18 juillet 2018

une personne marchant sur un chemin enneigé avec une passerelle - Image par Kati de https://pixabay.com/fr/photos/homme-pont-solitaire-se-promener-1156619/
Anthologies

Quelques prières du pasteur Charles Wagner

Sur cette page :

Charles Wagner (1852-1918)
pasteur

N’hésitez pas à proposer une prière qui vous a aidé à prier.

Espérance

Un jour
tout ce but lointain vers lequel nous marchons
à travers tant d’obscurités douloureuses
sera réalisé;
les sentiers abrupts seront gravis,
les précipices franchis,
les erreurs expliquées…

Dis-toi cela souvent
quand le chemin se complique et que les horizons se voilent.

Par la fleur,
par l’oiseau,
par le plus humble de tes enfants humains,
envoie-moi un message d’espérance,
un peu d’eau vive qui ranime et fortifie.

Je ne demande rien de plus aux jours les plus mauvais.

(1894, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Il m’est doux…

Mon Dieu
Il m’est doux, ce soir,
d’entrer dans le silence
et de me recueillir devant toi.
C’est là que tu me parles et que mon cœur comprend mieux ce que tu lui veux.

J’ai marché, j’ai vécu, j’ai souffert;
je t’apporte mon âme souffrante
et ce fardeau de péchés que tu connais seul.
O Dieu ! Fortifie-moi.
Rends-moi sincère et droit.
Tu es près de ceux qui te cherchent:
sois près de moi qui suis chargé d’enseigner aux autres
qu’il n’y a qu’une paix,
c’est de te connaître et t’aimer, Toi seul, ô mon Dieu…

Convertis-moi, ô Dieu !
Chacun s’en va son propre chemin, poursuivant sa chimère :
convertis-moi à ta sainte réalité.
Enseigne-moi le secret du bonheur humble,
la paix qui consiste à être serviteur des autres et non à dominer.
Fais-moi bien comprendre
que ton royaume consiste dans la fraternité de tous ceux qui t’aiment,
et délivre-moi du mal qui m’empêche d’être vraiment ton enfant!

(1894, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Chant du matin

Dieu de l’alouette, dont le chant est une prière, avec elle mon âme chante et monte vers toi.

Que sait-elle de l’impression qu’elle me produit ? Que se passe-t-il en son être frémissant quand, ivre de lumière et perdue dans les plaines azurées, elle pousse ces cris qui sont pour moi des alléluias? Impossible de rien en savoir. Mais je suis fait ainsi ce chant me parle. Malgré moi il m’inspire et me transporte. Il s’élève, se répand, plane sur les champs, sur les sillons où peine le laboureur, où la moisson mûrit.

Au tableau du labeur humain ce chant ajoute un signe d’espérance. Avec cette voix qui monte, toute la création en travail gravite vers la clarté. Les germes obscurs dormant sous la terre, les ébauches de vie et de pensée sommeillant aux limbes de nos âmes, comme des nouveau-nés dans les blancs berceaux, tout ce qui cherche, aspire et s’efforce, est résumé dans cette montée et dans ces battements d’ailes, dans ton chant, petite alouette qui ne nous connais pas, mais que tous nous aimons et que Dieu seul comprend.

Soutiens nos âmes I Sur tous nos combats, nos souffrances, nos deuils même, fais planer la douce et divine espérance, ô Dieu de l’alouette!

(1913, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Je viens à toi

Toi qui seul juges et connais,
je viens à toi et me réfugie en tes abris que nulle force ne viole.

Je veux te dire ce que personne ne comprend et ne peut partager.

Fille du soleil, la fleur cherche le soleil ;
ta fille, mon âme, te chercher, ô Père.

L’être caché que je porte en moi te réclame.

Ce qui en moi-même demeure innommé te cherche,
inconnu aimé, en qui plongent nos racines.
J’ai soif de toi.
De toutes mes fibres, je t’appelle.
Toutes mes ténèbres pressentent ta lumière.

Ma misère est un abîme,
ton amour en est un autre;
il faut qu’ils se rencontrent.

Déjà tu m’aimes, puisque je vis.
Ton aile me couvre.
Le germe obscur qui sommeille attend ses ailes aussi.
Son jour viendra.

Ta chaleur me pénètre,
ta tendresse m’environne.

