Je lis le Deutéronome : Dieu commande de tuer celui qui s’oppose à la foi ?

Par : pasteur Marc Pernot

bas relief sur une église à Paris représentant une lapidation - Image par Albert Dezetter de Pixabay

Question d’un visiteur :

Bonjour

Je suis actuellement entrain de lire deutéronome 13 :9, Est ce bien Moise qui, de la part de Dieu, commande à son peuple de tuer celui qui n’est pas chrétien ?

Merci pour votre aide.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

onjour Monsieur

Bravo de lire la Bible. C’est très enrichissant.

Si vous avez commencé par la première page, vous avez déjà bien avancé. Il est possible que vous arriviez dans certains livres qui sont d’un intérêt qui est moins net. N’hésitez alors pas de mettre en attente la suite, pour lire un certain temps des livres plus nourrissants.
Il y a en particulier plein de passages où il est question de massacrer, sur ordre de Dieu, ce qui est étranger à la vraie foi.
Effectivement, le passage que vous citez est particulièrement épouvantable :

« Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme qui repose sur ton sein, ou ton prochain que tu aimes comme toi-même, t’incite secrètement en disant: Allons, et servons d’autres dieux ! Des dieux que ni toi ni tes pères n’avez connus, d’entre les dieux des peuples qui vous entourent, près de toi ou loin de toi, d’une extrémité de la terre à l’autre tu n’y consentiras pas, et tu ne l’écouteras pas; tu ne jetteras pas sur lui un regard de pitié, tu ne l’épargneras pas, et tu ne le couvriras pas. Mais tu le feras mourir; ta main se lèvera la première sur lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite; tu le lapideras, et il mourra, parce qu’il a cherché à te détourner de l’Eternel, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude. »
(Deutéronome 13:6-10).

Ailleurs il est dit aussi de faire lapider son fils indocile et rebelle (Deutéronome 21:17-21)

Premièrement : la Bible est un réservoir de question, d’excellentes questions à se poser. Il n’est pas possible, et c’est même dangereux, de prendre la Bible comme une somme de réponses. Nous le voyons bien avec ces passages.

Deuxièmement, la Bible est un livre pluraliste, avec de multiples pistes explorées, multiples voix et sensibilités qui s’expriment. Ces passages sont d’une dureté absolue, d’autres annoncent un pardon infini de Dieu, sur « des milliers de générations » même dans l’Ancien Testament, et encore plus dans les évangiles du Christ. Quand un passage ne vous semble pas cohérent avec le Dieu d’amour que révèle Jésus-Christ, un Dieu qui va jusqu’à aimer ses ennemis et bénir ceux qui le persécutent, on a le droit (bien entendu) de privilégier notre foi en ce Dieu d’amour. Plus précisément, le Deutéronome est un livre qui propose une alliance assez binaire et conditionnelle entre Dieu et l’humain, du type : je mets devant toi le choix entre le bien et le mal, si tu choisis la voie du bien tu seras béni, si tu choisis la voie du mal tu seras maudit. L’alliance que Dieu donne en Abraham est radicalement différente : Dieu dit à Abraham : je te bénis et tu seras une bénédiction pour une multitude de personnes et de peuples, et ta vie sera extrêmement féconde. Cette bénédiction est donnée sans condition, comme une promesse, comme un futur certain. Comment comprendre alors ces deux façons de voir si diamétralement opposées entre l’alliance en Abraham et l’alliance du Deutéronome ? Chacun peut se faire son propre choix ou sa propre synthèse. Personnellement, je dirais que Dieu est vraiment comme la première alliance en Abraham, seulement la vie est souvent comme la seconde : quand on fait le mal cela engendre de la souffrance et du chaos dans le monde autour de nous, alors que quand on fait le bien, cela construit un monde meilleur, un peu plus beau, plus juste, plus vivant : cela engendre de la bénédiction.

