Je suis chrétienne, ai-je le droit de me marier avec un musulman ?

Par : pasteur Marc Pernot

Une statue en pierre de Christ crucifié - by Steve Evans 
 https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/ http://www.flickr.com/photos/64749744@N00/9611526159

Question d’un visiteur :

Bonjour

D’après vos réponses, il me semble que je pourrais épouser mon ami qui est musulman, en lui disant que ce n’est pas grave s’il ne reconnaît pas Jésus comme la vérité, le chemin et la vie? Et que Mohamet en a donné un autre de chemin qui mène au même but?! A quoi bon le sacrifice de Jésus alors, à quoi me sert-il d’être chrétienne?

Que doit penser alors du passage: 2 Corinthiens 6:14-16 « Ne vous mettez pas avec des incroyants sous un joug qui n’est pas celui du Seigneur. En effet, ce qui est juste peut-il s’unir à ce qui s’oppose à sa loi ? La lumière peut-elle être solidaire des ténèbres ? Le Christ peut-il s’accorder avec le diable ? Que peut avoir en commun le croyant avec l’incroyant ? Quel accord peut-il exister entre le Temple de Dieu et les idoles ? Car nous sommes, nous, le Temple du Dieu vivant. Dieu lui-même l’a dit : J’habiterai et je marcherai au milieu d’eux. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. »

Disons que musulmans et chrétiens ont le même Dieu: il n’en est pas moins qu’ils ne reconnaissent pas le sacrifice parfait qu’est le Christ. Ils ne sont donc pas dans la lumière… Doit on passer outre cette notion centrale de la foi chrétienne?

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Comme vous le dites très bien, puisqu’il y a un seul Dieu, tout croyant quand il prie, quelle que soit sa religion, tourne sa foi vers le même Dieu. C’est encore plus vrai entre Juifs, chrétiens et musulmans, bien sûr. C’est donc véritablement injurieux de traiter un musulman de diable, d’incroyant, ou d’idolâtre, ou de privé de la lumière ! C’est une calomnie. Le plus idolâtre est alors le « croyant » qui prend sa propre religion et ses propres dogmes pour Dieu, au lieu d’honorer la personne même de Dieu qui est toujours au-delà de ce que l’on peut en dire. La « Vérité » ce n’est pas tel dogme qu’il faudrait croire, mais la Vérité c’est Dieu en qui il est bon de faire confiance, la « Vérité » en ce qui nous concerne, c’est de mettre notre sincérité dans un fidèle attachement à cette source ultime.

Si cette intolérance est faite au nom du Christ lui-même, c’est extrêmement paradoxal. Car Christ a appelé à ne pas juger son frère, il a dit que celui qui traite son frère de « racca » (vide) est meurtrier de son frère alors que dire de celui qui traite son prochain de « diable » ? Christ a montré en exemple la foi du centurion romain, qui ne pouvait pas être ne serait-ce que monothéiste (devant sacrifier à l’empereur divinisé), comment ne pas reconnaître alors ce qu’il y a de bon dans la foi d’un autre croyant sincère, différent de nous, même si effectivement on n’est pas obligé de le suivre dans ce qui ne nous semble pas correspondre à notre foi ?

Le Christ s’est donné pour témoigner de l’amour et du pardon de Dieu pour tout être humain, il ne l’a pas fait pour que sa vie soit un prétexte à injurier la foi des autres, pas pour diviser l’humanité entre ceux qui auraient la lumière et ceux qui ne l’auraient pas. C’est exactement le contraire. C’est pour nous inviter à la réconciliation de l’humanité comme étant un même corps, dans la diversité de ses membres.