Je suis encore de la nuit,
mais de la nuit où s’élabore une aube.
Je suis encore incertain
et déjà tu m’es certain.

Mon devenir est tout baigné de ton éternité.
Si je m’ignore, tu me connais,
et cela me suffit.

Douceur puissante qui mènes les mondes,
tous mes secrets te sont connus;
tous mes chemins, je te les confie.

Et je suis heureux d’être un passant,
puisque tu me conduis par la main,
toi qui demeures.

(1913, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Tu nous aimes

Tu nous as aimés le premier ;
avant que nous ne fussions,
avant nos pères,
avant les débuts obscurs dont sortit l’humanité,
tu nous as aimés.

Mieux qu’une mère en espérance d’enfant
qui pense à l’inconnu qui sommeille en elle,
tu nous as aimés d’avance et portés.

Car nous sommes ton espérance
et nous sommes ta crainte,
ta joie et ta douleur.

Malgré l’immense peine que tu subis par nous,
tu nous as voulus et tu nous veux encore, toujours.
À travers les obstacles, les mêlées,
les chemins perdus, les gouffres, les ombres de mort,
tu nous veux, tu nous mènes, tu communies avec nous.
Tu nous aimes victorieusement,
avec une puissance devant qui tout cédera.
Tu boiras avec nous les calices,
tu combattras tous les combats,
tu descendras dans toutes les tombes,
jusqu’à la fin,
et la fin sera bonne.

Que sommes-nous pour embrasser du cœur ton amour et nos destinées ?
L’un et l’autre sont plus loin que la portée de nos regards.
Mais nous t’aimons du fond des nuits,
O notre étoile immortelle et vivante.
De toutes nos infirmités, nous aimons ta force ;
de toutes nos laideurs, nous aimons ta beauté.
Nous t’aimons comme le désert aime la source,
comme le désespoir aime le salut,
comme le pèlerin aime l’ombre,
et le malade, la santé.

(1913, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Dieu voilé

Plus je te connais par le sens intime, garant de ta présence,
et mieux je me rends compte que de te laisser ton voile,
c’est te respecter vraiment,
Dieu des clartés merveilleuses et Dieu des mystères!

Je n’ai pas besoin que tu répondes à mes pourquoi,
mais seulement de penser que tu en connais la réponse.
Ignorer n’est pas une torture pour qui est sûr que tu sais.

Je peux fermer mes yeux puisque les tiens sont ouverts.
La nuit près de toi n’est plus la nuit pleine d’effroi
ta tendresse est tissée dans son ombre
et lorsque c’est toi qui te tais, ton silence est de l’amour autant que ta parole.

(1916, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Dieu se fait homme

Je ne peux te penser qu’avec des moyens humains,
lors même que je ne te verrais pas en esprit,
sous une forme mortelle et semblable à celle de mes frères.

Et si tu veux t’approcher de moi,
ne faut-il pas que tu descendes aux sentiers de la terre?

Pour me parler, ne dois-tu pas employer les termes de ma langue maternelle?
Autrement qui te comprendrait,
puisque l’homme est un muet et un sourd pour son propre semblable
s’il n’en saisit pas le langage?

C’est pour cela que tu t’es fait homme
et que tu as marché parmi nous sous les traits du Fils de l’homme.

En somme, depuis que tu nous cherches,
tu emploies les mêmes moyens:
Tu viens à nous.

Tu es venu vers nous par les créations matérielles,
les splendeurs et la magnificence des cieux.
Tu es venu à nous dans les aubes où les âmes se dégagent des ombres,
dans les joies et les peines, dans les liens de la vie familiale,
dans la personne des justes qui sont nos guides et nos frères aînés.

Tu as marché, lutté, souffert et chanté parmi nous.
A travers nos jours éphémères
a transparu ton sourire qui demeure
et tu nous as fait boire aux coupes d’ici-bas,
qu’elles soient douces ou amères,
un breuvage où fermente un espoir éternel.

Tout être qui se donne fait un geste divin;
à travers la poussière des héros et des martyrs,
tombés pour les causes justes,
brillent des rayons d’or;
dans chaque regard d’enfant tu as mis ta promesse
et les vaincus du droit t’attendent dans leur tombeau.

Sois béni, Dieu qui te fais homme pour être plus près de nous,
comme, dans les épis mûris sous ses caresses,
ton soleil se fait pain afin de nous nourrir.

