une boîte d'une douzaine d'œufs - Image par SeekDiscover de Pixabay
Bible

Un chiffre rond dans la Bible n’est pas une quantité mais une qualité (symbolique des nombres) ?

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Question posée :

Bonjour

Apparemment les chiffres ronds dans la Bible représentent une qualité et non une quantité, mais du coup j’ai un peu de mal à comprendre, par exemple dans Actes chapitre 7, à quoi correspondent les « quatre cents ans » où la postérité sera réduite à la servitude et où on les maltraitera. Pareil pour le verset où Joseph envoya chercher son père Jacob et toute sa famille composée de « soixante-quinze personnes ».

À quoi correspondent ces chiffres si ce ne sont pas des quantités ? Comment devons-nous prendre ce genre de versets ?

Vraiment merci, merci !!

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir Monsieur,

Bravo, oui, les chiffres « ronds » dans la Bible représentent une qualité et non une quantité. « Rond » n’est pas au sens où cela le serait forcément pour nous qui sommes habitués à compter en base 10. Mais il est vrai qu’une partie de ces chiffres « ronds » dans la Bible datent d’avant les Hébreux et sont restés chez nous, comme pour la douzaine d’œufs et la semaine de sept jours. 12 et 7 sont dans la Bible des nombres « ronds », souvent, très souvent signifiants. C’est parfois un peu déroutant. Par exemple les évangiles parlent souvent « des 12 » pour parler du groupe des 12 apôtres de Jésus. Comment comprendre cela ? Je vois deux solutions, deux sens possibles :

  • Jésus a pu réellement choisir 12 apôtres exactement, et que ce soit donc historiquement bien une quantité, même si par ailleurs il n’aurait alors certainement pas choisi 12 à la légère mais par référence au nombre de tribus d’Israël, et aussi à la symbolique du nombre 12 (voir ci-dessous).

  • Mais peut-être que Jésus avait historiquement un petit groupe de disciples proches, formant un groupe uni, et que le qualificatif « des 12 » est alors purement symbolique, que ce soit, comme vous le dites, non pas une quantité mais une qualité : un groupe de personnes bénies en tant que groupe.

Mais après cette première remarque pour dire que l’on avance en eau mouvante, essayons d’avancer.

Comme chiffres ronds, je dirais que nous aurions :

  • 1 est le nombre de Dieu, l’Unique incréé, “Écoute Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un. (Deutéronome 6.4 ; Marc 12:29)

  • 2 est le nombre de la Parole de Dieu, qui est comme une « épée à double tranchant » (Hé 4:12), permettant de discerner, de lever la confusion entre les lumières et les ténèbres, le bien du mal… Il y a deux testaments, deux traditions révélées dans le judaïsme, et Dieu parle souvent deux fois, c’est deux fois qu’il donne la loi à Moïse sur le mont Sinaï, cette loi est écrite sur deux tables de pierres.

  • 3 est aussi le nombre de Dieu, ou tout au moins du spirituel, et cela dans bien des peuples, car le triangle est la seule figure géométrique stable, le 3 évoque la stabilité, l’éternité. (Cf. la Trinité)

  • 4 est le nombre du terrestre, de la dimension matérielle de la création qui ignore Dieu (les quatre points cardinaux, les quatre éléments, les quatre pattes des animaux…).

  • 5 est le nombre de l’éthique, guidant l’action juste des humains. C’est ainsi que la Torah est un Pentateuque : les cinq premiers livres de la Bible et sur les Tables de la Loi, il y a cinq commandements sur une table et cinq sur l’autre. À l’origine, c’est probablement dû au nombre de doigts de la main, évoquant ainsi l’action.

  • 6 est le nombre du refus et de l’opposition à Dieu, c’est le “7” auquel on retire le Un de Dieu, il évoque le rejet volontaire et conscient de la dimension spirituelle. Comme dans le 666 de l’Apocalypse qui est comme le matérialisme élevé au rang de divinité.

  • 7 est le nombre de la perfection de la création, c’est-à-dire de la création matérielle parachevée par la bénédiction de Dieu reçue. C’est le nombre des 7 jours de la création de la Genèse, et c’est aussi 4+3, c’est-à-dire le matériel qui est béni, transcendé par le spirituel, par la bénédiction de Dieu. (8 serait alors le nombre de la vie éternelle, le 8ᵉ jour d’une semaine qui n’en dure que 7 en ce monde. Pierre insiste sur l’importance de ce chiffre (8 en 1, Pierre 3:20).

