Un Évangile du Christ, quatre évangélistes

Guiard des Moulins, Bible historiale Christ en majesté © Bibliothèque nationale de France

Guiard des Moulins, Bible historiale
Christ Tétramorphe
© Bibliothèque nationale de France

Par : pasteur Marc Pernot

Un évangile, c’est aujourd’hui un de ces quatre livres au succès extraordinaire que nous avons dans nos Bibles, ou un de ces livres apocryphes qui n’ont pas pu y entrer mais que nous avons par ailleurs. C’est un détournement malheureux du sens du mot évangile. À l’origine de notre foi, il n’y a pas quatre évangiles ni trente-six, mais un seul, l’Évangile de Jésus-Christ, et ces quatre livres étaient appelés l’Évangile selon Matthieu, selon Marc, selon Luc, et selon Jean.

Il y a bien un seul Évangile que nous découvrons à travers quatre témoins, qui ont chacun leur histoire, leur culture, leur sensibilité théologique. Ces différences se sentent à travers leurs textes, mais au fond, il y a bien une personne, Jésus de Nazareth, qui est le Christ, le Sauveur de chaque personne humaine. L’Évangile, c’est à dire la Bonne Nouvelle, c’est d’abord dans la Bible l’Évangile de Jésus-Christ, c’est donc lui, Jésus, qui est l’Évangile, il l’est par son existence même, par ses paroles et par ses actes, car il est le Christ, la source décisive de salut. L’Évangile est aussi appelé l’Évangile de Dieu, c’est-à-dire la bonne surprise de découvrir que Dieu ne rejette pas le pécheur mais l’aime au point de tout donner pour qu’il puisse vivre. Cet Évangile est appelé aussi Bonne Nouvelle du Royaume car avec le Christ, le Royaume de Dieu est déjà là pour nous même s’il est encore en chantier, et nous recevons aujourd’hui une résurrection qui nous fait vivre l’éternité.

C’est de cela que témoignent ces quatre évangélistes, chacun à leur façon, ils nous offrent l’Évangile unique.

Au départ, il y a eu cette expérience qu’ont eue des hommes et des femmes de vivre aux côtés de Jésus. Nous savons maintenant qu’il était habituel à l’époque de prendre des notes de ce que disait un enseignant comme ces rabbis itinérants, et des disciples de Jésus ont dû faire de même, à cela s’est ajouté le témoignage oral des témoins qui passaient de lieu en lieu pour parler de ce qu’ils avaient vécu avec Jésus et compris de son Évangile. La rédaction des premiers récits sur Jésus a été réalisée ensuite, en plusieurs étapes, et ils ont été une richesse formidable pour les générations futures.

Matthieu

Matthieu montre que le Royaume qui vient en Christ est également surprenant, il n’est pas dans un autre lieu ou dans un autre temps, mais ce Royaume est une autre façon d’être que l’on peut découvrir, choisir, et vivre maintenant par le Christ. Cela est à la portée de tous, nous montre Matthieu, en se reconnaissant comme pauvre devant Dieu et frère en cela de tout autre homme, qu’il soit pécheur ou le plus petit. Ou même païen, car si Matthieu s’adresse aux juifs, il montre que le Royaume de Dieu est ouvert aux non juifs, ce qui est fidèle à bien des promesses du Premier Testament.Matthieu serait le collecteur d’impôt que Jésus appelle à devenir apôtre à sa suite (Matthieu 9:9), il aurait d’abord mis par écrit en hébreu un recueil de paroles de Jésus. En tout cas, l’auteur de ce livre est un juif qui connaissait bien la Bible et qui s’adresse à des juifs auxquels il montre que Jésus est le Christ, le Messie annoncé par la Bible, mais qu’il l’est d’une façon inattendue.

Marc

Il semblerait que Marc ait été un proche de l’apôtre Pierre et qu’il ait aussi accompagné Paul. Peut-être est-ce le jeune homme qui assiste à l’arrestation de Jésus et se sauve tout nu dans le jardin des oliviers (Marc 14:51).
Le livre de Marc est le plus court (il se lit en 2 heures). Il commence par ces mots : Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ… on s’attend à voir suivre un exposé théologique sur le contenu de cette Bonne Nouvelle, mais Marc nous donne plutôt un récit des actes de Jésus, en particulier de sa mort qui est comme la clef permettant de comprendre tout le reste, un acte de fidélité à la mission de salut que Dieu lui a confié. Pour Marc, la Bonne Nouvelle est donc Jésus lui-même, il est comme un médecin qui va partout pour faire du bien aux hommes. Jésus y est très humain, mais il est en même temps plein de la puissance de Dieu pour véritablement sauver, guérir, ressusciter, libérer chaque personne humaine de toute nation.

