On me dit : maintenant que vous avez choisi de suivre Dieu, il faut le suivre en toute chose.

illustration : des crayons de couleurs différentes - Image: 'Color pencils forming a semicircle' http://www.flickr.com/photos/30478819@N08/23874062608 Found on flickrcc.net

Par : pasteur Marc Pernot

Question d’un visiteur :

Bonjour monsieur
Venant d’une famille agnostique, j’ai rencontré des amis dont certains étaient croyants pratiquants. Cela m’a intéressé. J’ai découvert leur foi. Mais on me demande de choisir d’entrer ou non dans la religion, et si je choisi de suivre Dieu qu’il faudra alors le suivre en toute chose, comme c’est révélé. Se poser des questions est mal vu, c’est comme si l’on doutait de Dieu.
Mais moi j’ai envie de vivre d’une plus belle façon mais pas d’entrer en prison.
Qu’en pensez-vous ?
Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Et bravo pour votre recherche de la foi, bravo de chercher, d’avancer, et de ne pas vous laisser manipuler.

Dans bien des systèmes de pensée (pas seulement dans le domaine de la religion) le choix qui est proposé à la personne est de l’ordre d’une alternative : « Choisissez-vous oui ou non cette voie qui est la nôtre ? Si c’est non, tant pis pour vous. Si c’est oui, bienvenue mais il vous faut alors tout accepter en bloc, les croyances, les rites, les valeurs, les actes ».

  • Cette dramatisation du choix, réduit à une simple alternative, a bien des avantages pour les dirigeants qui construisent ainsi un groupe assez homogène qu’ils tiennent bien en main.
  • Cela ne manque pas d’intérêts pour la personne qui a choisi de dire « oui ». C’est confortable et rassurant de s’entendre répéter : « vous êtes dans le camp du bien, vous avez choisi la vraie vie, vous êtes en sécurité, reposez vous maintenant, il n’y a plus à choisir, juste à se laisser guider… car la soumission à la saine doctrine que je vous enseigne vous faites est humilité devant Dieu, ce qui est excellent pour vous… »

Le discours du tyran politique, religieux ou familial (ça existe partout) est à peine plus subtil que ça.

La dialectique de ces bons apôtres est reconnaissable à des enseignements où le monde extérieur au groupe est présenté comme terriblement sombre et souffrant, et les personnes extérieures comme mauvaises… Un monde en noir et blanc, sans couleurs, sans même de dégradés de gris.

Vous avez raison, il me semble, de penser que la vie n’est pas comme ça. Ce type de pensée est assez caractéristique d’un mouvement sectaire. Ou plutôt d’iune façon sectaire de vivre sa religion, ou sa philosophie de vie.

L’annonce de l’Évangile part au contraire d’un monde qui est déjà bon et aimable, et qui est effectivement aimé malgré ses imperfections. Par exemple dans cette phrase célèbre de Jésus « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils… » (Jean 3 :16). Par exemple encore dans la Genèse, où l’homme, est placé par Dieu dans un jardin de délices avec la mission de le cultiver et à garder (Gen. 2:15) : certes il reste du chaos en ce monde qui est loin d’être parfait, mais il y a déjà bien des choses merveilleuses. Il y a encore du travail à faire pour cultiver ce monde : pour arracher, pour semer, tailler, sarcler, biner.

Ce monde est ainsi plein de nuances, d’évolution. Et chacun de nous aussi.

Le fait de choisir Dieu ne nous fait pas voir le monde comme négatif mais comme aimable. Il nous fait voir les nuances. Il ne nous appelle pas à l’esclavage, à la soumission, mais au contraire à l’émancipation, à la créativité pour faire un petit peu avancer les choses dans le bon sens, pour créer des passerelles, ouvrir des brèches.

L’enseignement de Jésus ne rend pas les choses simples avec un unique chemin qui serait la seule trace de lumière dans un monde de ténèbres, au contraire, le témoignage de Jésus rend ce monde comme créé par la lumière, et même baigné de lumière. L’Évangile ne réduit pas nos choix à une alternative, il multiplie au contraire les bons choix devant chacun. Le chemin que montre le Christ n’est pas comme un rail, mais il est un cheminement où la confiance en Dieu nous autorise à faire des choix inédits, à oser aller dans ce monde hors sentiers. C’est déjà la promesse faite par Dieu à Jacob, dans un incroyable retournement. Au lieu de lui dire: « Suis-moi bien comme il faut et tu vivras », Dieu lui dit « Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, je ne t’abandonnerai pas » (Genèse 28:15). Tout chemin que choisira Jacob sera donc le chemin de Dieu puisque Dieu l’accompagnera. Cela ne veut pas dire que Jacob ne fera pas de mauvais choix mais que dans la relation vraie que Dieu et lui ont ensemble, Dieu va pouvoir l’aider à chaque pas, surtout à chaque faux pas, d’ailleurs pour le soutenir.