(1916, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Le divin dans l’humain

Si ta présence nous paraît moins sensible,
n’as-tu pas mis près de nous tout le divin dans l’humain,
comme un gage permanent et un réconfort?

Quiconque a bien vécu,
aimé sincèrement, combattu vaillamment,
travaillé dans l’espérance,
est près de nous ton envoyé.

Tu t’éveilles sous nos pas,
dans les fleurs et dans les berceaux de nos maisons.

Tu es avec nous dans tout ce qui nous environne.
Et si les ailes nous manquent pour monter dans ta lumière,
tu te fais le bâton qui dirige nos yeux aveugles et soutient nos pas chancelants.

(1916, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Je crois en toi

Je crois en toi,
mystère ineffable qui t’abrites sous ce monde visible
et dont nulle pensée, nulle espérance hardie n’a jamais atteint qu’un pâle reflet.
Et nous y avons tous part, depuis les derniers jusqu’aux premiers.

Tous sont dans la main de Dieu
et nulle puissance de néant ou de terreur ne peut les en arracher.

(1899, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Le meilleur…

Le meilleur de ce que je pourrai penser de Toi
n’atteindra jamais ce que tu es et ce que tu veux pour moi,
ni la somme de ton amour et la mesure de ce qu’il prépare pour moi.
Et moi c’est nous.
Je suis à toi et tous sont à toi,
ceux dont tu es connu et ceux que tu connais sans qu’ils te connaissent;
ceux qui t’aiment et ceux que tu aimes sans retour.

Il peut se produire telles circonstances, je le sais,
où faute de clarté suffisante,
réduit à une misère extrême et atroce,
je ne te sente plus là et n’éprouve plus ton amour.
Tu seras là tout de même et tu feras pour moi ce qui est ton mystère.
Ta pitié (compassion) égalera, dépassera toujours mon malheur
et ta grâce suppléera à mon néant.

Tant que nous sommes deux, tu mets la plus belle part;
quand je ne serai plus qu’une chose inerte ou douloureuse, tu mettras tout :
la somme sera la même.

Père, conduis-moi dans ces chemins de guerre
et révèle-moi ce que j’ai besoin de dévoiler aux autres.
Guide le guide, inspire le chef; alimente la source.

Pour donner il faut avoir reçu.
Certes, conquérir à la sueur du front, c’est nécessaire, légitime.
Gagne ton pain, m’ordonnes-tu, si tu veux pouvoir en offrir.
Mais il y a aussi ce qui vient de toi seul et que personne ne peut créer ni acquérir.

Environne mon âme d’une bonne clarté qui vient de toi,
afin qu’en s’approchant de moi mes frères y voient plus clair.

(1916, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

À ta disposition

Père,
avant tout, je demande que la foi simple et filiale en toi
me soit conservée et augmentée,
ainsi que la foi dans l’œuvre humaine que, par ta volonté, nous accomplissons ici.

Donne-moi d’être à ta disposition tous les matins et à celle de mes compagnons,
dans la clarté comme dans les ombres ;
dans la force et dans la faiblesse;
dans la joie et dans le deuil, les misères, les angoisses.

Mets-moi au cœur une source inaltérable,
afin que je puisse aimer avec ma richesse ou ma pauvreté,
au mieux des circonstances changeantes,
et souffrir ou agir de bon coeur,
sûr que tu es avec nous
et que, par toi, tout le mouvement immense et déconcertant
de ce champ de bataille où nous sommes,
s’organise et se concentre vers la victoire.

T’aimer du sein des crépuscules, c’est le salut et c’est la vie.

(1914, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Je voudrais être plus confiant

Père, Tu connais ce que j’ignore.
Tu sais quel est le terme de mes jours.
Je voudrais te servir longtemps encore dans ce monde
où ta volonté nous a tracé notre carrière.
Mais qui connaît les limites où s’arrête sa force?
Certains avertissements semblent m’être donnés.
Serait-ce déjà le soir?

Question troublante. Pourquoi faut-il que je me la pose?
N’est-ce pas un manque de confiance que de se demander ce que sera le lendemain?
Quel qu’il soit, ne faut-il pas que, par ta grâce et ta force, il contribue à notre bien?

