En lisant Hébreu 6, je comprends qu’un chrétien qui tombe ne peut plus se relever, ne peut être pardonné ?

Par : pasteur Marc Pernot

mosaïque du IIIe siècle représentant un homme mordu par un fauve - mosaïque du musée de Sousse

Damnatio ad bestias
Mosaïque du IIIe siècle représntant un fauve se jetant sur un homme. Musée de Sousse.

Question d’un visiteur :

Bonjour
J’ai du mal à comprendre le passage en Hébreux 6, pouvez vous m’éclairer ?
Car en le lisant je comprend qu’un chrétien qui tombe ne peut plus se relever.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur

Je pense que vous faites allusion à ces versets :

Il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés,
qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit,
qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir,
et qui sont tombés, soient encore renouvelés et amenés à la repentance,
puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie.

(Hébreux 6:4-6)

Cette « lettre aux Hébreux » n’est pas des plus faciles, car comme son nom l’indique, elle a été écrite par un auteur inconnu à destination de personnes de culture et de mentalité hébraïques, assez éloignées de ce dont nous avons l’habitude dans les autres textes. Bravo donc de chercher à creuser, et de vous sentir autorisé à être choqué par ce qui est dit. Bravo en particulier d’être choqué par le fait qu’il semble effectivement qu’il ne serait pas possible d’avoir le pardon une fois ayant marché en dehors des clous.

A mon avis, ce genre de texte concerne une question très douloureuse et vivre dans l’église des premiers siècles. La question se posait de savoir ce que l’on pouvait faire des personnes qui avaient évité le martyr en reniant le Christ publiquement. Parfois, il suffisait d’un mot à dire, par exemple pour adorer César comme un dieu. Certaines personnes ont gagné le fait d’être mangé par un lion avec une arène entière de personnes trouvant cela extrêmement réjouissant.

  • Certains théologiens et chefs d’église disaient qu’ils devaient être chassés de l’église à jamais. Peut-être que c’était une façon de motiver ses fidèles à tenir bon ?
  • D’autres églises disaient qu’il fallait faire des pénitences longues et que la personne ayant ainsi trahi sa foi soit soumise à la honte devant la communauté entière avant de pouvoir être acceptée. Mais que cette pénitence n’était possible qu’une une seule fois.
  • D’autres églises et théologiens pensaient que le Christ incarne le pardon et l’amour de Dieu sans condition. Et que la personen devait être accueillie avec joie. Et cela, autant de fois que nécessaire.

Il me semble que c’est cette dernière position qui est la plus fidèle à la vie et aux paroles de Jésus. Car la possibilité de se relever est à mon avis le message fondamental de la résurrection. En Christ, la mort n’a pas le dernier mot, ni les ténèbres sur la lumière, ni le péché. C’est l’amour plus fort que la mort.

C’est le sens des paraboles de Luc 15 : Dieu comme berger qui recherche sans se lasser et qui finira toujours par trouver même la plus perdue des brebis perdues… Et qui est plein de joie quand il retrouve cette brebis. Et dans le même chapitre, un petit peu plus loin, Dieu est comme le père qui accueille et même qui court pour prendre dans ses bras son fils qui revient, et organise une fête joyeuse en son honneur.

De plus, personne n’est parfait. Il y a en chaque personne individuelle un juste et un méchant. Comme le dit Paul, nous sommes tous pécheurs, mais là où le péché abonde, la grâce de Dieu surabonde. Nous sommes tous plus ou moins au bénéfice du même pardon.

Mais cette évocation des premiers chrétiens persécutés est une occasion supplémentaire pour avoir une pensée pour les personnes persécutées encore aujourd’hui : pour leur foi, leur origine, leur orientation sexuelle, leur misère… de part le monde.

En tout cas, en ce qui vous concerne, n’ayez pas peur qu’un jour manque de patience à votre égard…

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

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