09 mai 2024

Un homme marche dans la nature en se détournant d
Foi

Ce qui compte, ce ne sont pas ce qu’on dit qu’on croit ou qu’on pense, mais ce que cela produit et change dans sa vie ?

Question posée :

Bonjour
Je vis dans un milieu, comme beaucoup je pense, complètement agnostique.
Ma question: si seule la foi sauve, qu’advient-il des agnostiques, c’est-à-dire d’une bonne partie de l’humanité occidentale et de tous mes proches? N’est-ce pas plutôt l’amour qui sauve (c’est ainsi que je comprends l’hymne à la charité de St-Paul) même sans le mot « Dieu »? Ce mot, « Dieu », n’intéresse vraiment plus personne autour de moi. Ne peut-on pas « faire la volonté de Dieu » sans en avoir la volonté? Il me semble que ce qui compte, ce ne sont pas ce qu’on dit qu’on croit ou qu’on pense, mais ce que cela produit et change dans sa vie?
Merci de m’éclairer!
Fraternellement,

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir

Ce n’est pas évident de grandir dans la foi quand on est dans un environnement agnostique, donc bravo. J’espère au moins que ce ne sont pas des athées intégristes, mais qu’ils sont respectueux et bienveillants…

Je ne pense pas une seconde que le salut soit réservé aux seuls chrétiens. C’est une pensée humaine, s’attachant plus aux religions qu’à Dieu de penser cela. En Christ nous avons appris (par ses paroles et ses actes) que Dieu aime la personne humaine, même le pécheur. Dieu aime et donc il garde dans son amour chacun de ses enfants. Ce serait donner trop de pouvoir aux humains de penser que l’humain pourrait empêcher Dieu d’aimer et donc de sauver une personne qu’il aime.

La clef du salut c’est que Dieu nous aime.

C’est ce que nous disent bien des pages essentielles de l’Evangile du Christ. Par exemple : qu’y a-t-il de moins « avoir la foi » que ces soldats romains qui sont en train de torturer Jésus, de le mettre à mort, de voler ses affaires et se moquer de lui ? Or, Jésus prie pour leur pardon, Jésus les respecte et les garde manifestement dans son amour. Si Christ prie Dieu en leur faveur : peut-on penser une seconde que Dieu n’exaucerait pas le Christ en les gardant dans son amour, dans sa vie. Ils comprendront plus tard, voilà tout, dans cette vie (comme leur centurion) ou dans la suite.
Ce n’est donc pas pour « avoir le salut » que nous nous tournons vers Dieu par la foi : c’est parce que Dieu est inspirant, que la vie est plus belle en aimant, que Dieu nous aide à grandir, à devenir meilleur, plus aimant pour les autres, plus motivés à fair avancer le monde dans le bon sens. Cela devrait être l’effet sur nous de la foi en ce Dieu qui est amour et source de vie.

Je pense donc que même quand on ne croit pas en lui, Dieu croit en nous, continue à croire et à espérer en nous, et il nous aime, il nous garde. Je dirais que Dieu aime et garde chaque bonne part de l’univers, et nous aussi, nous en particulier.

Je dirais la même chose de l’amour : si Dieu ne sauvait que seulement ceux qui sont performants dans l’amour des autres, il ne sauverait pas grand monde. Et son « amour » serait de l’ordre de la sélection à la performance, ce qui ne ressemble pas tellement à de l’amour. Ce ne serait pas juste non plus. Si Dieu est amour, comme le manifeste Jésus-Christ, comment regarde-t-il une personne haineuse, qu’elle soit croyante ou non ? Dieu la regarde comme un médecin regarde une personne amenée aux urgences de l’hôpital : il la soigne sans jugement, faisant tout son possible pour la faire vivre, pour la sauver. Dieu n’est certainement aps moins bon que ce médecin.

Mais cette question du salut futur n’est pas tout, et finalement elle nous importe peu : d’abord parce que c’est une affaire réglée, et ensuite parce que pour l’instant nous sommes en ce monde en cette vie, et que c’est ici que nous pouvons avoir une vive plus belle, plus profonde et plus vraie, plus bienfaisante pour ceux que nous croisons et pour ce monde qui nous accueille : ce monde nous attend et a besoin de nous pour y faire de belles choses. C’est pour cela que la foi est une aide immense. Cela aide de réfléchir sur ce que nous croyons, cela aide de prier régulièrement, cela aide de chercher seul et de chercher aussi en débattant avec d’autres comme vous le faites en venant sur ce site, par exemple, et en allant de tant en temps dans une église ouverte et vivant le respect de chacun. Cela aide infiniment de se tourner vers Dieu pour lui demander son Esprit, qu’il poursuive en nous son œuvre de création d’une personne humaine.