Je voudrais être plus confiant, plus enfant et plus patient aussi.
Mon âme est dans les crépuscules.
C’est un temps de crise et d’épreuve.
Tiens-toi près de moi, Père de tous les jours.
Pourvu que tu sois là, compagnon aimé, témoin éternel!
Vivre et mourir, marcher et s’arrêter, souffrir et être heureux,
tout est bon si c’est avec toi que nous y allons.

Étends sur moi ta main puissante
et délivre-moi des misères qui proviennent du manque de foi.
Fortifie mon homme intérieur
pour que je puisse fortifier les autres et être un refuge,
que j’agisse ou que je souffre,
que je parle ou me taise,
que je reste ou parte.

(1907, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Ta volonté

Que ta volonté, ô Père, soit faite, sur la terre comme aux cieux.

Puisque le meilleur de notre vie est de faire de son mieux et de s’en remettre à toi,
même de ce qui suivra lorsque nous n’aurons pas fait de notre mieux,
pourquoi y aurait-il une autre règle pour l’autre vie ?
Certes elle sera différente en ce qui nous concerne.
Mais elle s’accomplira dans le domaine de ta volonté et de ta sagesse.
Il en sera donc ce que tu voudras.
Ta volonté est ma paix et mon refuge.

Pourvu que tu sois au gouvernail,
la barque de nos destinées est en sûreté,
en deçà comme au-delà de cette ligne mystérieuse de l’horizon
qui, pour nous,
sépare ce qui est de ce qui sera.

Sur Toi je me repose.

(1913, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Au-delà

Les pères, à travers leur faiblesse,
ont cru à des mystères consolants,
et ta lumière a lui dans les crépuscules de leurs symboles et de leur entendement.
Ta force a été puissante en leur faiblesse.

Il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps.
Si notre vie se prolonge, ce sera de quantités finies
et tes réalités nous dépassent de quantités infinies.
Il faudra toujours le long regard de la foi,
qui pénètre au delà de toutes les choses visibles.
Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui croient.

Croire en Toi, c’est la vie.

C’est le grand pas, par lequel se conquièrent les immensités;
c’est le courage auquel est promise la victoire.

(1913, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Douleurs révélatrices

Mes douleurs m’ont donné une lointaine idée de ce que tu souffres,
Toi sur qui sont toutes les douleurs de tes enfants.

Et j’ai eu des heures de vue lointaine et radieuse
pour entrevoir les splendeurs d’espérance que ta main tient en réserve.

Ne me laisse jamais oublier ni l’une ni l’autre,
O Dieu des écrasés et des vaincus,
à qui l’avenir est promis, certain!

(1914, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Croix

Soutiens-nous afin que nous restions fidèles à nous-mêmes dans l’insuccès.
Nous avons, au jour le jour, fait ce que nous pouvions et devions.
Que cela nous suffise!
Il n’était pas permis de choisir un autre chemin, de donner un autre conseil.
Nous ne pouvons même pas souhaiter d’avoir agi autrement.

Si c’est une croix douloureuse d’être mal jugé,
portons cette croix.
Les meilleurs l’ont portée.
Rappelons-nous le Maître.

Peut-être, par nos douleurs, comprendrons-nous mieux les siennes
et celles de toutes les victimes des jugements obtus,
de tous ceux qui récoltèrent du mal pour avoir semé du bien,
ou suscitèrent des haines en répandant l’amour.

(1913, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Christ blessé

Je t’aime, ô Christ, dans ton anonymat sublime,
toi qui es grand de tout ton effacement
et qui es plus que quelqu’un à force de n’être personne.

Partout où un être laisse transparaître l’éternel dans l’éphémère,
tu es celui-là, et celui-là c’est toi.

Et tu renais toujours, quoique tu ne renies rien de ton passé.
Tu n’es pas quelque pâle ressuscité,
tout vacillant encore de mort, mais un vainqueur de la mort, en vérité.

Et cependant, ce que tu as de plus beau ce sont tes blessures.
Je t’aime couronné de lumière où brillent tes épines,
où tes meurtrissures lancent des feux.

Et les gouttes de ton sang sont une pluie d’étoiles.

(1914, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

L’Éternel vivant

Même de loin, un reflet de ta clarté nous réchauffe et fait croître nos ailes. La seule chose que tu ne veuilles pas, c’est que tes créatures désespèrent d’elles et de leur destinée, car ce serait désespérer de toi et manquer à ton honneur. Et tu ne veux pas que personne en condamne ou en exclut un autre pour ce qu’il pense dans son infirmité. T’aimer, avoir confiance en toi, et le dire et le prouver comme nous pouvons: voilà le vrai.