Par ailleurs, nous ne sommes pas Pauliniens, mais Chrétiens. Et donc, même si j’étais certain que ce passage de l’apôtre Paul nous invitait à ne pas fréquenter les non chrétiens, je choisirais de ne pas retenir l’avis de Paul sur ce point comme venant de Dieu, car ce serait contraire à la vie même du Christ, qui allait vers tous et toutes sans discrimination, mangeant à la table du juste comme à celle du pécheur. Mais à mon avis Paul ne dit absolument pas de nous couper des non-chrétiens. Il y a du juste et de l’injuste en toute personne, il y a du fidèle et de l’infidèle en toute personne, il y a du diabolique aussi dans le cœur du plus pur des hommes. Et donc ce à quoi nous invite Paul, à mon avis, c’est de mettre sur le dessus le meilleur de nous-mêmes, et le meilleur de chacun, sans nous attacher à ce qui est mauvais en nous.

Malheureusement, des églises profitent de ce genre de versets pour interdire à leurs membres d’épouser, non seulement des personnes d’une autre religion, ou des athées, mais même des personnes qui ne sont pas de leur église, ou qui ne sont pas baptisées, ou pas assez bien baptisées à leur goût ! C’est à mon avis étranger à l’Evangile du Christ et à sa façon d’être. Et c’est extrêmement cruel pour des personnes, les faisant horriblement souffrir, leur imposant de choisir entre leur foi et leur amour, c’est à dire entre deux excellentes dimensions de leur être. Cela s’apparente à de la torture morale, ou de la torture spirituelle.

Ce n’est pas parce que l’on est ouvert, et respectueux de la foi des autres, que l’on ne peut pas avoir ses propres convictions, sa propre foi, sa propre théologie.
Je respecte l’Islam, mais n’ai pas envie une seconde d’abandonner la foi en Christ pour suivre la foi de Mohammed.
Evidemment. Parce que pour moi le chemin vers le Père est le Christ. Et j’en témoigne.
Mais dire que le Christ est « le chemin, la vérité et la vie » n’est pas nécessairement à comprendre comme une exclusion de toute autre façon d’aller à Dieu. J’ai parlé de cela dans cette prédication : « Jésus est-il le seul chemin ? »

Il me semble donc effectivement tout à fait possible de constituer un bon couple de croyants chrétien(ne) – musulman(ne). Et que chacun s’épanouisse dans sa foi, dans le respect de celle des autres et en particulier de son conjoint. Il est possible de laisser aux enfants le choix de la religion, lui apportant ainsi le meilleur : la foi, la compréhension que Dieu est infiniment plus grand que les religions, le respect et la miséricorde. Il est possible, juste et bon de demander à Dieu sa bénédiction sur un tel couple. C’est même particulièrement précieux aujourd’hui d’avoir de bons couples interreligieux pour faire comme des traits d’union entre croyants, c’est une œuvre de Dieu, pour Dieu. Alors que chaque geste, chaque parole d’intolérance faite au nom de Dieu est une injure à la grandeur et à la miséricorde de Dieu.

Voilà pour le côté chrétien. Pour ce qui est du côté musulman, c’est à votre ami de vivre un Islam ouvert et progressiste s’il désire effectivement fonder un foyer avec une chrétienne. Car il est inpensable, dans un sens comme dans l’autre, de pousser quelqu’un que l’on aime à renoncer à sa foi.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

Print Friendly, PDF & Email

Marc Pernot

bio de Marc Pernot

Vous aimerez aussi...

36 réponses

  1. Eyafa bile dit :

    Merci pasteur pour votre sagesse pour vos explications pour avoir donné votre compréhension de la Bible par rapport au mariage mixte je suis actuellement en couple avec une personne de confession musulmane qui a grandi dans un internat catholique et qui vient d’une famille mixte enterre religieuse est dans votre discours j’ai un peu l’impression de l’entendre mais surtout merci pour vos mots. Que Dieu puisse vous donner de longues années remplie de santé pour pouvoir nous aider nous soutenir et nous partager votre vision et surtout nous montrer que Dieu est amour avec chacun de nous.

    • Marc Pernot dit :

      Merci pour ces encouragements.
      N’oubliez pas de discuter et de vous mettre d’accord sur la liberté laissée à vos enfants éventuels de choisir leur religion quand ils seront grands.
      Dieu vous bénit et vous accompagne

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.