  • 10 est encore le nombre de la Loi comme les dix commandements, une alliance de la Parole et de la Loi morale.

  • 12 est le nombre du peuple de Dieu, comme les 12 tribus d’Israël et les douze apôtres, c’est le nombre de ceux qui se veulent appartenir à Dieu (même s’ils ne sont pas parfaits). C’est encore une combinaison de 4 le matériel et de 3 le spirituel, mais d’une manière moins parfaite. Ce nombre exprime, un peu comme le 7, un ensemble complet. En effet, si l’on vend les œufs à la douzaine, c’est que (paraît-il), on a longtemps compté jusqu’à 12 grâce au pouce venant pointer sur les phalanges des 4 autres doigts de la main.

  • 40 évoque une gestation, une nouvelle version en train de se préparer : c’est un temps long, souvent pénible et qui ne semble pas créateur sur le moment mais comme la gestation humaine qui dure 40 semaines après les dernières règles : préparant la joie d’une vie nouvelle, supplémentaire.

  • 1000 veut dire énormément, il amplifie le sens donné par le nombre de milliers.

Parfois, il y a des combinaisons :

  • 42 est composé de 6 et de 7, c’est la transition entre le 6 de la création matérielle du monde et le 7 de la création bénie (voir Apocalypse 11:2 ; 13:5).

  • Le Christ dit qu’il faut pardonner 7 fois, 70 fois 7 fois à son prochain (ou 77 fois 7 fois), et c’est là bien le but de la création divine, ce n’est possible que par la bénédiction de Dieu.

  • Il y a 24 classes de prêtres en Israël, ce qui est un multiple direct de 12, et peut-être une allusion à la parole (2) ?

  • 4000 personnes évoquent la multitude de l’humanité de toute la terre, 5000 personnes évoquent le peuple de la Torah, ce qui fait donc moins de monde que 4000 (voir par exemple les multiplications de pains dans Marc 6 et 8, où Jésus insiste manifestement sur l’importance des nombres comme signifiants).

  • 144 000 est une multitude voulue par Dieu, comme un peuple entier de peuples, ce que sont les élus de Dieu dans l’Apocalypse.

Quelques remarques :

  • Ce n’est pas un cryptage, et il n’y a pas de sens caché avec un code.

  • C’est un peu schématique de donner ces significations ainsi, je le reconnais.

  • On ne trouve pas toujours ce que cela pourrait vouloir dire, ou apporterait.

  • Si l’on cherche à saisir le texte, l’allusion derrière ces chiffres et nombres est parfois utile, mais avec prudence, avec rigueur et vérifications, plutôt quand c’est manifestement incontournable.

  • Cela dit, on a le droit de se laisser aller aussi dans une lecture personnelle délibérément poétique. Comme une rêverie inspirée de la Bible, mais alors en sachant que c’est une méditation personnelle, pas de l’exégèse. On a le droit, car ces textes sont faits pour nous inspirer.

  • Personnellement, les calculs de la kabbale ne m’intéressent pas tellement, c’est tout autre chose.

Quant aux nombres que vous citez :

  • « on la réduira à la servitude et on la maltraitera pendant quatre cents ans » (Actes 7:6). Cela ne me semble pas hyper net. Je ne suis alors pas certain que je chercherais particulièrement à y trouver grand sens. Peut-être que c’est du 4 (la vie en ce monde matériel) multiplié par 10 et encore 10, comme personnellement, j’y verrais peut-être alors une vie dont la règle est le pur travail matériel, l’industrie, le commerce, la technique. Car c’est ce que peut représenter l’Égypte dans le cadre de la Bible. Une aliénation dans l’espérance de se sauver par l’industrie humaine ?

  • Pour les « soixante-quinze personnes », je ne vois pas trop, personnellement.

Bravo de lire la Bible, de chercher à la comprendre, à la creuser, de chercher un sens pour votre vie…

Dieu vous bénit et vous accompagne.

par : Marc Pernot, pasteur à Genève

À lire aussi : Sur le sens théologique et spirituel de la Bible, voir l’article dédié dans notre Petit Dictionnaire de Théologie.