Sois béni d’avoir fait marcher avec nous, par nos chemins, Jésus-Christ. Dans nos ombres sa figure luit comme une aube.

Il est bien resté avec nous, comme il le disait. Il est vivant. Pourvu que nous vivions de cette belle vie, nous sentirons en nous les germes de ce qui ne saurait périr.

Quelque chose d’immortel ira pénétrer dans notre substance éphémère, et nous saisirons ce qui demeure, â travers ce qui passe.

Il nous a dit d’être fidèles dans les petites choses, de nous aimer les uns les autres et de t’aimer sans réserve ni mesure.

Donne-nous de pouvoir nous imprégner de son esprit comme d’une atmosphère vivifiante. Alors tout, le passé obscur, le présent chargé d’ombres et l’avenir voilé seront de la lumière.

(1914, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Sécurité

Père, c’est pour toi que tu nous as créés, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi. Tout autre repos et toute autre paix est à la merci des événements. Un message venu de l’Orient ou de l’Occident peut nous annoncer que notre joie est détruite.

Et c’est un esclavage douloureux que d’être exposé ainsi à des nouvelles qui nous signifient que ce qui était n’est plus et que ce qui paraissait ferme est caduc. Que reste-t-il d’autre à l’homme que d’être le jouet de forces plus grandes que lui ? L’inquiétude n’est-elle pas son sort naturel? Sa faiblesse ne l’expose-t-elle pas à trembler devant des menaces nombreuses, à se méfier de toutes parts, à jeter autour de lui des regards inquiets?

D’une pareille vie, Seigneur, délivre-nous! Convertis-nous de l’aléatoire à ce qui est certain, de ce qui trompe à ce qui tient promesse

Ne permets pas que nos cœurs s’attachent à ce qui ne saurait durer et bâtissent sur ce qui doit s’écrouler.

Notre espoir est en Toi. C’est en Toi qu’est enracinée notre destinée. Sur ta vie puissante et que rien, jamais, ne saurait atteindre, notre vie est greffée.

Les forces amies sont celles qui nous conduisent vers Toi; les bonnes nouvelles sont celles qui s’éclairent de ton sourire.

Aie pitié de nous qui sommes flagellés par les angoisses. Assure-nous en loi. Cache-nous dans ta forteresse. Abrite-nous sous tes ailes. Et sois-nous une retraite sûre et un libérateur.

(1914, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Reste avec moi

Reste avec moi, voici les jours mauvais:
voici les ombres qui descendent sur le chemin.

Les choses autour de moi prennent leur figure sévère
et l’angoisse envahit mon âme.

Bonté certaine qui réchauffes et soutiens, ne me quitte pas ;
que cette heure soit ton heure
et que je te sente plus proche en des moment plus douloureux.

S’il faut lutter, combats avec moi ;
s’il faut souffrir, souffre avec moi.
Pourvu que tu demeures, je ne manquerai de rien.

Sous tes ailes !
Cache-moi sous tes ailes pendant que rage le flot et passe la tempête.
Ne suis-je pas à toi?

Quelle puissance peut renverser notre alliance ?
À toi seul je me confie et m’abandonne.

Le trouble est éphémère,
ta paix est éternelle.

A travers les passes difficiles,
ta main me conduira au port avec tous ceux que j’aime et qui peinent avec moi.

Reste avec eux, reste avec nous.

(1917, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Tout

Père, je remets toutes choses en tes mains.
Fortifie les miennes pour l’œuvre en sous-ordre qu’elles ont à accomplir
et remplis mon cœur de ta paix,
ma volonté, de ton pouvoir.

Je veux te promettre,
en ces changeantes vallées où toi seul, compagnon fidèle, ne changes pas,
de m’en tenir à Toi, sans jamais douter de ta présence et de ta puissance.

  • Si les jours apportent du réconfort,
    fais que je t’en sois reconnaissant et y fasse participer les autres.
  • Si les jours apportent de la peine,
    aide-moi à la porter;
  • Si les heures amènent de l’angoisse,
    donne-moi la main, afin que je me sente rassuré.

