La foi est-elle un don de Dieu ? Qu’en dit la Bible ?

Par : pasteur Marc Pernot

Notes préparée pour la soirée de Questions Théologiques animée conjointement avec le pasteur Patrick Baud

 

Pierre et Jean courant vers le tombeau - Burnand Mussée d'Orsay - Wikipédia

La foi : une relation de confiance

En hébreu אֱמוּנָה (èmounah), אמן (aman : être dans une relation solide et vraie) même racine que le cri « amen » qui veut dire « c’est vrai » / « que ce soit vrai »

En grec πίστις, πιστεύω « être confiant », « avoir foi » malheureusement parfois traduit pas « croire » ce qui est ambigu en français, laissant penser qu’il s’agit de croyances à avoir malgré l’incertitude…

 

La foi est essentielle, en particulier dans l’Évangile :

Habacuc 2:4 « le juste vivra par sa foi. »
cité par Paul en Romains 1:17; Galates 3:11

Luc 17:19 « Jésus lui dit: Lève-toi, va; ta foi t’a sauvé. »

Très fréquent dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc)

Jean 3:16 « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit par lui / en lui ne meurt pas mais qu’il ait la vie éternelle »…. Et aussi : ne sera plus jamais assoiffé (Jean 6:35), des fleuves d’eau vive couleront de son sein (Jean 7:38), fera aussi les œuvres que le Christ fait, et il en fera même de plus grandes (Jean 14:12)

Or, « Dieu veut que toute personne soit sauvée » (1 Timothée 2:4), comment se fait-il donc que certaines personnes n’aient pas la foi ?

 

La foi est un don de Dieu ? Souvent cité :

Éphésiens 2:8 « C’est par la grâce que vous êtes déjà sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. »

En première lecture, on a l’impression qu’il est dit que la foi est un don de Dieu, ce n’est pas ce qui est marqué, car dans ce verset le « cela » n’est pas au féminin (pour la foi, nom féminin, πίστις) mais au neutre τοῦτο = « ce fait » : le salut)

Cependant, si le salut passe par la foi, et que le salut est un don de Dieu, ne venant pas de nous, comment la foi pourrait ne pas être un don ?

C’est le sujet de cette enquête. La personne peut-a-t-elle la liberté d’avoir ou de ne pas avoir la foi ?

 

Avoir la foi : souvent à l’impératif (ce qui suppose que nous ayons le choix d’avoir ou non la foi)

Marc 11:22 « Jésus leur dit: Ayez foi en Dieu. »

Marc 5:36 « Ne crains pas, crois seulement. »

Jean 14:1 « Que votre cœur ne se trouble pas. Croyez en Dieu, et croyez en moi. »

Le verbe « croire » n’est pas celui de la croyance, mais c’est ici πιστεύω « être confiant ».
=> on voit bien ici que c’est une question de confiance, dont un effet est de chasser la peur de Dieu.

 

ou au subjonctif : ce n’est pas certain, mais que Dieu l’espère et y travaille

Jean 1:7 « Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. »

1 Jean 3:23 « C’est ici son commandement: que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné. »

 

La confiance en Dieu (foi) peut passer par la confiance (foi) en ses dons, ses envoyés

Marc 1:15 « Changez de mentalité, et croyez en la bonne nouvelle. »

Jean 12:36 Jésus dit : « Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière. »

Jean 11:42 « Jésus prie Dieu et dit : j’ai parlé à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé»

Jean 14:11 « Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi; croyez du moins à cause de ces œuvres (que je fais). »

Jean 20:31 « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. »

Actes 16:31 « Crois au Seigneur Jésus»

1 Jean 4:1 « Bien-aimés, n’ayez pas foi à tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. »

 

Origine de cette confiance

Genèse 15:6 « Abram eut confiance en l’Eternel, qui le lui imputa à justice. »

Avant cela : L’Éternel a adressé sa Parole à Abraham « dans une vision », puis il lui fait regarder les étoiles impossible à compter
=> la mystique et l’observation de l’univers qui nous dépasse

Romains 1:20 « Les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables » (ceux qui ne l’ont pas glorifié comme Dieu)

Comme dans les « Dix Paroles », en premier l’expérience fondatrice que Dieu nous a donné la vie, nous a libéré (Exode 20:2)

Une relation de confiance avec une autre personne se construit dans l’expérience de l’autre.
La foi est basée sur le don premier de Dieu :

  • ses œuvres saisies par l’observation et l’intelligence.
  • Et sa « Parole » : une expérience spirituelle.

Effectivement, comme le dit Éphésiens 2:8, la foi est fondée sur une grâce, sur le don premier de Dieu. Avoir la foi après cela est, ou devrait être comme naturel. C’est plutôt l’inverse qui demande à l’humain un effort afin de nier ou refuser cette expérience profonde. Comme le dit Paul :

Romains 2:4 « méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ne reconnaissant pas que la bonté de Dieu te pousse à la conversion (se tourner vers Dieu avec confiance) »?

 

Mais, le refus de faire confiance à Dieu est possible

Deutéronome 1:31-32 « Au désert tu as vu que l’Eternel, ton Dieu, t’a porté comme un homme porte son enfant… malgré cela, vous n’avez pas eu confiance (foi) en l’Eternel, votre Dieu »

Exode 17:7 « Il donna à ce lieu le nom de Massa (mise à l’épreuve) et Meriba (contestation), parce que les enfants d’Israël avaient contesté, et parce qu’ils avaient mis à l’épreuve l’Eternel, en disant: L’Eternel est-il au milieu de nous, ou n’y est-il pas ? »

Là aussi, la question n’est pas celle de la connaissance, ils croient en Dieu mais n’ont pas foi en Dieu : ne sont pas d’accord avec ce qu’il propose, ou lui imposent de faire quelque chose.

