Au-delà de l’image traditionnelle de l’humilité, l’entrée de Jésus à Jérusalem révèle une posture politique et spirituelle singulière. En s’appuyant sur la pensée de Giorgio Agamben, cette réflexion explore comment le choix de la paix et la « puissance-de-ne-pas » offrent une alternative durable aux dynamiques de pouvoir habituelles.
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L’entrée de Jésus à Jérusalem sur un ânon (Matthieu 21:1-11)
Dans la semaine de Pâques, le premier épisode s’appelle les Rameaux, il montre Jésus arriver à Jérusalem. Il est acclamé par la foule comme un roi et, bizarrement, on a parlé pour cet épisode de la grande humilité de Jésus parce qu’il monte sur un âne (Matthieu 21:1-11).
La dignité royale affirmée
Mais ce n’est pas du tout l’humilité de Jésus. D’ailleurs, il est acclamé comme un roi et il l’accepte, ce n’est pas très humble quand même. Deuxièmement, l’Évangile ne cherche absolument pas à nous humilier, au contraire. L’Évangile cherche à nous relever, à nous faire prendre conscience de notre incroyable valeur, celle d’un roi ou d’une reine, pour changer le monde autour de nous.
L’âne : symbole de paix et non de petitesse
Et troisièmement, dans cette culture, un âne n’est absolument pas une monture humble. L’âne est une monture royale quand le roi est en temps de paix. Comme le cheval est la monture royale d’un roi qui part à la guerre. Donc, Jésus annonce ainsi son programme en tant que roi.
Le choix du Temple face au Palais
Jésus le confirme aussitôt en entrant dans Jérusalem. Au lieu de se diriger vers le palais du gouverneur afin de prendre le pouvoir grâce à cette foule qui compte vraiment sur lui pour le libérer de l’oppression du pouvoir romain, Jésus tourne et se dirige directement vers le temple de Jérusalem où, à voix forte, il rappelle cette parole de la Bible où Dieu dit : « ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples » (Ésaïe 56:7). Jésus apporte ainsi une autre sorte de libération que celle du pouvoir romain. C’est une libération d’une façon d’être qui nous est tellement naturelle : celle de nous défendre contre le mal par le mal, de prendre le pouvoir contre le pouvoir. Jésus nous propose autre chose.
Sortir de l’épic fury
Et si, comme Jésus le dit dans le temple de Jérusalem, notre priorité aujourd’hui était de remettre la prière au centre ? Pas la religion au centre. La religion n’est qu’un exercice pour nous aider à mettre la prière au centre. Et si pour notre monde aujourd’hui, la priorité était effectivement de remettre la prière au centre ? Et sortir de cette façon, cette mode qui est l’épic fury (puisque c’est cela qu’on l’appelle ces temps-ci).
Le monde ne se change pas en prenant le pouvoir sur le monde car alors c’est encore renforcer cette façon d’être. Alors comment faire ? Jésus nous invite à changer le monde, oui, mais grâce à une autre façon d’habiter le monde, en prenant de la hauteur, une forme de vie plus haute, plus élevée.
Agamben et la puissance-de-ne-pas
Le philosophe italien Giorgio Agamben, qui est encore vivant bien sûr, parle de « la puissance-de-ne-pas ». C’est ce que fait Jésus quand il reconnaît qu’il est roi, mais qu’il n’agit pas comme un roi le ferait. Et un peu plus loin dans la semaine de Pâques, quand Jésus est poussé en procès devant Pilate qui est effectivement le gouverneur, Jésus exerce encore sa « puissance de ne pas » en ne répondant pas aux accusations de Pilate car ce serait reconnaître encore sa juridiction, celle du pouvoir.
Trouver notre vocation
Mais Jésus ne se contente pas de prier. Il agit, on le voit dans ce texte, il agit avec puissance, avec force : avec son geste, il incarne une autre vérité que celle du pouvoir sur l’autre.
Celui qui prie vit une liberté inouïe. Il n’est pas sous le pouvoir de l’autre. Il est dans le monde, mais en prenant de la hauteur sur le monde. Il célèbre la vie, mais toute vie ainsi que la source de la vie qui est Dieu. Cela lui donne une autre façon d’être dans ce monde et de trouver peut-être sa vocation, une vocation féconde et belle.
Cette méditation est la n° 1/8 de la série de méditations bibliques spirituelles et philosophiques pour la semaine de Pâques.