Mais il est vrai que le livre du Deutéronome semble nous placer au contraire devant une simple alternative, Dieu disant « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives… » (Deut 11:26, 30:19). En réalité, le Deutéronome n’est pas dans l’alternative brutale que je dénonçais plus haut. Car le « oui » qui est proposé n’est pas une soumission aveugle à des choses à croire et des choses à faire. Mais ce « oui » qui est suggéré consiste à s’ouvrir à l’écoute de Dieu, c’est le fameux « Shema Israël YHWH Élohénou, YHWH érad » (Deut. 6:4, Marc 12:29). Chaque personne, pas seulement les chefs, est ainsi en relation directe avec Dieu qui va l’aider à choisir, mais pas comme un tyran donne un ordre à un esclave, au contraire, dans ce texte, Dieu est appelé deux fois plus YHWH, le Dieu du pardon et de la tendresse maternelle que Élohim, le Dieu Paternel qui fixe le cap. Et même quand il fixe le cap, comme dans les tables de la Loi de Moïse, la première des dix paroles rappelle que Dieu est fondamentalement celui qui nous libère de tous les esclavages, y compris de l’esclavage de la religion étroite et de ses chefs qui gouvernent par la crainte.

Même le livre du Deutéronome, qui est un des plus légalistes des livres de la Bible, ouvre ainsi à une liberté individuelle avec Dieu et grâce à lui.

La Bible s’ouvre sur le livre de la Genèse qui comprend ce récit de création de l’humain : « Dieu dit : Créons l’homme à notre image » (Genèse 1:26). Pour savoir ce que ce texte entend par un être humain, il faut donc regarder ce qui nous est dit ici de Dieu. À cet instant-là, Dieu parle à un ou des interlocuteurs, il fait un projet de création avec lui ou eux, un projet dans lequel il met de lui-même. L’être humain est ainsi appelé à faire des projets en relation avec son entourage, des projets de création qu’il n’élabore pas comme un robot bien programmé, mais un projet qu’il élabore comme un artiste met de lui-même dans son œuvre. La vocation de l’homme, j’allais dire son devoir, est à mille lieues du simple bon choix entre un oui et un non. Notre vocation divine est de faire naître notre choix au fond de ce qui nous est le plus personnel pour l’exprimer dans un acte de création. Cela n’est possible que dans la liberté, dans la sincérité la plus authentique. La Bible et particulièrement l’Évangile du Christ nous apportent énormément pour cela. Recevant la promesse de l’amour inoxydable de Dieu pour nous, nous pouvons nous sentir dignes et libres de nous découvrir tels que nous sommes en vérité, assumer notre façon singulière d’être humain, en tout cas ses bons côtés, et sentir que nous sommes autorisés à l’exprimer par des choix personnels.

Mais Dieu n’est pas seul quand il élabore son projet de création, ce qui aussi quelque chose à l’être humain sur la meilleure façon possible de faire ses choix. Avec qui Dieu est-il en relation quand il fait ce projet ? Avec sa sagesse disent certains lecteurs depuis la haute Antiquité, et c’est déjà une piste pour nous : retourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler, travailler sa propre sagesse et savoir s’en servir pour élaborer nos prises de décision. Cela aussi, c’est quelque chose que Jésus met en avant quand il ajoute la réflexion personnelle comme un des piliers de notre foi. Et Dieu est une source de sagesse pour l’homme. Ce dialogue de Dieu avec sa sagesse nous invite à réfléchir mais aussi à prier, il nous invite à méditer sur l’expérience des autres, dans la lecture de la Bible, mais aussi dans le débat avec les savoirs et les opinions des autres.

D’autres commentateurs disent que quand Dieu dit « créons l’homme » c’est à l’homme qu’il s’adresse, en lui proposant de le créer : Si tu le veux, ensemble, toi et moi, nous créerons un être humain. Cette hypothèse correspond à ce que dit l’apôtre Paul « nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu, le temple de Dieu. » (1 Cor. 3:9). Celle lecture nous invite à aimer le monde dans lequel nous allons créer, à le regarder interagir avec nous. Cela nous invite à aimer encore plus les personnes que nous croisons, à faire nos choix dans un dialogue, dans un débat avec ceux qui nous entourent pour que notre acte de création soit personnel, mais aussi un acte où nous nous créons mutuellement. Nous sommes un être de relations, la vraie liberté se bâtit sur une qualité de cette relation avec ce qui nous entoure, Dieu, le monde, les autres, le temps.

Amitiés fraternelles

par : pasteur Marc Pernot

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