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5 Commentaires

  1. 153 dit :

    Jean 21 : 153 poissons
    153 = 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 + 9 + 10 + 11 + 12 + 13 + 14 + 15 + 16 + 17 (nombre triangulaire, sommation des 17 premiers nombres)
    17 = 10 (multitude) + 7 (création) => cf Actes des Apôtres 2,9:11 : 17 populations sont présentes lors de la Pentecôte
    153 = 100 (10*10) + 50 (pentecôte) + 3
    153 = 100 (10*10, nombre carré) + 28 (1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7, nombre traingulaire, sommation, pyramide) + 25 (=5*5, nombre automorphe, ou sphérique, dont les chiffres du carré se terminent par le nombre lui-même, comme 76^2 = 5776), donc réunion de 3 ordres

    cf https://fr.wikipedia.org/wiki/153_(nombre)

    1. Alexandre dit :

      Et 0 Alors?

      1. Marc Pernot dit :

        C’est vrai que le zéro est un chiffre très rond, dans tous les sens du terme.
        Mais je pense qu’il était inconnu à l’époque du Christ, il est apparu en Inde bien des siècles plus tard.

  2. 153 dit :

    et d’oû les 153 chapitres-paragraphes d’Evagre le Pontique (IVème siècle, 345-399) dans son traité sur la prière, aujourd’hui placé dans la Philocalie (anthologie de tradition orthodoxe sur la vie monastique, mais aussi destinée aux laïcs intéressés). Evagre donne en prologue son interprétation du chiffre 153 : 153 chapitres-poissons en référence aux 153 poissons de Jean 21.

  3. 153 dit :

    Bonjour,

    Voici de même quelques interprétations à propos de l’emploi des nombres
    17 = 10 (multitude) + 7 (création) et
    153 = 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 + 9 + 10 + 11 + 12 + 13 + 14 + 15 + 16 + 17 (nombre triangulaire, c’est-à-dire un total de lignes, jusqu’à 17 = 10 + 7)
    153 = 100 (=10*10, multitude de multitude) + 50 (penteconta en grec) + 3 (trinité ?)
    153 = 100 (10*10, nombre carré) + 28 ( = 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7, nombre triangulaire ) + 25 (= 5*5, nombre carré et automorphe ou sphérique, c’est-à-dire dont la suite de chiffre se termine par le nombre lui-même, comme 76^2 = 5776) : somme de trois ordres

    [extrait de l’article https://fr.wikipedia.org/wiki/153_(nombre) ]
    Évagre le Pontique a considéré que 153 représentait une harmonie de contrastes, puisque 153 = 100 + 28 + 25, avec 100 représentant un carré, 28 un triangle et 25 un cercle.

    Cent cinquante-trois est le nombre de gros poissons ramenés par saint Pierre, selon le récit de la « Pêche miraculeuse » se trouvant dans l’Évangile selon Jean (21:11).

    Le chiffre continue à intriguer les exégètes. La plupart s’en tiennent à l’interprétation donnée au IVe siècle par le premier érudit biblique, saint Jérôme, à savoir que les zoologistes grecs de l’époque connaissaient au total 153 variétés de poissons. Le chiffre signifierait dans ce cas l’universalité de l’Église, toutes les nations de la Terre se retrouvant dans les filets de l’apôtre Pierre.
    Numérologie biblique

    On trouve un commentaire numérologique de ce verset dans le Traité sur l’Évangile de Jean de Saint Augustin : ce dernier y rappelle (122, §8) que 153 est la somme de tous les nombres compris entre 1 et 17 (nombre triangulaire).

    Dans les Actes des Apôtres (2,1-11), on peut compter le nombre des peuples énumérés dans ce récit : « Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d’Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d’Égypte, de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence, Juifs, prosélytes, Crétois et Arabes. » Ces peuples, dont les ressortissants entendent dans leur propre langue ce que disent les apôtres (c’est le miracle dit de glossolalie, qu’on a assimilé à l’anti-Babel) sont au nombre de 17. Ces peuples de « toutes les nations qui sont sous le ciel » sont donc clairement considérés comme représentant l’univers alors connu.

    Les nombres 10 et 7, quant à eux, représentent la multitude et la totalité. Ceci rejoint les commentaires des théologiens et exégètes, qui ne font que suivre ce que disait saint Augustin : 153 représente la totalité des chrétiens de tous les temps et leur multitude.

    *****
    L’épilogue de l’Evangile de Jean contient donc sur une possible allusion à la pentecôte. D’ailleurs 50 se dit penteconta : 153 est la combinaison de la multitude (100), de la pentecôte (50) et de la trinité (3).
    Enfin le poisson était le symbôle du Christ car iXtuous (poisson en grec) est comme la contraction de Iesous (Jésus) et Christous (Christ).

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