Dans ces exercices de recherche, je suis d’accord avec vous que c’est vraiment une bonne idée de se figurer Dieu comme « amour », et même comme la source de l’amour. C’est ce que fait Paul dans cette page magnifique qu’est 1 Corinthiens 12-13. C’est ce que fait Jean dans sa première lettre (1 Jean 4). Si l’on doute de l’existence d’un Dieu, on peut au moins méditer sur l’amour comme valeur géniale et inspirante, comme force créatrice de bons liens et donc créatrice de vie et de vie meilleure. Ensuite, on peut « prier » en pensant à notre propre vie avec cet amour comme miroir : pour se réjouir des traces de l’amour dans notre vie. C’est déjà une ouverture à Dieu, même si à mon avis Dieu est plus que l’amour, il est une source d’évolution qui fait que l’amour l’emporte.

Ce serait vraiment dommage de bannir le mot « Dieu » de nos recherches et de notre pensée. Car au moins six mil ans de cultures, d’inspirations, de littératures, de mythologies, de philosophie, de théologie, de musiques et de peintures sont traversées par cette notion de Dieu. L’écarter me semble donc une sorte d’intégrisme athée, ou d’absence de pensée (ce qui est pire), en tout cas cela me semble une perte. En l’occurrence c’est une perte de patrimoine (or, la pensée comme la science avance en montant sur les épaules des générations passées, non d’une manière servile mais pour monter plus haut à notre façon. C’est aussi une perte de ne pouvoir entrer en dialogue avec cet immense champ de la pensée humaine qui utilise le mot Dieu. A mon avis il faut mieux se rendre capable d’avoir une certaine façon personnelle de traduire ce mot Dieu pour notre façon d’être. Par exemple en philosophe : ce qui est source de vie, de mouvement et d’être (selon moi). Ou en terme de vie très concrète : qu’est-ce qui me fait lever le matin ? Quelle est pour moi la préoccupation qui l’emporte sur toutes les autres préoccupations ? On n’est pas forcé de penser Dieu comme un vieux barbu assis sur un nuage rose pour entrer en dialogue avec la théologie et les arts.

Est-ce qu’il est utile, ou égal, de penser ou de ne pas penser ce que l’on croit ou non ? Il en est de même pour la santé. On a le droit d’être costaud comme un ours sans faire aucun exercice, mais en général cela aide de faire un peu d’exercice, surtout sur le long terme. Et une personne qui ne fait jamais d’exercice du tout aura quand même du mal à faire une grande randonnée dans les sommets des Alpes. Et bien, la réflexion, prendre un peu de temps pour chercher et élaborer nos priorités est à mon avis déterminant sur notre propre évolution. Cela ne veut pas dire que l’on est nécessairement meilleur que les autres, mais que l’on se donne les chances d’être meilleur que ce que l’on était hier, que l’on élabore soi-même plus librement ce vers quoi nous voulons tendre, et que nous évoluons mieux et plus vite en ce sens. Cela me semble plutôt valable. Mais que chacun voie ce qu’il veut faire de sa vie, bien sûr. Ce n’est pas un jugement, puisque nous sommes de toute façon aimés et gardés.

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

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3 Commentaires

  1. Dany dit :

    Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Timothée 2, 4).

    Vous me chercherez et vous me trouverez, parce que vous me chercherez de tout votre cœur. (Jérémie 29, 13)

  2. Angélo dit :

    Nous sommes tous aimés et sauveés N’importe la route que tu prends, longue tortueuse ou escarpée ou encore dangereuse ou plus courte par le coeur IL n’est pas loin de nous tous.

  3. Gil dit :

    Merci, cher pasteur, de prendre le temps de répondre à toutes nos questions, sans jugements sur les personnes.
    Je suis née catholique, ai vécu de longues années loin de l’Eglise avant d’y revenir sur le tard. J’ai rencontré des prêtres et religieux/ses qui m’ont accompagnée et n’ai jamais eu à souffrir de quelque abus que ce soit. J’ai pu lire aussi des théologiens comme Bonhoeffer, Paul Tillich, Hans Kung ou autres qui m’ont éclairée aussi, mais il semble toujours impossible, au sein de l’institution catholique, de parler librement sans être renvoyé à l’indépassable « magistère », comme si préserver l’identité « catholique romain » était plus important qu’essayer tout simplement – et ce n’est déjà pas si facile – de devenir chrétien.
    Alors,  » Dieu vous bénisse » pour votre approche qui n’enferme personne et ouvre toujours des chemins!

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