Je ne veux plus dépendre d’autre chose
que de toi et de ta grâce immortelle.

Ainsi je ne suis indifférent à rien,
mais dans tout, je te retrouverai.

Tu seras dans mon bonheur le plus grand ou le plus petit;
tu seras ma lumière si le soleil fuit mes sentiers.

Tout est incertain;
ton amour et ta grâce sont seuls certains.

(1915, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Louange

Père, merci du don royal de la vie! Je ne l’ai pas toujours apprécié à son prix : pardonne à mon aveuglement. J’en ai perdu de belles parts; j’en ai mal employé d’autres et je baisse les yeux devant ta souriante bonté.

Tu m’as comblé de biens. Tu m’as donné un cœur vibrant, croyant, aimant. Tu m’as touché de ta main puissante et je t’ai éprouvé comme si je te serrais dans mes mains, te voyais de mes yeux, t’entendais de mes oreilles.

Mes souffrances mêmes m’ont conduit vers toi comme des sentiers sûrs qui montent vers les sommets. Tu m’as donné un foyer, des enfants, des amis, la foi en Toi et dans les hommes par l’esprit du Fils de l’homme, mon compagnon, mon frère, la joie du travail, la force, la santé. Tu m’as permis de rester simple et de garder mon âme jeune et des goûts sains.

Tu m’as pardonné toutes mes fautes, misères et manquements graves et tu m’as garanti des pièges que dresse notre propre égarement ou que prépare la malice d’autrui. Tu as permis que je discerne le mal et les laideurs sans en être frappé par trop. Tu m’as renouvelé tous les jours l’espérance, le courage, le don joyeux de sourire et d’oublier les offenses. Tu as garni mon sentier d’amis, comme la treille est garnie de grappes, pour que je puisse aimer et être aimé, infiniment, noblement, divinement. Tu m’as mis un chant sur les lèvres et une source dans le cœur, une source intarissable où sont venus boire tant d’altérés que la source elle-même en tressaille de bonheur. Tu m’as mis une flamme dans la poitrine et permis d’éclairer, de réchauffer, d’avertir même de loin. Tu as mis dans ma bouche mortelle des accents immortels. Tu m’as inspiré, guidé, porté.

Je n’étais qu’un enfant, de bonne heure orphelin. La main de mon père n’a pas pu prendre ma main. Mais tu l’as saisie. Des voix perverties ont parlé à mon enfance et appelé ma jeunesse : ta voix silencieuse a été la plus forte! Ta bonté, je la sens et je ne puis la dire:

Elle me déborde. Je t’aime avec ma poussière, ma douleur, ma faiblesse, mes souvenirs, mes repentirs. Je t’aime avec mon espérance, ma foi, avec ce que j’ai d’immortel.

Mes jours peuvent s’incliner vers leur soir la clarté passée me suffit. Reste avec moi, c’est ma seule prière. Je ne demande rien d’autre, ni pour maintenant, ni pour demain, ni pour après la mort. Pourvu que je sois à toi!

Garde et augmente-moi la douce confiance. Mets ta douceur dans mes yeux, dans mes mains, dans ma pensée, afin que je puisse rayonner sur tous les blessés et mettre de la clarté dans les âmes pleines d’ombres. Prends-moi tout entier. Dans les joies, les peines, sur les sommets, au fond des vallées et des gorges, chemine avec moi. Tout est là.

O lumière immortelle et sublime, douceur infinie, tendresse immense qui partages tous nos fardeaux et prépares des moissons inouïes dans nos obscures semailles, sois louée. Mon âme monte à toi, en toi et te magnifie, comme l’alouette monte dans le ciel bleu et s’enivre d’espace, de soleil et d’alléluias.

(1912, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Dernière prière

Je t’ai aimé dans la fleur des champs,
dans les étoiles du ciel,
dans le monde intérieur,
dans tes pauvres enfants,
dans toute forme périssable qui traduit une réalité éternelle.

Maintenant je ferme les yeux à cette révélation dans l’éphémère;
je m’endors pour les choses qui ne sont que d’un temps.

Accueille-moi près de toi dans celles qui sont pour toujours.

(1918, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Quand je dormirai du sommeil qu’on nomme la mort

Quand je dormirai du sommeil qu’on nomme la mort,
c’est dans ton sein que je reposerai.
Tes bras me tiendront
comme ceux des mères tiennent les enfants endormis.
Et Tu veilleras.