 

Entre les deux : grandir dans la foi

Jésus reproche souvent (4 fois dans l’Évangile selon Matthieu) à ses apôtres d’être de petite foi :

Matthieu 14:31 À Pierre qui, marchant sur l’eau commence à s’enfoncer, Jésus étend la main, le saisit, et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu hésité ? »

Ce reproche suppose qu’ils gagneraient à augmenter leur foi. Ce que cherche par exemple cet homme, avec la bonne idée de demander à Dieu de l’aider dans cette démarche :

Marc 9:24 Le père de l’enfant s’écria : « Je crois ! viens au secours de mon incrédulité (ma « non foi ») ! »

La connaissance théorique de Dieu peut aider, par exemple, quand Moïse craint que les hébreux ne leur fassent pas confiance (à Dieu et à lui), il demande à Dieu :

Exode 3:13-14 « S’ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je? Dieu dit à Moïse: « Je suis : ‘Je suis’ ». Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle ‘Je suis’ m’a envoyé vers vous. »

1 Jean 4:16-20 « Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui…»

Il s’agit bien là effectivement de « connaître » (γινώσκω), cette connaissance n’est pourtant pas la foi, c’est ainsi que les « démons » croient en Dieu et en Jésus comme Christ, mais le rejettent :

Jacques 2:19 « Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. »

Marc 5:7-8 « Jésus lui disait: Sors de cet homme, esprit impur ! Celui-ci cria : ‘Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en conjure au nom de Dieu, ne me tourmente pas !’ »

L’expérience mystique (ou le sentiment religieux) peut tout changer

Par exemple Abraham (voir ci-dessus) ou Paul sur le chemin de Damas (Actes 9), ou Marie Madeleine rencontrant le Christ ressuscité (Jean 21)

Mais cette expérience n’est pas appelée « la foi », c’est autre chose.

Sur la croix, dans la souffrance et la déception, Jésus méconnaît la bonté de Dieu (croyance) et ne sent plus sa présence (sentiment religieux), pourtant son attitude est celle de la foi (il tient fermement à sa relation à Dieu) :

Matthieu 27:46 « Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

Les fruits de la confiance : écouter et aimer

Marc 12:29-30 « Écoute le Seigneur, notre Dieu, est l’unique Seigneur et : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. »

S’il n’y a pas d’amour, c’est qu’il n’y a pas de foi. Même si les croyances en Dieu et la pratique religieuse était magnifique :

Jean 4:20 « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur.»

Matthieu 7:21 « Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »

 

La puissance, par le moyen de la foi

Matthieu 17:20 Jésus leur dit : « En vérité, si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici là, et elle se transporterait; rien ne vous serait impossible. »

Même une foi minuscule suffit à transporter des montagnes.

Mais la foi n’est pas la puissance de Dieu. Comme le dit Éphésiens 2:8, la foi est un moyen, littéralement ce salut, et cette puissance de sauver passe « à travers la foi » (διὰ πίστεως)

 

Au delà de la confiance et de l’amour : l’amitié ?

Jean 21:17 « Jésus lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu (φιλέω) ? »

C’est au-delà de ce qui peut être demandé, car l’amitié ne se commande pas, elle est le résultat d’une confiance spéciale.

Cela peut être une des qualités de la foi de certaines personnes.

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4 réponses

  1. François dit :

    n, la foi (fi des = confiance) est l’attachement de l’homme (humain, comprend femme et enfants aussi !) à une cause, un autre être humain, une idée, une concept, une … religion.
    C’est donc bien une démarche purement humaine de l’esprit humain.

    • Marc Pernot dit :

      Merci ! En l’occurrence, la foi est une confiance en Dieu, normalement. La religion c’est autre chose, c’est pour travailler cela, nourrir cette relation, cette confiance, l’affiner, l’approfondir…

  2. Pascale dit :

    Quelques réflexions personnelles :
    Je pense que dans le monde moderne la question de la foi regroupe trois problématiques qui ne sont pas toutes nécessairement développées dans la Bible.

    1. D’abord y a-t-il quelque chose d’Autre que le monde visible et sensible ?
    2. Si oui sur quoi vais-je m’appuyer pour connaître ou rencontrer cet Autre ?
    3. Et enfin, est-ce que je lui donne ma confiance ?

    Il est assez évident que la réponse à la troisième question est un choix personnel, même si les implications résultant de ce choix pourront ensuite être développées avec l’aide de Dieu.
    La réponse à la deuxième question dépend essentiellement des autres : l’époque à laquelle je vis, la culture dans laquelle je baigne, la famille dans laquelle je suis né, les rencontres que je vais faire etc … Personne ne peut s’affranchir de tout cela et il est illusoire de penser que le choix est vraiment personnel. Malgré tout il est de notre responsabilité de chercher ailleurs si un discours ne nous plaît pas au lieu de tout rejeter en bloc, et on peut éventuellement se laisser guider par Dieu.
    C’est dans la réponse à la première question que je vois un réel don de Dieu (donné à l’être humain et non pas à quelques uns en particulier). C’est lui qui vient vers nous et qui met en nous ce désir de plus grand que soi, et chercher à satisfaire ce désir est le début de la foi.

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