Troisièmement, les mots de la Bible ne sont pas « la Parole de Dieu », ces mots de la Bible peuvent devenir des sources de mort et de haine, alors même qu’ils sont faits pour nous ouvrir à cette source transcendante de vie qu’est Dieu. C’est toute la question de l’interprétation de ces textes. C’est le cas de toute chose puissante : elle peut servir d’arme ou d’outil pour faire vivre (par exemple le scalpel d’un chirurgien). Des textes comme celui que vous citez, s’ils sont utilisés contre une personne peuvent être source de mort. C’est souvent le cas quand on applique des textes de jugement en identifiant telle ou telle personne ou catégorie de personnes au lieu de l’appliquer à soi-même afin de soi-même se mettre sur le chemin de devenir meilleur, avec l’aide de Dieu. C’est ainsi, parce qu’ils vont interpréter ces passages horribles que les rabbins disent que ces versets n’ont jamais été appliqués à la lettre depuis que Moïse les a écrits.

Comment alors interpréter dans le sens de la vie et non de la mort un passage Biblique ? En se plaçant devant le Dieu de la bénédiction, le Dieu d’amour ultime que révèle Jésus-Christ, en lisant ces textes dans un esprit de prière : donnant ainsi une chance à ce que l’Esprit, Dieu lui-même en nous, souffle l’interprétation juste à ce moment là, ces circonstances précises, pour nous qui lisons ce texte à cet instant.

Dans ces textes où Dieu massacre ou ordonne de massacrer un philistin ou un pécheur, par exemple, cela ne peut pas être compris comme si Dieu voulait la mort d’une personne individuelle (même si elle était son pire ennemi), mais je dirais que ce texte dit que Dieu veut tuer la méchanceté en chacun de nous, qu’il veut tuer la personne étrangère à l’amour, la personne méchante qui est dans toute personne, même la meilleure. Cet acte ou ce jugement est alors bien de l’amour, gardant le meilleur de chacun et effaçant le reste.

Dans le cas précis du texte que vous citez, où il est question d’éliminer celui qui nous invite à nous écarter de l’Eternel notre Dieu ? Je pense que c’est intéressant. Si nous sentons que nous régressons dans notre qualité d’être, que faire ? Il est bon de chercher à discerner s’il n’y a pas quelque chose qui nous fait régresser. Et chercher à éliminer cette source qui, en nous, est source du mal. Dieu nous y aide (voir la prière de Jésus qui se termine par « délivre-nous du Mal », « le Mal », c’est alors la source du problème et non seulement le problème en lui-même. Ce texte du Deutéronome nous suggère que parfois nous pouvons chercher l’aide de proches de confiance.

C’est vrai que cela peut conduire à s’écarter de certaines fréquentations qui auraient une mauvaise influence sur nous, Mais bien entendu, personne, pas une personne au monde, je pense, n’est à 100% une personne mauvaise. Si on la lapidait, on tuerait aussi un petit bon côté qu’elle peut avoir, on tuerait la bonne personne qu’elle pourrait peut-être devenir, en tout cas selon l’espérance de Dieu. C’est pourquoi, la « Parole de Dieu » n’est pas dans la lettre de ce texte, mais la Parole de Dieu, la Parole vivante, est à recevoir dans l’interprétation avec lui de ce texte, ou d’un autre qui nous sera bon.

Dieu vous bénit et vous accompagne

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi cet itinéraire biblique et ces quelques conseils pratiques.

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12 réponses

  1. David dit :

    Et je pense aussi que ces textes durs de la Torah sont à contextualiser : il s’agit de coutumes mises par écrit pour un peuple ancien dans un temps ancien. Cela ne correspond aucunement à des choses qui seraient à appliquer en dehors de ce contexte d’alors. A l’époque la mentalité était très différente, et les circonstances différentes. Aujourd’hui, on dirait bien sûr que ces règles ne respectent pas la vie, les droits humains fondamentaux, la liberté de conscience (respectant elle-même la liberté de conscience)… L’humanité et chaque population passent par bien des stades évolutifs.

