Que signifie le silence de Dieu pour nous, dans le cas où on espère en lui ?

Par : pasteur Marc Pernot

lumière du soleil passant entre les branches d'un arbre - Photo by Thomas Kinto on Unsplash

Question d’un visiteur :

Que signifie le silence de Dieu pour nous autre
Dans le cas où espère en lui

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir,

Je vois plusieurs raisons possibles au « silence de Dieu »

  1. La première, la plus sérieuse, est que Dieu choisit de ne pas être toujours sur notre dos, comme le font des parents avec leurs ados. C’est ce que l’on voit très souvent dans la Bible : Dieu donne des moyens à la personne (des capacités, une mission, sa bénédiction), puis il se retire, et ne revient que plus tard pour voir où en sont les choses, et nous encourager et/ou nous aider à rectifier (l’humain a souvent fait en partie un peu n’importe quoi). C’est ce que l’on voit dès Genèse 3 avec le jardin d’Éden, dans le récit du déluge (Genèse 6) ou de la tour de Babel (Genèse 11). C’est ce que l’on voit aussi dans bien des paraboles de Jésus, par exemple la parabole des talents (Matthieu 25).
  2. La deuxième raison est que Dieu ne parle pas au sens où nous, nous parlons (en créant des ondes sonores). L’expression « Parole de Dieu » est une image pour dire un acte de création dont Dieu nous propose de bénéficier (le mot « parole » en hébreu signifie également « acte »). Parfois, souvent, Dieu opère en profondeur de notre être, et nous l’attendons en surface de notre être, et espérons le percevoir par des sens ou des sentiments. On dit que la Parole de Dieu est lumière. L’humain prie et demande à Dieu une réponse, il y tient à cette réponse, il désire se reposer dessus pour avancer de façon fiable dans sa vie. C’est louable. Seulement, en réponse, Dieu donne en général comme « parole » sa lumière qui nous donne de voir plus clair de nos propres yeux, de discerner avec notre propre conscience et de choisir par nous-même le chemin que nous emprunterons. Cela peut être décevant pour le fidèle, mais c’est bien plus grand, c’est plus responsabilisant, plus actif et moins passif, plus fatiguant et moins sécurisant. C’est l’incroyable grâce de la vocation humaine. Bien sûr nous avançons ainsi de façon imparfaite, notre seule sécurité repose sur la grâce de Dieu et sur sa promesse qu’il nous accompagne pour nous aider. L’homme qui continue à attendre une réponse de Dieu sous forme d’une parole claire, ou un signe visible risquerait de ne pas voir sa vocation, ayant la lumière il garde les yeux fermés, en se plaignant que Dieu est silence. Parfois, voulant tellement entendre et voir quelque chose, il va prendre une coïncidence pour un signe et un gargouillement de son estomac pour une parole de Dieu, un de ses rêves pour une révélation.
  3. La troisième raison que je vois au « silence de Dieu » est notre orgueil. Dieu s’époumone à nous parler (c’est une image) et nous refusons d’entendre, ayant horreur d’avoir quelqu’un au dessus de notre tête, horreur qu’on nous dise la vérité sur là où nous en sommes et ce que nous avons fait ou pas fait. C’est effectivement à contre courant de notre désir de toute puissance. Mais c’est bien sûr précisément ce désir de toute puissance qui nous perd : parce que c’est une folie, parce que cela nous rend insupportable voir meurtrier de notre prochain, parce que cela nous rend imperméable à l’aide de Dieu. Cela se soigne, aucune cause n’est désespérée.
  4. La quatrième raison est encore une folie de l’humain, mais l’inverse de la précédente : c’est notre paresse qui nous laisse nous satisfaire d’une existence végétative, cela dit sans vouloir être péjoratif pour les végétaux qui sont de tout aussi dignes créatures que nous, créatures à qui nous devons d’ailleurs la vie, seulement notre nature d’humain nous invite à regarder vers le haut, à chercher, nous poser des questions, imaginer, inventer, créer, aimer. À nous élever et être élevé vers Dieu sans se prendre pour Dieu. Il arrive que l’humain soit pris d’acédie, n’aspire qu’à végéter, et est alors sourd à l’appel de Dieu. Cela se soigne, aucune cause n’est désespérée.
  5. La cinquième raison est intermédiaire entre les deux erreurs précédentes : avoir de l’espérance en Dieu, mais comme s’il était notre employé de maison, à qui ont dit à Dieu avec ardeur et espérance : fais moi ceci ! En même temps c’est génial d’espérer en Dieu (contrairement au n°4), mais ce n’est pas nous qui donnons les ordres à Dieu (cela relève du n°3, avec nous qui donnons les ordres à un serviteur tout puissant). Or, Dieu travaille pour nous, oui, mais il n’est pas notre employé, il travaille à sa façon, à son rythme. Je connais des personnes qui sont restées des années à demander à Dieu avec ardeur la même chose, étant bloqué là dessus, et manquant dans un certain sens tant de sources intérieures, de voies nouvelles inconnues ouvertes par Dieu.

Donc bravo d’avoir posé la question, car cela permet de travailler en soi-même, sur l’écoute de Dieu, une écoute large et profonde, ouverte, sensible au delà du sensible. Et cela permet de travailler sur soi-même, avec l’aide de Dieu, pour être dans la juste ambition sans être dans l’orgueil, de se savoir capable de Dieu sans être Dieu, d’attendre de Dieu l’inattendu.

C’est ainsi que nous nous ajustons à Dieu, pour avancer, main dans la main avec lui, si je puis dire.

