Une remarque d’un rabbin concernant le verset biblique « tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Par : pasteur Marc Pernot

Bien des attaques sont signe d’une douleur profonde

Question d’un visiteur :

Bonjour
je suis tombée sur internet sur la remarque d’un rabbin que j’ai vraiment trouvée intéressante concernant le verset biblique « tu aimeras ton prochain comme toi-même » ; il explique que le terme original n’est pas aimé son prochain comme soi-même mais celui qui est différent de toi, qui n’est pas comme toi, qui s’oppose à toi . https://www.youtube.com/watch?v=mxdfJ5qP3VE

Je trouve que cette précision permet de bien comprendre ce que signifie cette parole de l’Evangile et aussi que la traduction trahit tout de même pas mal le sens premier.

Qu’en pensez-vous ?

Merci pour votre point de vue.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

J’ai peur que quand ce rabbin parle de « falsification grecque », j’ai l’impression que sous cet euphémisme il mène une sournoise contre la foi chrétienne. Je suis toujours un peu étonné par les personnes qui choisissent d’attaquer la foi des autres. Quand une soupe ne me plaît pas, je n’en mange pas (sauf si je suis invité 🙂 mais pourquoi alors en dégoûter ceux qui l’aiment ?

Mais qu’importe.

Ce rabbin dit que le mot hébreu traduit par « prochain » ne signifie pas « prochain » mais celui qui est différent, de toi, celui qui s’oppose à toi. Et que ce serait une falsification scandaleuse ?
On peut avancer ce que l’on veut en disant que tel mot hébreu veut dire telle chose, surtout sans l’appuyer sur quelque preuve ou démonstration. Ce n’est pas un procédé honnête.
Or :
Le mot traduit par « prochain » en français est le mot hébreu « réa » (רֵעַ) qui est de la même racine que roè (רֹ֣עֵה) le berger : une personne est le « réa » d’une autre si elles ont le même « roè », le même berger.

  • Il n’est nullement question de différence ou d’opposition dans le sens général du mot « réa ».
  • Il n’est pas non plus question de ressemblance ou d’être frère, sœur, ou voisin dans cette notion de « réa », puis que ce qui fait le lien est en quelque sorte l’adoption des deux « prochains » par un même berger.

Il est possible que ce rabbin tire son interprétation d’une autre racine que celle de berger pour comprendre le mot « réa », en hébreu bien des sens son possible pour les mêmes lettres. Alors comment savoir ? En regardant l’ensemble des occurrences du mot « réa » dans la Bible Hébraïque. La pêche est abondante, car il y a pas moins de 188 occurrences de ce mot. Et quand on balaie l’ensemble, ce qu’avance de monsieur est loin, très loin d’être évident. C’est même le contraire.

En particulier en ce qui concerne la première occurrence du mot « réa » dans la Torah (la première occurrence est souvent considérée comme particulièrement signifiante pour saisir le sens d’un mot). La première occurrence de évoque les humains dans le début de l’histoire de Babel : Genèse 11:3 « Ils dirent, un homme à son prochain (réa) : Allons! faisons des briques… 5 « L’Eternel descendit pour voir … et dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue » C’est exactement l’inverse de ce que dit ce monsieur, « réa » a ici le sens d’un prochain si proche que le risque est la pensée unique, la perte de toute personnalité de l’individu.

C’est vrai qu’il arrive, bien entendu, l’inverse : qu’un prochain devienne l’ennemi d’un autre en s’opposant à lui. Il existe quelques passages comme cela. Mais cette opposition est « facultative », bien heureusement, dans la notion de « réa ». Jésus parle aussi du rapport à son ennemi et à l’ennemi de Dieu, et ce qu’il propose est qu’il convient alors de l’aimer malgré tout, là dessus le rabbin n’a rien inventé, il a trouvé peut-être cette idée d’une manière allusive dans la Torah, mais ce n’est pas si évident. Par contre, la mention d’aimer son ennemi est spécifique que dans l’Evangile de Jésus-Christ selon Matthieu 5:43-48 et c’est d’ailleurs peut-être là que ce rabbin a puisé cette idée (assez particulière, il faut reconnaître).

Mais ce magnifique passage de la Torah que cite Jésus « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19:18 ; Marc 12:31) donne un appel qui est plus général que simplement aimer son ennemi : c’est aussi une bonne idée d’aimer ceux qui ne nous persécutent pas. Précisément ce n’est ici pas la question, ce ne n’est pas non plus une question d’aimer en priorité son proche parent, son collègue, ou son compatriote. Car toute créature vivant au monde a effectivement l’Eternel comme berger, sans distinction, et donc toute personne est mon prochain, qu’elle me plaise ou non, qu’elle soit sympa ou non, qu’elle soit proche ou non, que je m’approche d’elle ou non. Toute personne est mon prochain à aimer, c’est un état de fait. Cela appelle de réfléchir à déterminer chacun sa vocation personnelle à un moment donné de sa vie, mais potentiellement, le monde entier me concerne.

C’est plutôt sur ce point que la traduction en grecque est un peu trompeuse, car le mot grec « plèsios » utilisé pour traduire « réa », signifie effectivement en grec classique « voisin ». Ce qui est assez malheureux, car encourageant à pense que mon « prochain à aimer » est en priorité mon frère ou mon voisin ce qui peut être le cas mais pas toujours. Cependant, nous sommes habitués en grec « biblique » à aller chercher le sen des mots en priorité dans la traduction grecque de la Bible hébraïque, remonter à l’hébreu et ses curieuses racines, afin d’étudier le sens de ce mot dans ce contexte, c’est seulement après que nous cherchons aussi ce que ce mot grec signifie chez Platon, Aristote ou Homère.

Pour de belles recherches juives, sur internet, il y a par exemple les riches ressources de https://melamed.fr et https://akadem.org dont les auteurs sont animés d’un bel esprit, eux.

Bravo de chercher à creuser la Bible, et de vous intéresser à l’extrême richesse de l’exégèse rabbinique. En général.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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