La confession, la communion, l’identité, la vision du monde… dans le protestantisme ?

Par : pasteur Marc Pernot

Illustration : l'église d'une abbaye - Image parHans Braxmeier de Pixabay

Le protestantisme : une austérité toute cistercienne ?

Question d’un visiteur :

Aaaaaaaaaaaaaah ! Merci tout plein pour les prédications et pour les questions trouvées en ligne !

J’ai une tonne de questions à vous poser !

Comment ça se passe chez vous le pendant de la confession chez les catholiques ?
Comment ça se passe chez vous la première communion ? A quel âge ? Quelle préparation ?
Le fait d’être chrétien pratiquant, toutes confessions confondues, est aujourd’hui minoritaire dans la population occidentales, est-ce que cela ne comporte-il pas un risque de repli identitaire . Quels sont les avantages et les inconvénients de n’être pas en masse ?
Certains disent que les protestants ont une vision pessimiste, négative de l’humain. Quelle est ta réaction vis à vis de telles assertions ?

Merci !

Amitiés

Réponse d’un pasteur :

Merci pour ces encouragements. Surtout si bien tournés (j’espère que cela n’a pas dérangé le quartier). Merci pour votre confiance.

 

Comment ça se passe chez vous le pendant de la confession chez les catholiques ?

Les gens peuvent venir voir le pasteur et confesser quelque chose qui leur pèse, cela arrive, mais ce n’est en aucun cas obligatoire, ils s’adressent en général directement à Dieu directement et s’arrangent avec lui. Cela n’est possible que parce que nous insistons beaucoup sur la grâce de Dieu, qui pardonne avant même que nous ayons fait la faute et sans aucune condition de repentir ou de contrition (c’est le principe même de la grâce d’être gratuit). Mais il peut arriver que l’on ait besoin d’entendre de la bouche d’un autre l’annonce de ce pardon, c’est par exemple le cas quand la personne a qui l’on a fait du mal est morte.

 

Comment ça se passe chez vous la première communion ? A quel âge ? Quelle préparation ?

C’est plus une question de pédagogie que de théologie. Les pratiques sont en train d’évoluer, en tout cas en certains lieux, pour permettre aux enfants suivant un catéchisme de communier, c’est à dire à partir de 7 ans peut-être. C’est souvent à la discrétion des parents eux-mêmes. Je n’ai jamais vu que l’on refuse le pain et la coupe (de jus de raisin, par exemple, ou de vin) à qui que ce soit qui désirerait la prendre. En signe de la grâce de Dieu, et du Christ qui s’est donné pour tous, sans condition.

Ce qui n’empêche pas que c’est une excellente idée, à mon avis, de donner une éducation à son enfant. Car c’est la connaissance qui ouvre à la liberté, une liberté réelle. Un jeune qui ne s’est jamais posé de questions théologiques et éthiques, appris à en débattre, comment pourrait-il être libre quand il sera confronté à des personnes cherchant à le manipuler dans ce domaine ? Dans le protestantisme, théoriquement, l’éducation religieuse n’est pas du « bourrage de crâne », c’est plutôt une libération du crâne, avec pour but de rendre chacun capable d’interpréter personnellement la Bible et de débattre de ce que l’on croit dans le respect des autres et en argumentant.

Chaque année, des adultes désirent personnellement découvrir la foi chrétienne alors qu’ils n’ont jamais reçu aucun catéchisme. Je laisse chacun libre de suivre (ou non) la préparation qu’il souhaite, qui est donc plus ou moins longue, plus ou moins théologique et biblique, avant de passer par une profession de foi (et éventuellement un baptême s’il n’a jamais été baptisé dans une église chrétienne avant). Mais la communion est largement ouverte à quiconque souhaite se nourrir de ce que Dieu nous donne en Christ, et cet événement n’est en général pas la première fois que la personne participe à la communion.

