sculpture d'Igor Mitoraj au centre de Krakovie - Photo de Patryk sur https://unsplash.com/fr/photos/une-grande-oeuvre-dart-posee-sur-un-bloc-de-ciment-XYGKQZ91jio
Question

Christ est-il mort pour rien ? Une réponse théologique face au mal

1x
100%

Face au constat d’une humanité qui semble ne pas s’améliorer malgré les promesses bibliques, le sens de l’action de Dieu et du sacrifice du Christ est ici interrogé pour y puiser une espérance ancrée dans le réel.


Question posée :
Bonjour Monsieur le Pasteur,
Aujourd’hui je devrais être dans la joie de Pâques, pourtant je suis inquiète : Dieu a envoyé aux hommes le déluge parce que l’humanité était mauvaise. Puis, comme l’humanité était toujours mauvaise, il a envoyé son fils pour la racheter. Mais ça n’a servi à rien, l’humanité n’a jamais été aussi mauvaise ! Et si le Christ était mort pour rien ???
S’il vous plaît, répondez-moi !

Merci d’avance.

Le regard de Dieu sur la méchanceté humaine

Bonsoir.

Je comprends tout à fait votre message.

L’humanité est décevante. C’est effectivement ce que la Genèse fait dire à Dieu quand il regarde sa création :
L’Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal.
L’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. (Genèse 6:5-6)

C’est vraiment pathétique. Et ce constat rejoint le vôtre.

L’humanité est-elle vraiment pire aujourd’hui ?

Sauf que, peut-on dire que l’humanité n’a jamais été aussi mauvaise qu’aujourd’hui ? Un sage de 98 ans de la paroisse nous disait l’autre jour que même s’il y a des points d’inquiétude actuellement, c’était bien bien pire dans sa jeunesse, avec des guerres partout, avec des conditions infiniment pires dans les pays sous-développés et dans les colonies. Avec une condition de profonde misère des personnes pauvres, même dans nos pays d’Europe. Au XIXᵉ siècle encore, il y avait l’esclavage, les femmes n’avaient pas de statut de citoyenne, ne pouvaient être pasteures…

Donc non, nous disait cet homme d’expérience : l’humanité était encore très récemment bien plus mauvaise encore. Et c’était pire encore il y a seulement quelques siècles.

Le piège du sensationnalisme et l’angoisse médiatique

Hélas, bien des personnes cherchent à augmenter l’inquiétude de la population. Christ est celui qui vient à nous dans la tempête et nous dit : « N’ayez pas peur ! »

C’est bien de se tenir au courant de l’actualité, mais on ne peut pas demander à une personne de porter la préoccupation de toutes les guerres du monde entier, la pollution du monde entier, et de nous raconter en plus qu’un car scolaire a eu un accident quelque part en Amérique du Sud. Ce n’est plus de l’information, c’est du sensationalisme, et cela augmente notre angoisse, notre déception, notre culpabilité. Cela participe à désespérer les pauvres humains qui sont le déversoir de cette hypermédiatisation de tout ce qui ne va pas.

Alors je reconnais que le constat de Dieu en Genèse 6 reste encore trop vrai en partie, même si le constat de Genèse 6, vieux de 3 000 à 6 000 ans, décrit effectivement une humanité encore bien plus violente que la nôtre. Parce qu’en réalité, les personnes normales que je croise dans la vie de tous les jours sont plutôt sympas, elles ne veulent pas être méchantes, elles font souvent ce qu’elles peuvent.

La promesse de Dieu : du déluge au pardon

Alors Dieu va-t-il en avoir assez et envoyer un déluge ? Certainement pas. L’histoire du déluge est précisément écrite pour dire que Dieu n’est plus, ou n’est pas, comme ça : l’histoire se termine du déluge sur la promesse de Dieu d’aimer l’humanité même si elle respire souvent la violence (Genèse 8:21 et suivants).

Le Christ est bien le signe que Dieu aime même ses ennemis. C’est tout l’inverse d’un geste de menace, mais de pardon et d’espérance. Le Christ montre que jamais Dieu ne se lassera d’aimer, même les pécheurs. Et c’est pour cela que Christ est mort : par amour pour les pécheurs, nous révélant ainsi l’amour de Dieu pour nous.

Christ n’est vraiment pas mort pour rien parce qu’effectivement c’est décisif de vraiment s’en imprégner : Dieu est amour. Il n’est jamais et n’a jamais été source de mort. Il nous cherche pour prendre soin de nous afin que nous avancions chacune et chacun. Car le salut n’a jamais été celui du pardon de Dieu pour les pécheurs (puisque Dieu est amour), mais la question est que nous nous ouvrions à ses bons soins et c’est à cela que le Christ nous aide d’une façon décisive.

Le défi de l’évolution et les progrès de l’humanité

Parce que, c’est vrai que l’humanité progresse peu. Ce n’est pas faute que Dieu s’y emploie. La difficulté est que chaque personne humaine repart en quelque sorte à zéro, d’une seule cellule : ayant à vivre des millions d’années d’évolution lors de la genèse de son corps, ayant aussi à assimiler pour le meilleur des milliers d’années de culture, de valeurs, de foi en quelques dizaines d’années seulement de vie consciente.

Dieu le sait, Dieu comprend le défi que cela représente pour nous et que le temps presse dans une vie humaine pour devenir plus humain (au sens où le Christ nous a montré ce que c’est qu’un humain véritable). Heureusement que Dieu est patient, il nous envoie son Esprit pour continuer à nous faire évoluer et participer à cette évolution.

Pourtant, quelques progrès de l’humanité existent, même s’ils sont très très lents, mais il y a des progrès : la place des femmes, la fin (officielle) de l’esclavage, la diminution de la peine de mort, la conscience de la fragilité de notre planète, les services sociaux, la démocratie, la santé et l’éducation pour le plus grand nombre : tout cela n’existait pas il y a mille ou dix mille ans. Encore moins, il y a cent mille ans.

L’appel à la bienveillance et à la prière

Ensuite, ce n’est pas à nous de juger l’humanité, ni même de nous juger nous-mêmes, c’est ça que le Christ nous a appris : la bienveillance. Mais de prier, d’aimer Dieu, de faire modestement au mieux de ce qui nous a été donné à nous personnellement, là où nous sommes. Il n’y a que comme cela que ça avancera. Et c’est déjà immense.

Christ n’est pas mort pour rien : puisque vous en parlez encore aujourd’hui. Et dimanche dernier, partout autour du monde, plein de personnes s’assemblent en son nom, ayant entendu l’appel de Dieu.

Donc merci à vous. Joyeuses Pâques, c’est effectivement une bonne occasion de penser à ce que Dieu nous a donné en Christ. Dieu vous bénit et vous accompagne.

pasteur Marc Pernot

Partagez cet article sur :
  • Icone de facebook
  • Icone de twitter
  • Icone d'email

Articles récents de la même catégorie

Articles récents avec des étiquettes similaires

Un commentaire

  1. Elisabeth dit :

    Peut-être a-t-on l’impression que c’est pire qu’avant car nous sommes constamment bombardés d’infos et images anxiogènes…Autrefois c’était un peu pareil, mais les drames n’avaient pas la visibilité qu’ils ont aujourd’hui, si je puis dire…l’esprit humain était un peu plus « protégé » de l’angoisse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *