de transformer tout c’est celui de continuer à se comporter selon ses principes, d’amour et de respect de l’autre.

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