 

Le fait d’être minoritaire … comporte-il un risque de repli identitaire ? Quels sont les avantages et les inconvénients de n’être pas en masse ?

C’est plutôt amusant de faire partie d’une minorité, c’est plutôt sympa, cela donne un peu une identité, une personnalité. Comme d’être d’origine italienne, par exemple, en ayant gardé cet attachement. Et si l’on ne se prend pas pour autant la race supérieure pour autant, les collègues peuvent trouver cela sympa et intéressant. Ce n’est pas le but recherché, ni l’intérêt de la foi, c’est effectivement même un risque, comme vous le dites. Il me semble donc important de vivre cette particularité dans un esprit d’ouverture et de respect des autres (voir cet article « choisir le rapport que l’on a avec sa religion« ). Pour le reste, quand on vit sa foi d’une façon un petit peu profonde (les actes religieux n’étant qu’un simple moyen, relatif), bien des personnes qui n’ont rien à voir avec la foi le sentent et le respecte.Tant de personne vivent sans souffle, sans idéal.  a plutôt une image favorable dans l’opinion (quand les gens savent ce que c’est). Les gens, même détachés de la foi, restent souvent attachés au protestantisme comme on reste attaché à l’Italie quand on a des grands parents italiens…

 

Certains disent que les protestants ont une vision pessimiste, négative de l’humain. Quelle est ta réaction vis à vis de telles assertions ?

Je ne crois vraiment pas ce que ça soit vrai. Cela l’a peut-être été du temps de tel ou tel réformateur, prétendant que l’homme est si totalement diminué par le péché qu’il est absolument incapable par lui-même d’aucune bonne chose. C’était aussi l’époque où les protestants s’habillaient de couleurs sombres et simplement alors que leurs homologues catholiques s’habillaient de façon fort baroque… Mais cette position était une réaction exagérée au scandale des indulgences du XVIe siècle, et la Réforme continue à se réformer sans cesse, heureusement. Il est possible que la réputation d’austérité des protestant soit en fait due à une certaine simplicité de vie. D’où cela vient-il ? Quand on est dans la liberté et dans la responsabilité, par exemple avec le « tout est permis mais tout ce construit pas » de l’apôtre Paul (1 Corinthiens 10:23), quand on se place personnellement devant Dieu pour savoir que faire de sa vie et des moyens que l’on a… je pense que cela met en perspective la valeur des choses.

Par ailleurs, le protestantisme tire de l’Evangile du Christ une conception du monde qui est positive. Dieu aime le monde (Jean 3:16), et les plaisirs de ce monde, s’ils font un bien mauvais but à sa vie, sont à accueillir comme des bénédictions.

La vision de l’humain et de chaque personne humaine est même spécialement développée : chaque protestant(e) est considéré comme digne et capable de s’adresser directement à Dieu, de lire et d’interpréter soi-même la Bible, de réfléchir et de se forger ses convictions et ses propres règles de vie lui-même et pour lui-même, de se confesser et de recevoir directement de Dieu son pardon… Ce n’était déjà vraiment pas une vision pessimiste de l’humain.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Si vous voulez, vous pouvez voir aussi, dans le petit dictionnaire de théologie :

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4 réponses

  1. Catarina Nobs dit :

    Bonjour Marc,
    Mille merci! Cela m’enrichis.

    Bel été,
    Catarina.

  2. Aimé dit :

    Je viens de lire votre article.merci pasteur j’ai toujours voulu connaitre cette réalité car dans mon eglise on enseigne que la confession est obligatoire auprès du pasteur que tu n’as même peché contre lui.Tu m’aide à avancer que Dieu vous benisse abondament

    • Marc Pernot dit :

      Grand merci pour vos encouragements.

      Il arrive que des personnes sont assez tentées de prendre la place de Dieu, et du Christ, en prétendant se faire médiateur entre la personne et son Dieu.
      Ce n’est pas fidèle, et ce n’est pas bon.

      Dieu vous bénit et vous accompagne…

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