Il vous bénit et vous accompagne.

par : pasteur Marc Pernot

Print Friendly, PDF & Email

Marc Pernot

bio de Marc Pernot

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Claire-Lise Rosset dit :

    Bonjour,

    Le silence de Dieu, bonne question. Nous sommes loin d’être des héros de la foi.
    Combien cette supplication « Je crois, Seigneur, viens au secours de mon incrédulité ! » (Marc 9 : 24) ne jaillit-elle pas de nos bouches comme un cri désespéré adressé à Dieu ?

    Permettez-moi d’écrire quelques réflexions qui m’ont interrogée sur le silence de Dieu dans ma propre existence et qui m’appartiennent.

    A l’époque de mes vingt ans où j’émergeais péniblement d’une dépression majeure, un chrétien âgé parlait du degré universitaire du chrétien : la joie dans l’épreuve.
    La joie dans la souffrance ? Mais comment pouvais-je l’entendre ? « Je te passe mes idées noires et puis après tu me parleras de joie dans l’épreuve », avais – je envie de lui répondre d’un ton plutôt amer.
    Et pourtant …

    En parlant de Job, Pierre Dumoulin écrit :
    « Son identité profonde prend, dans sa révolte, conscience d’exister. Et c’est un grand bien, même si au regard d’une certaine morale de soumission, cette rébellion peut être considérée comme « péché ». Ce « je » qui hurle en lui, ne peut se fortifier que dans la lutte avec Dieu invisible et omniprésent. Job doit devenir lui-même afin de se soumettre librement et devenir « partenaire » de Dieu. Il a cessé de se laisser bercer par la providence, il doit se battre avec elle. La nuit de la foi devient combat intérieur : il est « un homme qui ne voit plus sa route et que Dieu enclôt sur lui-même (Job 3 : 23), un homme qui ne peut plus fuir la rencontre avec soi-même. »

    (Une souffrance féconde, de Job à Jean-Paul II, Pierre Dumoulin, Ed. des Béatitudes, 2010, p. 40, 41)

    Dans la nuit de notre foi, comme Jacob à Péniel, comme Job sur son tas de fumier, nous nous « roulons dans la poussière avec Dieu », jusqu’à entendre une parole qui rallume nos braises de Vie au sein même de cette souffrance :

    C’est ici ma consolation dans mon affliction, que ta parole m’a fait vivre. (Psaume 119 : 50)

    C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et Vie. (Jean 6 : 63)

    Jérémie, ce prophète torturé dans son esprit, ne disait-il pas :
    J’ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées ;
    Tes paroles ont fait la joie et l’allégresse de mon cœur ;
    Car ton nom est invoqué sur moi,
    Eternel, Dieu des armées !
    (Jérémie 15 : 16)

    « Les amis de Job exigent de lui une conversion (Job 4 – 27), un retour à Dieu, mais aucun d’eux ne comprend que celle-ci n’est pas d’ordre moral : Job est vraiment juste, il n’a commis aucun mal et les malheurs qu’il subit ne sont pas un reproche.
    Le revirement qu’il doit accomplir est spirituel : il lui faut entrer en relation avec Dieu, le découvrir comme Personne, comme Liberté souveraine, devenir son ami. Il doit apprendre l’esprit des Béatitudes qui proclament heureux ceux qui souffrent la faim, la persécution, la pauvreté, pourvu qu’ils connaissent Dieu. Il doit découvrir le chemin de la joie parfaite dont parle saint François : celle qui demeure au cœur de l’être par-delà la souffrance. »

    (Une souffrance féconde, de Job à Jean-Paul II, Pierre Dumoulin, Ed. des Béatitudes, 2010, p. 52, 53)

    Et si cette expérience si douloureuse du silence de Dieu ne nous amenait pas à apporter à celle, à celui qui souffre un peu d’humanité, un peu de vie, un peu de lumière là où les ténèbres envahissent leur nuit de la foi ?

    « Notre condition de chrétiens ne nous dispense ni d’aller à l’école, ni de fréquenter le marché, ni de payer l’impôt, ni d’observer le code de la route, mais elle postule qu’au nom du Seigneur Jésus-Christ (Col. 3 : 17), nous mettions un surcroît d’humanité dans tous ces universaux, grands ou petits, de l’existence ordinaire que guette la déshumanisation ; que nous leur fassions l’honneur de les considérer dans le regard même d’un Dieu qui irradie tout ce qu’il assume, jusqu’à en faire autant de lieux d’expérience spirituelle possible. »

    (La voix contagieuse, François Cassingena-Trévedy, Homélies, Ed. Tallandier, 2017, p. 176, 177)

    La foi reste un combat, mais envers et contre tout ce qui pourrait la faire vaciller, la promesse de Dieu demeure : « c’est en Lui que nous avons la Vie, le Mouvement, et l’Etre. » (Actes 17 : 28)

    Bien à vous
    Claire-Lise Rosset

  2. skybax rider dit :

    Bonjour,

    un grand merci pour cet article, pour cette question très simple et pertinente, pour la très belle réponse, ainsi que pour le commentaire.

    Pour ma part, par expérience, je me sens comme entrer dans la sphère religieuse, spirituelle, grâce à certaines musiques, notamment de certaines cérémonies religieuses (c’est fait pour ça d’ailleurs !), et ensuite et surtout par la lecture de la Bible (pas toujours) ou d’autres écrits péribibliques ou de théologie (là encore pas toujours) ou même plus largement philosophiques ou religieux. Un peu aussi par la prière parfois, via la concentration et la répétition. Mais surtout par la lecture de textes souvent bibliques mais pas que, « qui me parlent » aujourd’hui maintenant selon mes attentes et questionnements du moment, par la relecture ou l’étude, dans différentes versions, langues…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.