Luc

Le livre de Luc est en deux tomes. Le premier présente la vie de Jésus, le second montre la naissance de l’Église chrétienne. Luc n’a apparemment pas connu Jésus directement, il serait un disciple de Paul, qui parle de lui en l’appelant son “ médecin bien aimé ” (Colossiens 4:14). Il écrit dans un excellent grec, mais profondément influencé par la pensée et la langue du Premier Testament.

Luc insiste à la fois sur le pardon de Dieu et sur la liberté qu’a chacun de se convertir (de changer l’orientation de sa vie en se tournant vers Dieu).

Luc montre que Jésus manifeste vraiment au plus haut point l’amour de Dieu pour chacun : il prie pour ceux qui le crucifient, il accueille les pécheurs, donne les paraboles et les récits très radicaux concernant le pardon de Dieu, il montre en exemple la foi de païens, de samaritains, et les femmes ont souvent le premier rôle, que personne ne se sente donc hors de cet amour. Mais les paroles de Jésus y sont par ailleurs exigeantes, le salut offert largement à tous en Christ, chacun est libre de l’accepter ou de le refuser. Luc nous montre ainsi que nous sommes devant une alternative de vie ou de mort, malgré l’amour infini que Dieu a pour nous.

Jean

Le livre de Jean est tout à fait différent des trois autres livres. Dès les premières paroles, le ton est donné, avec Jean, nous entrons dans un monument de théologie. Selon Jean, Jésus parle par de longs discours tissés de citations bibliques, et il parle aussi par ses actes qui sont des signes du salut que Dieu nous offre en Christ. Le salut est à connaître mais aussi à voir.

Jean serait le disciple bien-aimé de Jésus, il aurait rédigé, lui ou ses proches, également trois lettres et le livre de l’Apocalypse. Il nous offre ainsi l’Évangile selon trois formes différentes : celle du récit, des lettres et de la littérature fantastique, les trois parlant du salut de chacun de nous.

Jean est à la fois celui qui présente le plus Jésus-Christ comme divin mais aussi comme étant pleinement humain et distinct du Père. Jean nous montre également que nous participons à ces deux réalités paradoxales. Tout homme reçoit par l’Esprit cette extraordinaire capacité de devenir enfant de Dieu, recevant la révélation de toute chose et la capacité de tout obtenir de Dieu. Mais Jean nous montre en même temps que même les apôtres les plus proches de Jésus sont des personnes comme nous, ayant du mal à comprendre et à croire.

L’Évangile de la grâce et de la liberté

Les chrétiens ont eu l’audace de garder ces quatre livres. Les pères de l’Église y verront la réalisation d’une prophétie d’Ézéchiel 1:10 avec les quatre figures d’homme, de lion, de taureau, et d’aigle, qui seront identifiées à Matthieu (car son évangile commence par une généalogie humaine de Jésus), à Marc (qui commence dans le désert, pays où vit le lion), à Luc (qui commence dans le temple où des bœufs sont offerts en sacrifice) et à Jean (dont la hauteur de vue du prologue évoque celle de l’aigle).

La liberté de pensée n’a donc pas été inventée au siècle des lumières, mais elle fait partie intégrante de l’Évangile, liberté inspirée de la pensée hébraïque qui a toujours considéré que la diversité des interprétations est une richesse indispensable à la manifestation de la gloire de Dieu. Diversité qui se voit dans celle des sensibilités intégrées dans la Bible hébraïque. Cette diversité assumée est un témoignage d’ouverture, c’est un appel à la liberté et à la réflexion personnelle de chacun, c’est aussi un témoignage de foi, de confiance dans la puissance de l’Esprit Saint qui seul peut faire qu’une phrase de la Bible devienne Parole de Dieu pour quelqu’un. Bien entendu, les quatre livres sont unanimes pour ce qui est d’être centré sur le salut qui est en offert à tous en Christ. Leur diversité est un témoignage utile contre l’intégrisme, le salut est bien en Christ et non pas en Matthieu, Marc, Luc, Jean ou dans tel dogme… La Vérité est cette personne vivante qu’est le Christ, ce n’est pas un bout de phrase sur du papier. Mais il y a des phrases qui peuvent nous conduire au Christ.

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