Sur ceux que j’aime et que j’aurai laissés,
sur ceux qui me chercheront et ne me trouveront plus,
sur les champs que j’ai labourés,
Tu veilleras.

Ta bonne main réparera mes fautes.
Tu feras neiger des flocons tout blancs
sur les empreintes de mes pas égarés;
tu mettras ta paix sur les jours évanouis,
passés dans l’angoisse;
tu purifieras ce qui est impur.

Et de ce que j’aurai été,
moi, pauvre apparence,
ignorée de moi-même et réelle en toi seul.
Tu feras ce que tu voudras.

Ta volonté est mon espérance,
mon lendemain, mon au-delà,
mon repos et ma sécurité.
Car elle est vaste comme les cieux
et profonde comme les mers;
les soleils n’en sont qu’un pâle reflet
et les plus hautes pensées des hommes
n’en sont qu’une lointaine image.

En Toi je me confie.

À Toi je remets tout.

(1918, « Devant le témoin invisible », Paris, éd. Fischbacher 1933)

Prière pour se disposer à écouter ou à lire

Ô Bonté infinie et immortelle, nous te cherchons, mais tu nous as déjà trouvés. Tu es là, toujours, dans toutes les circonstances quelles qu’elles soient. Ce que [homme ne comprend pas, tu le comprends. Les faits qui nous égarent et nous déconcertent, tout ce que nous ne discernons qu’à travers des brumes et des ténèbres, tu le vois dans la clarté triomphante et tu sais que tout finira bien.

Tu n’es pas un Dieu lointain, mais prochain; tu nous sondes et nous environnes. Tu veux combattre, marcher, souffrir et pleurer avec nous. Si nous tombons, tu te baisses vers nous; nos fardeaux sont tes fardeaux; notre cause, ta cause. Notre détresse est grande, mais tu es plus grand que nos détresses, et ton pardon dépasse nos fautes autant que le ciel est plus haut que la terre . ………

Lorsque nous pensons à ces choses, une aube se lève dans nos âmes, la lumière se fait dans notre esprit; des portes s’ouvrent où tout semblait verrouillé; nous sortons des impasses où nos pas se heurtaient.

Accorde, Père, accorde à tes enfants assemblés le sentiment de ta sainte et souveraine présence! Que tous ensemble nous te cherchions dans la simplicité, avec des cœurs sincères, dans l’amour fraternel décidé aux actes. Parle-nous par la voix d’un homme. Mets dans son insuffisance et son infirmité comme un écho de ta Parole éternelle. Dis à chacun de nous ce qu’il a besoin d’entendre; aide la parole mortelle à trouver le chemin des cœurs, pour y accomplir une oeuvre immortelle d’espérance, de réconfort, de guérison. Que ceux qui ont faim et soif ne s’en aillent pas découragés, n’ayant pu boire à tes sources divines! Fais-nous du bien, comme tu nous aimes, non selon nos mérites et notre foi, mais selon nos misères et ta Miséricorde …. Ainsi soit-il, dans la communion sainte par le Christ Libérateur!

(« N’oublie pas ! , Paris, éd. Fischbacher)

Sauve-moi du désordre de ma pensée

Ô Dieu, que ta figure paternelle me sauve
de la face indéchiffrable des noires fatalités!

Ne laisse pas mon âme
s’user contre l’incompréhensible, l’incohérence et la brutalité,
l’injustice des hommes et des choses.

Mets dans mon cœur ta clarté familière;
donne-moi ta paix, malgré le chaos où je me débats.

Fais-moi comprendre que le désordre tient à mon point de vue.
À ma hauteur, tout est embrouillé.
Plus haut apparaît l’harmonie.
Sauve-moi du désordre de ma pensée!

(1899, « L’ami », Paris, éd. Fischbacher)

Père, garde-nous,
enveloppés de ta tendresse

Père, garde-nous,
enveloppés de ta tendresse puissante.

Notre esprit vacillant en a besoin.
Trop de choses l’impressionnent.
Rassure-le.

Ne sommes-nous pas à toi dans les passages sombres,
comme sur les sentiers lumineux;
dans l’incompréhensible,
comme dans ce qui nous parait clair?

(1899, « L’ami », Paris, éd. Fischbacher)

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