    Peut-être peut-on essayer de rattraper un peu le texte en interprétant la « mort » dont il est question comme une mort symbolique, au sens de « péché », de rupture de la relation avec Dieu. La perspective d’interprétation serait alors : si on s’éloigne de la Foi proposée par le Deutéronome, on risque une rupture, au moins temporaire, de la possibilité de se mettre en relation avec Dieu comme le propose la Torah, la Bible hébraïque, ou la Bible incluant le Nouveau Testament.

    Mais je ne suis pas sûr que cela ait été le sens initial du texte, qui semble souvent bien littéral, auquel cas c’est un problème la culture d’alors, et cela invite une fois de plus à interpréter le texte biblique, avec beaucoup de recul, de bienveillance, de vision d’ensemble, de recherche de cohérence… tout en aillant la Foi (si on le souhaite, si on l’a) mais avec en considérant la Bible comme le résultat d’une recherche de Dieu, et non comme le Diktat de Dieu mis directement dans l’oreille voire la main des prophètes et des scribes, sans que ceux-ci interviennent ni ne pensent, ni soient en recherche.

    En ce sens, on peut critiquer l’attitude excessive, intransigeante, dangereuse, exprimée dans ces livres, fussent-ils bibliques, si on lit au pied de la lettre.

    Et ce type de règles intransigeantes a bien été appliqué historiquement, comme par exemple par Saul de Tarse persécutant jusqu’à l’orchestration de lapidation les premiers chrétiens, en appliquant avec zèle ultra-rigoriste Lévitique 24 (un peu de la même veine que ces passages de Deutéronome). La lettre tue comme dira plus tard ce même Saul devenu Paul après son chemin de Damas, mais l’Esprit donne la Vie (2 Corinthiens).

    On peut se rappeler également en Genèse Jacob luttant avec l’Ange toute la nuit avant de devenir Israël : il peut s’agir d’une quelconque lutte avec quelqu’un, mais aussi sur le plan symbolique, du fait de résister, de penser par soi-même, de garder son individualité face au risque de dissolution de sa personnalité devant les « commandements » de la Loi, le risque de renoncement intérieur à développer certains éléments importants de sas propre personnalité (ultra-orthodoxie ?). On peut penser aussi à Job, qui garde son esprit critique malgré la maladie et les malheurs qui l’accablent. Au final, le livre de Job lui donne plutôt raison par rapport à tous les autres intervenants.

    Un Esprit, un Souffle, l’Esprit-Saint, le Saint-Esprit, qui n’empêchent pas donc d’avoir de l’esprit et de faire preuve d’esprit critique, bien sûr constructif et bienveillant, en espérance et en amour autant que possible.

  2. Rodolphe dit :

    Bonjour,
    Ne peut on pas déjà simplement nuancer l’interprétation sur la forme : celui qui cherche à te détourner de dieux n’est pas juste un mauvais croyant, un non chrétien … c’est d’abord quelqu’un d’irrespectueux et de malsain qui te juge et cherche à te manipuler … quelqu’un de méprisable en soit, aussi proche de toi qu’un frère, voir une partie de toi, que tout un chacun a en soit, qu’il faut combatre sans pitié, aussi infime soit cette voie/voix intérieure.
    Alors la dureté est d’abord et avant tout à s’appliquer plus à soit qu’à qui quigonque et le message devient métaphorique et honorable.

    • Marc Pernot dit :

      Sauf que, personne n’est « méprisable en soi ». C’est le message de la grâce de Dieu manifestée en Christ.
      Il y a des attitudes méprisables, des comportements criminels. C’est vrai. Mais la personne n’est pas méprisable pour autant, elle est à soigner, elle est parfois à encadrer afin de protéger de possible futures victimes.
      Même pour soi-même, cette dureté est à éviter. Le remord est une bonne chose, mais le mépris de soi est une maladie dangereuse.

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